Squeezie sort son 1er album : «J’ai hâte de monter sur scène !»

Le youtubeur, suivi par 15 millions d’abonnés, sort son premier album, «Oxyz», ce vendredi. Pas prêt à délaisser sa chaîne pour autant, le jeune homme de 24 ans revient sur les raisons de ce projet.

 Lucas Hauchard, alias Squeezie, a pris des cours de chant.
Lucas Hauchard, alias Squeezie, a pris des cours de chant.  LP/Arnaud Journois

Avec ses 15 millions d'abonnés, il est le youtubeur le plus suivi de France devant Cyprien et Norman. Lucas Hauchard, alias Squeezie, nous reçoit, casquette bleue sur la tête et tatouages aux bras, dans un hôtel du IXe arrondissement. Le jeune homme de 24 ans, yeux bleus rieurs et débit de mitraillette, revient sur les coulisses de son premier album de pop urbaine, « Oxyz », qui sort ce vendredi.

Depuis quand souhaitez-vous vous lancer dans la musique ?

SQUEEZIE. Plus jeune, je n'avais pas cette idée en tête. La première vidéo qui a explosé sur ma chaîne, c'était une parodie de J'aime les moches de Max Boublil. Mais le concours des faux hits de l'été l'an passé sur ma chaîne a été l'élément déclencheur. Et j'ai hâte de monter sur scène! C'était une des raisons de ce projet.

La vidéo YouTube où vous racontez la genèse de votre album commence par… des tirs de snipers.

Je sais que des gens vont se braquer. C'est une réaction naturelle. Certains ont peur que je renie mon côté youtubeur. J'appréhendais, mais l'accueil a été plus positif que je l'imaginais. J'ai eu envie de tout raconter sans rien cacher et je trouvais ça marrant d'illustrer ce projet avec des snipers qui m'attendent au tournant. Mais… je dors bien la nuit (rires).

Vous allez continuer votre chaîne YouTube ?

Bien sûr ! Il y aura le même nombre de vidéo qu'avant. Lors de ma tournée, j'en ferai d'autres pour raconter les coulisses. C'était d'ailleurs la condition. Il était hors de question de mettre en péril la chaîne. Si j'arrêtais, je m'ennuierais.

Saviez-vous chanter ?

J'ai pris des cours ! C'est une nouvelle expérience et tu te sens minable… Les profs ne rigolent pas ! Lors de l'écoute de la première version de l'album, le directeur du label m'a dit que ma voix n'allait pas. Je me suis dit qu'il était honnête. Ça m'a encouragé à partir au Japon pour m'isoler et retravailler l'album. Même si aujourd'hui il y a des outils pour modifier la voix, c'était important pour moi de savoir manier au minimum mes vocalises. Mais attention, je reste loin d'une Angèle…

Le style, une pop urbaine, c'était une évidence ?

Au début, j'avais prévu des morceaux reggaeton ! Réaliser un son reggaeton c'est drôle, mais en faire un album entier, ce n'était pas une bonne idée (rires). Je préfère me dire c'est nul sur le coup qu'à la fin. C'était ma hantise. J'ai pris cet album très au sérieux. Et aujourd'hui, ce style me correspond.

Dans vos clips, on vous voit en soirée avec de l'alcool. Une image moins lisse que dans vos vidéos, non ?

Oui ! Dans mes chansons, c'est vraiment Squeezie, le mec qui fait des vidéos, qui raconte d'autres choses. Pour ma marque de vêtement Yoko, c'était différent. J'avais choisi de m'éloigner de mon image de youtubeur.

Cet album est plus personnel que les vidéos ?

Oui. Le rappeur Oli, avec lequel j'avais tourné une vidéo , m'a dit raconte des trucs qui te correspondent. C'était le meilleur conseil à suivre. Et c'est plus facile de parler de soi en musique que de vive voix dans une vidéo. J'avais abordé des sujets personnels dans certaines mais jamais aussi profondément. Là, j'ai abordé la solitude, la sensibilité face aux critiques… Ça a été violent d'être à 15 ans d'un coup sous les projecteurs. Par ailleurs, peu de gens sont dans cette position avantageuse de youtubeur alors on se dit : en suis-je digne? On se met une pression. J'en parle aussi dans cet album. Enfin, dans le morceau Tout, j'externalise un sacré truc parce que j'aborde ma relation avec ma mère. C'est de loin le plus intime. Finalement, j'ai extériorisé beaucoup de choses. C'était une sorte de thérapie.

