Patrick Fiori : «Si je n’avais pas chanté, j’aurais été nounou»

Rencontre avec un chanteur hyperactif qui sort ce vendredi son 11e album et un livre pour enfants, finit sa 6e saison comme coach de «The Voice Kids», vient de tourner dans son premier film et va faire cet hiver une tournée des cathédrales.

  Patrick Fiori sort son 11e album, « Un air de famille », avec des chansons de variété aussi charpentées que « Nous ne le savions pas », écrite et composée par Jean-Jacques Goldman.
Patrick Fiori sort son 11e album, « Un air de famille », avec des chansons de variété aussi charpentées que « Nous ne le savions pas », écrite et composée par Jean-Jacques Goldman. LP/ Guillaume Georges

S'il est un chanteur populaire, c'est bien lui. Depuis la comédie musicale « Notre Dame de Paris » en 1998, Patrick Fiori n'a pas besoin d'avoir « la carte » ni de faire le buzz pour remplir des salles et vendre des disques. Les deux derniers ont cartonné : son hommage à la Corse («Corsu Mezu Mezu», en 2015) s'est vendu à plus de 300000 exemplaires, «Promesse» (2017) a dépassé les 100000 ventes. Et son 11e album, « Un air de famille », qui sort ce vendredi, a tous les atouts pour suivre le même chemin avec des chansons de variété aussi charpentées que « Nous ne le savions pas », écrite et composée par Jean-Jacques Goldman, et ses duos avec Soprano et Florent Pagny.

S'il est un hyperactif, c'est aussi cet artiste, qui vient de fêter son 51e anniversaire. Il finit sa sixième saison de coach dans « The Voice Kids » — c'est la demi-finale ce samedi —, lance une collection de livres illustrés pour enfants, vient de tourner son premier film et nous annonce qu'il va entamer une tournée des cathédrales cet hiver, pour patienter avant la tournée de l'album, l'an prochain…

Certains artistes ont été asséchés par la pandémie. Vous, c'est l'inverse !

PATRICK FIORI. Je ne sais pas rester tranquille. Même pendant le confinement, en Corse, j'étais le seul à sortir et à faire le tour de la famille, pour distribuer les masques, le gel… J'avais pris mes parents à la maison et je continuais à composer, écrire, j'avais l'esprit plus libre. Ce malheur m'a nourri. La moitié des chansons de l'album sont nées pendant le confinement. Mais je souffrais quand même de la séparation avec le public. C'est même insupportable!

Vous avez annoncé une tournée l'an prochain...

Oui, dans des petites salles, pour être certain que cela tienne avec l'évolution de la pandémie. Et s'il faut faire deux concerts par jour, je les ferai. Mais j'ai tellement besoin de rechanter que je vais faire une tournée des cathédrales à la fin de l'année. Je ne l'ai pas encore annoncé, mais elle fera douze à quinze dates, pour commencer. J'y chanterai l'Arménie, la Corse, « Notre Dame de Paris », bien sûr. Les églises, je connais. J'y chantais petit garçon aux baptêmes, aux mariages et même après l'école, juste pour entendre la réverbération…

Comme chanteur, vous vous définissez comment ?

Gros (il éclate de rire). J'ai la chance d'avoir cet organe de naissance. J'ai travaillé l'endurance, mais je n'ai pris que trois cours. J'ai une voix pour faire du classique. Mais j'ai fait plus d'apéros que d'opéras (rires)… Je n'ai pas dit mon dernier mot. J'ai une idée qui pourrait surprendre…

VIDÉO. Patrick Fiori, «Un air de famille»

Votre femme, Ariane Quatrefages, écrit deux textes sur cet album. Pourquoi ne la voit-on jamais à vos côtés ?

