Victoires de la musique : le sacre de Benjamin Biolay et de Pomme

La soirée, rythmée et chaleureuse, a également récompensé Hervé, Yseult, Grand Corps Malade et Camille Lellouche.

 Favori de ces 36e Victoires avec trois nominations, Benjamin Biolay repart avec deux trophées.
Favori de ces 36e Victoires avec trois nominations, Benjamin Biolay repart avec deux trophées.  LP/Olivier Corsan

« Je rêvais d'un autre monde. Où la vie serait féconde ». Il fallait commencer ces 36e Victoires de la musique par un message d'espoir. Et logiquement, c'est Jean-Louis Aubert qui a fait souffler ce vent d'optimisme, lui qui avait été le premier chanteur à réagir au confinement en offrant des lives chez lui. Une grande ouverture symphonique et électrique devant de grands écrans où s'inscrivaient tant de mots précieux à ne pas oublier, concert, spectacle, art, technicien…

Dans la fosse, pas de foule, pas de lion, mais un orchestre classique et 200 figurants masqués, des intermittents certes rémunérés mais particulièrement engagés. Et sur scène, un Aubert qui s'est fait plaisir en président d'honneur : « Président, ce n'est pas facile par les temps qui courent, a-t-il ironisé. Je profite de l'absence ou de la présence de la ministre de la Culture pour ne rien réclamer. L'Etat ne m'a jamais rien donné. Je vous demanderai juste, madame la ministre, de prendre soin de ceux qui travaillent autour de nous. »

En vingt ans, six Victoires seulement pour Biolay

Roselyne Bachelot était bien là. Et elle a assisté au sacre de Benjamin Biolay, qui faisait presque figure de vétéran à seulement 48 ans. Il était le grand favori de ces Victoires avec trois nominations et a tenu la distance, remportant les deux grands prix, du nom de son album sorti au printemps dernier et qui a fait l'unanimité. Onze ans après « La Superbe », il rafle la Victoire de l'artiste masculin et celle de l'album de l'année. Ce qui finalement, en vingt ans, ne lui en fait que six. D'ailleurs, il a levé le poing en l'apprenant, avant de fustiger le silence des pouvoirs publics dans une année « pas très victorieuse pour la musique ».

Julien Doré./LP/Olivier Corsan
Julien Doré./LP/Olivier Corsan  

On ne trouvera pas grand-chose à redire au palmarès, même s'il s'avère moins audacieux que ses nominations, qui favorisaient la nouvelle génération et la diversité. On ne trouvera pas non plus trop à médire de cette cérémonie, rythmée et finalement assez chaleureuse, malgré la liste si longue et terrible des disparus de l'année passée. Aux longs discours ampoulés, les artistes ont préféré des prestations vibrantes. Comme Julien Doré, récompensé avec son complice réalisateur Brice VDH pour le clip de « Nous », qui a rendu hommage à Christophe − en chantant « Aline » − et à Aimée. « J'ai une pensée pour ma grand-mère, qui a 99 ans, bientôt 100 ans. C'est pour toi, mémé ! »

L'émotion de Birkin, d'Yseult et d'Hervé

Jane Birkin a, elle, eu une pensée pour Serge Gainsbourg en recevant l'hommage (en) chanté de Vanessa Paradis, Étienne Daho, Eddy De Pretto, Thomas Dutronc et Lou Doillon, sa fille, qui lui a remis une Victoire d'Honneur et un joli texte. La lumineuse Jane en pleurait : « Merci aux Français de m'avoir adopté, choyée, écouté et suivi depuis mon arrivée ici. Jusqu'à cette émotion ce soir. »

Jane Birkin./LP/Olivier Corsan
Jane Birkin./LP/Olivier Corsan  

Quelle émotion aussi chez Yseult livrant son « Corps » dans une combinaison à moitié transparente, entourée de danseuses rondes et bigarrées. Le poing levé, elle criait « Soyons fiers » en finissant sa chanson, ne se doutant pas qu'elle recevrait la victoire de la révélation, en larmes et en colère. « Le chemin est long en tant que femme noire, en tant que femme grosse. Mais on y est, papa. C'est une victoire pour mes frères et pour mes sœurs. » Une récompense ô combien méritée pour cette artiste de 26 ans, qui a réussi à se révéler en pleine pandémie, tout comme le bouillonnant Hervé, lui aussi très ému de recevoir sa statuette de révélation.

Méritée aussi, la victoire de la chanson de l'année à la ballade piano-voix « Mais je t'aime », tube inattendu de 2020. L'humoriste Camille Lellouche n'a ni boudé son plaisir ni retenu ses larmes en recevant son premier trophée de chanteuse avec Grand Corps Malade. Méritée enfin, la consécration de cette Pomme qui ne compte décidément pas pour des prunes. Il y a un an, beaucoup la découvraient avec sa petite mèche blanche et sa folk sensible. Depuis, elle a fait sa place jusqu'à battre sur le fil Aya Nakamura, décidément malchanceuse aux Victoires.