LP/Arnaud Journois
LP/Arnaud Journois  

Que répondez-vous à ceux qui disent que c'est plus facile pour un youtubeur de se lancer en musique ?

Ils ont totalement raison ! Je travaille avec des gens calés, alors la progression est plus rapide. Et c'est injuste par rapport à un gars talentueux qui tente sa chance depuis six ans mais n'arrive pas à percer. J'ai des opportunités rares alors je les saisis.

Quand vous proposez un feat à Nemir ou Gambi, avez-vous peur de leur réaction ?

Bien sûr ! À l'époque, je n'avais aucune idée de la façon dont fonctionnaient les artistes. C'est comme quand tu changes de collège en cours d'année, tu es perdu (rires). Franchement, je m'attendais à ce que Gambi me dise non et je n'allais pas le prendre mal. Alors, quand il a accepté, ça m'a donné une force de dingue. Il avait aimé ma musique !

Aujourd'hui, les youtubeurs s'essaient sur scène, dans des émissions de télévision… Il n'y a plus de frontières ?

Avant, on restait dans notre coin et on avait peur du regard extérieur. On avait aussi peu d'estime pour ce que l'on faisait. Il y a dix ans, certaines personnes nous méprisaient. Elles se disaient mais ils sont payés pour jouer à des jeux vidéo ? Aujourd'hui, le public est plus ouvert. On dégage aussi une image sympathique et on a un statut de privilégié incroyable. On fait ce qu'on aime et cela nous permet d'être à l'aise financièrement… Cela va vite de prendre confiance. C'est ma hantise d'oublier cette chance. Je veux garder les pieds sur terre. Mais si un youtubeur passe à la télé, il doit plaire à des gens qui sont plus âgés. Ils ne le connaissent pas forcément. C'est une marche difficile. Et dans l'autre sens, c'est pareil.

Est-ce dur de vieillir quand on est youtubeur ?

Comme j'ai commencé à 15 ans, j'ai évolué naturellement à 24 ans. Maintenant, j'ai peut-être atteint mon maximum de renouvellement (rires). Je débarque sur la radio NRJ à partir du 28 septembre pendant deux semaines mais je n'ai pas l'ambition de le faire dans la durée. Peut-être qu'un jour j'irais à la télévision, je n'en sais rien… Les envies évoluent avec le temps.

Envisagez-vous un deuxième album ?

Ce n'est pas le succès qui fera qu'il y aura une suite mais plutôt si j'estime que je peux faire mieux. Dans ce cas-là, peut-être.

Avec « Oxyz », le youtubeur lève le voile

Loin de son image de youtubeur où il se montre toujours souriant, Squeezie lève le voile sur d’autres facettes moins lisses de sa personnalité dans cet album aux tonalités tantôt mélancoliques tantôt entêtantes.

Sans en faire trop sur le plan de la voix, il parvient à séduire avec son univers de pop urbaine qui lui est propre. On apprécie particulièrement les collaborations musicales comme « Guépard » en duo avec Nemir aux sonorités enivrantes mais aussi l’excellent « Servis » avec Gambi. Dans sa globalité, le disque souffre d’une certaine monotonie, même si on aime la façon qu’il a de se mettre à nu dans certains titres comme « Tout » ou le très réussi « Loin », une sincérité qui leur confèrent une autre dimension.

« Tout ce que je peux c’est t’aimer et noyer tes erreurs dans le passé […] Je veux pas finir avec tes névroses », fredonne-t-il dans le morceau qui aborde sa relation avec sa mère. L’un des plus forts de l’album.

« Oxyz », sortie le 25 septembre.

LA NOTE DE LA RÉDACTION : 3/5