Victoires de la musique : Hervé et Yseult, deux révélations du confinement récompensées

Les jeunes artistes ont décroché leur premier trophée de la prestigieuse cérémonie, ce vendredi soir, à la Seine Musicale.

 Hervé nous avait reçus à l’occasion de la sortie de son album, en juin dernier.
Hervé nous avait reçus à l’occasion de la sortie de son album, en juin dernier. LP/Olivier Lejeune

Ça tient parfois à peu de chose, une Victoire de la musique. Dans le cas d'Hervé, à une crêpe peut-être. C'est ainsi en tout cas, que le jeune homme de 28 ans, sacré révélation masculine de l'année ce vendredi soir s'est fait connaître du grand public au printemps dernier. En plein confinement, l'artiste un peu breton forcement, mettait en ligne un clip dans sa cuisine en train de faire sauter des crêpes sur sa chanson « Si bien du mal ».

Un joli buzz sur les réseaux sociaux qui a accéléré le parcours de ce musicien, ex-membre du groupe Postaal, auteur de chansons pour M Pokora et Johnny Hallyday, déjà remarqué par quelques titres prometteurs depuis deux ans - les impressionnantes « Va piano » et « Cœur poids plume » - et des concerts magnétiques.

Seul en scène derrière ses claviers, en première partie de ses camarades de label Clara Luciani et Eddy de Pretto, Hervé Le Sourd boxait ses machines, faisait danser le spleen d'un Bashung sur l'electro de Daft Punk. Un mariage aussi improbable que formidable, comme le montre son premier album « Hyper » sorti en juin dernier.

Hyper bien, hyper chouette, hyper sympa : le garçon est hyper tout. En quelques mois, il a acquis un impressionnant capital sympathie qui l'a conduit sur tous les plateaux télé avec, à chaque fois, le même enthousiasme communicatif et lui a permis de voir sa chanson « Si bien du mal » passer de la vidéo des crêpes à la bande originale d'une pub chic pour le café Carte Noire.

Confinement ou pas, couvre-feu ou pas, concerts ou pas, Hervé ne lâche rien, veut gagner le match tel le footballeur qu'il aurait aimé être dans une autre vie. La Victoire de ce vendredi soir est le premier sacre sans doute d'une longue série.

« Corps », la ballade d'Yseult, vue 1,4 million de fois en un mois

Yseult, elle, revient de loin. Lorsque la pandémie s'est déclarée, cette grande voix, révélation féminine de l'année aux Victoires, avait de quoi déchanter. Elle qui devait faire la tournée des festivals l'été dernier, dont les Vieilles Charrues, a vu tout tomber à l'eau.

Mais le premier confinement a aussi permis à une de ses chansons, la magnifique ballade piano voix « Corps », de faire le tour du web et de profiter d'un formidable bouche-à-oreille. Tout aussi fascinant que sa voix. Résultat : sans promotion, la vidéo de cette magnifique ballade avait été vue 1,4 million de fois en un mois. Christine & The Queens l'a reprise chez elle pendant le confinement. Et elle est rentrée dans toutes les radios, y compris NRJ.

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Ce retour en grâce était presque inespéré pour la chanteuse de 26 ans, qui avait disparu depuis l'échec de son premier album, pop et léger, vendu à 5 000 exemplaires en 2015 après son passage à « Nouvelle Star ».

Engagée contre le racisme, le sexisme, la grossophobie, Yseult se retrouve en pleine lumière./LP/Frédéric Dugit
Engagée contre le racisme, le sexisme, la grossophobie, Yseult se retrouve en pleine lumière./LP/Frédéric Dugit  

Elle est revenue avec un nouveau style, plus électro, complexe, sombre, avec une nouvelle confiance en elle aussi. Elle a écrit et composé un premier EP (mini-album), « Noir », comme une « thérapie accélérée ». Mettant ses formes en valeur dans sa chanson « Corps », elle a été choisie comme égérie par plusieurs marques, a défilé pour Balmain, créé un mini-opéra pour la chaîne YouTube Colors. Et elle a enfoncé le clou en sortant le 20 novembre, c'est-à-dire en plein pendant le second confinement, un deuxième EP, « Brut », avec des chansons sensuelles, érotiques…

En 2020, elle s'est aussi affirmée comme femme noire, engagée contre le racisme, le sexisme, la grossophobie. Et a fait le tour des télévisions et des radios pour le clamer. « Le regard des gens j'en ai que faire, qui sont-ils pour me juger ? » chante-t-elle dans la chanson « Corps ». Effectivement, elle n'a pas hésité à plaisanter sur ses gants en latex avec lesquels elle allait se masturber pendant « Le Grand Échiquier » et plus récemment a poussé un coup de gueule un peu débridé, sur le plateau de « Clique », avouant qu'elle avait du mal à trouver sa place. Cette première Victoire lui prouve en tout cas qu'elle est sur la bonne route. «Le chemin est long en tant que femme noire, en tant que femme grosse, en tant que femme. Notre colère est légitime. On est allées arracher cette place et on la mérite », a-t-elle ajouté en venant chercher son prix après une prestation époustouflante. De loin la grande sensation de la soirée.