Solidays : «Nous devons annuler le festival», regrette Luc Barruet

Le fondateur de Solidarité sida, organisateur du festival Solidays, qui rassemble chaque année en juin plus de 230 000 personnes sur l’hippodrome de Longchamp, annonce annuler à nouveau son festival.

 Après une annulation en 2020, le festival Solidays n’aura de nouveau pas lieu en juin 2021.
Après une annulation en 2020, le festival Solidays n’aura de nouveau pas lieu en juin 2021. LP/Frédéric DUGIT

Les années se suivent et se ressemblent malheureusement pour Solidays. Le festival, destiné à récolter des fonds pour venir en aide aux personnes touchées par le sida, devait se tenir fin juin et accueillir près de 200 000 personnes. Après une annulation en 2020, il n'aura encore pas lieu en 2021. Son directeur Luc Barruet se confie.

Vous avez décidé d'annuler Solidays pour la deuxième année consécutive, pourquoi ?

LUC BARRUET. La probabilité de pouvoir jouer en plein air et en grande jauge de public cet été est tellement faible que ça ne nous paraît pas raisonnable de vouloir y croire plus longtemps. On prend la décision la plus raisonnable, celle d'annuler.

La semaine prochaine, la ministre de la Culture doit préciser les conditions dans lesquelles pourraient se tenir les festivals, ça ne pouvait pas attendre une semaine ?

Non. C'est l'avenir de Solidarité sida qui est en jeu et ce qui va se décider la semaine prochaine ne va pas changer grand-chose. Solidays n'est pas un festival comme les autres, nous n'avons pas vocation à promouvoir telle couleur musicale ou à dynamiser un territoire, pour Solidarité sida, la musique est un vecteur et Solidays un outil qui sert à récolter des fonds pour financer la structure et les 114 programmes qu'on accompagne à travers le monde. On est persuadé que le festival de pourra pas avoir lieu, donc gagnons une semaine pour aller chercher les 3,5 millions d'euros qu'il nous faut et qui représentent 70 % de nos ressources.

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Ce n'est pas une décision facile à prendre…

C'est même une décision très difficile. L'an dernier, tous les grands rassemblements étaient interdits. C'était clair. Cette décision n'a pas été prise aujourd'hui, on comprend que le gouvernement entretienne l'espoir et envoie des signaux positifs pour le moral des Français. Mais les festivals, et notamment les grands, ont des calendriers et des réalités économiques qui font qu'ils ne peuvent plus attendre.

Il n'était pas possible de le reporter ?

Le pire des scénarios, c'est un report suivi d'une annulation. On ne peut pas se permettre d'y croire jusqu'au bout, jusqu'en septembre, et de se dire au dernier moment qu'on s'est trompé. Qu'est-ce qu'on aurait dit à tous nos partenaires à travers le monde ?

Si vous aviez persisté et annulé au dernier moment, c'était la fin de Solidays ?

Oui, parce qu'on n'aurait même pas eu le temps de mettre en place des projets alternatifs.

Réduire la jauge pour Solidays n'est pas possible ?

Ce n'est pas une option. Économiquement, ça n'est pas viable.

En novembre, une centaine de festivals ont signé une tribune pour dire qu'ils y croyaient. Ce n'est plus le cas… ?

Tous les festivals ne sont pas les mêmes, mais ceux qui ont des grandes jauges, des programmations internationales, des montages financiers importants, notamment privés, ceux-là ont sûrement plus de mal à y croire. Au fond, tout le monde partage le constat que le plein air, grande jauge et debout, est très peu probable cet été. Roselyne Bachelot a dit ce mercredi exclure l'hypothèse d'un été sans festivals, mais il y a festival et festival.

Solidays peut-il survivre à une deuxième annulation coup sur coup ?

On a survécu à celle de l'année dernière grâce à la solidarité et à l'intelligence collective des gens et du public, les artistes, les prestataires, les partenaires. Tout le monde s'est serré les coudes pour trouver des solutions. Aucun artiste n'a demandé d'indemnisation au regard des frais qu'il avait pu engager, quasiment tous les partenaires publics et privés ont maintenu leur contribution. C'est exceptionnel. Et il faut qu'en 2021 il en soit de même.

Vous en avez l'assurance ?

Non, et on le demande, aux collectivités - et il faudrait qu'une dérogation officielle leur permette de soutenir des événements qui ne se tiennent pas, ce qui est interdit normalement - comme aux entreprises privées. La grande différence, c'est que l'an dernier, on avait déjà vendu énormément de places et beaucoup de festivaliers nous avaient fait don de leur billet, contribuant à hauteur de 1 million d'euros. Cette année, la billetterie n'est pas ouverte.

Comment allez-vous faire ?

Nous travaillons à ce que Solidays existe autrement avec un projet d'un Solidays en télé pour célébrer autrement la jeunesse et la solidarité en musique. Et aussi sur une grande campagne de mobilisation le week-end du 18 au 20 juin pour trouver l'argent qui nous manquera.

Vous avez pu échanger sur votre annulation avec d'autres organisateurs de festivals ?

Oui, ils comprennent la particularité de Solidarité sida. Les questions qu'on se pose, d'autres se les posent. La réunion dans huit jours au ministère de la Culture est une échéance très importante.

Comment sauver les festivals ?

Il y a des aides importantes pour la culture, mais elles ne suffisent pas. Aujourd'hui, les festivals ont besoin de réponses vite, c'est leur existence qui est en jeu.

Lesquelles ?

Le debout ou l'assis, oui ou non ? Les grandes jauges de public oui ou non ? Combien de spectateurs? Il faut aussi, et urgemment, un fonds de garantie comme celui mis en place en mai 2020 pour le cinéma et qui couvre le risque de tournage sous Covid. C'est le seul moyen d'amener les organisateurs à prendre des risques et à s'adapter. Certains ne le pourront pas. Et attention, aussi, à ne pas dénaturer l'esprit des événements. Si beaucoup peuvent accueillir du public assis, exister avec des jauges réduites, vous voyez le public assis à un festival d'électro ou de hip-hop ? C'est comme si on demandait aux spectateurs de cinéma de regarder le film debout dans une salle éclairée.