C'est comme mes enfants, vous ne la verrez jamais ! Ni sur les réseaux sociaux ni dans la presse people. Avec ce titre « Un air de famille », j'aurais pu mettre mes enfants en photo sur le disque. On a les mêmes têtes ! Mais non, hors de question ! Ils feront ce qu'ils veulent quand ils seront adultes. Mais là, je les préserve. Je montre juste mes parents, qui ont 84 ans, parce que cela les amuse. Et qu'ils ont été essentiels dans mon parcours.

Votre ami Jean-Jacques Goldman aussi est essentiel. Lui, si rare, est présent sur chacun de vos disques...

Cela fait dix-sept ans qu'on collabore. C'est un mec précieux. Je lui fais toujours tout écouter, car son regard est important. En quatre phrases, il sait expliquer ce que certains vous disent en quatre heures. On rêve tous de sa carrière, de sa vision et de son parcours de vie. Il a formé des soldats du cœur, dont je fais partie.

En évoquant les soldats du cœur, vous parlez des Enfoirés. Serez-vous au rendez-vous en janvier à Lyon ?

Si on veut toujours de moi, je serai là. Depuis vingt ans, j'ai toujours réservé des jours en janvier pour les Enfoirés. Je défends bec et ongles les Restos du cœur et ils ont plus que jamais besoin de nous, avec les incendies qu'ils ont subis, la crise sanitaire et économique…

Vous êtes un pilier de la troupe. Pourquoi n'y seriez-vous pas ?

Rien n'est acquis. Mais vous avez raison. Je ne supporterais pas de ne pas y être (il sourit).

Vous finissez votre sixième saison de coach de «The Voice Kids». Ne ressentez-vous pas de lassitude ?

Aucune, j'adore ça, le partage, la transmission, et ça cartonne ! J'aime tellement « The Voice » que je ferai aussi le cinquième coach pour la dixième saison anniversaire. Et je ne les lâche pas mes kids. J'ai écrit et composé un duo pour Angelina (NDLR : sa candidate, gagnante en 2017) sur l'album, je les invite tous sur mes tournées. Les enfants, j'ai toujours aimé ça, j'ai appris et j'apprends encore d'eux. Je suis onze fois tonton, quand mes frères et sœurs partaient au travail, je changeais les couches et donnais le biberon à leurs enfants. Si je n'avais pas chanté, j'aurais été nounou. Si demain tout s'arrête et qu'il y a un boulot dans une crèche, j'y vais tout de suite.

VIDÉO. «The Voice Kids 4» : rencontre avec Angelina, 9 ans, sacrée gagnante

Pour les enfants, vous sortez aussi un livre illustré par Yann Tisseron.

Je lance carrément une collection ! J'ai toujours inventé les histoires que je racontais à mes enfants. Et de fil en aiguille, j'ai bien dû en écrire une centaine. « Zino déménage » est la première. C'est pour rassurer les enfants. Zino, c'est moi. J'ai déménagé vingt fois. J'ai fait vingt écoles. Mon père était déménageur. Et sa meilleure cliente, c'était ma mère.

Vous avez tourné en août dans un téléfilm avec Michel Jonasz, «Mauvaises Graines»… Vous voilà comédien ?

On n'en est pas encore là, mais je me suis régalé. Quand on m'a proposé le film (NDLR : produit par Morgane, prévu sur France 3), j'ai accepté mais pour un rôle mineur, au cas où je suis bidon. Ils m'ont rappelé pour le premier rôle. Je leur ai dit : « Mais vous êtes fadas ! » Pendant un mois, à Tours, j'ai été chouchouté. Quelle chance de commencer avec Michel Jonasz. Il est tellement puissant. Quand il est parti, je lui ai envoyé des textos, « reviens ». Ce n'est pas mon monde, mais cela m'a donné envie d'en refaire. Si ça plaît, évidemment…

LA NOTE DE LA RÉDACTION : 3,5/5

« Un air de famille », de Patrick Fiori, Smart/Sony Music, 15,99 euros le CD ; « Zino déménage ! », Ed. Auzou, 14,95 euros le livre CD (dès 3 ans).