Musique classique : ce sont les cheffes d’orchestre de demain

Elles ont entre 21 et 36 ans, viennent d’Indonésie, du Royaume-Uni ou de Colombie, et comptent parmi les stars montantes des cheffes d’orchestre. Elles forment le podium de la Maestra, le concours qui s’est achevé vendredi à la Philharmonie de Paris.

 Rebecca Tong, Stéphanie Childress et Lina Gonzalez-Granados à la Maestra à Paris.
Rebecca Tong, Stéphanie Childress et Lina Gonzalez-Granados à la Maestra à Paris. AFP/Martin Bureau ; LP/Aurélie Ladet ; AFP/Martin Bureau

Elles ont dirigé pendant trente minutes chacune le Paris Mozart Orchestra dans la grande salle Pierre-Boulez, la plus prestigieuse de la Philharmonie de Paris. Et c'est finalement Rebecca Tong, Américano-Indonésienne de 36 ans, cheffe du Jakarta Simfonia Orchestra, qui a obtenu le premier prix de la Maestra, concours réservé aux femmes cheffes d'orchestre, lors de la finale vendredi soir.

Rebecca Tong, 36 ans

AFP/Martin Bureau
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La jeune femme est actuellement cheffe assistante au département opéra du Royal Northern College of Music, conservatoire de musique basé à Manchester, et auprès de deux grands orchestres au Royaume-Uni, le BBC Philharmonic et le Royal Liverpool Philharmonic Orchestra.

Ayant grandi en Indonésie dans une famille de musiciens, elle commence tôt le piano avant de se tourner vers le violon dont elle poursuivra l'étude aux Etats-Unis. Sa sœur aînée, Eunice Tong-Holden, est également cheffe d'orchestre.

Stéphanie Childress, 21 ans

LP/Aurélie Ladet
LP/Aurélie Ladet  

La plus jeune candidate, la Franco-Britannique Stéphanie Childress, 21 ans, est arrivée deuxième du concours. Née à Londres d'un père américain et d'une mère française, c'est impressionnée par un concert auquel elle assiste à l'âge de 4 ans, à Carcassonne (Aude), qu'elle demande à commencer le violon. Elle commencera le piano à 5 ans, le violon à 6 ans et semblait destinée à une carrière de soliste quand, à 13 ans, après un autre concert qui la bouleverse, elle décide de devenir cheffe d'orchestre.

Une passion qui la pousse à quitter le lycée à 15 ans, une hérésie pour beaucoup de ses camarades. Mais ses parents, qui ne sont pourtant pas musiciens, l'ont encouragée à suivre sa voie. Sa détermination sans faille, et un talent certain, l'ont amenée sur les bancs de l'Université de Cambridge en musicologie à l'âge de 16 ans avec son violon à créer son propre orchestre, Rheia, à 19 ans.

Lina Gonzalez-Granados, 34 ans

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La Colombienne Lina Gonzalez-Granados, 34 ans, obtient enfin le troisième prix. Née et élevée à Cali, en Colombie, la jeune cheffe, fille unique, a étudié le management en parallèle de ses leçons de musique, le piano. Ses parents l'encourageaient afin de la garder à la maison, loin des rues dangereuses de Cali dans lesquelles les trafiquants de drogue se menaient une guerre sans pitié.

Elle est aujourd'hui l'une des rares femmes latinos à diriger des orchestres aux Etats-Unis, où elle a étudié. Si elle a commencé à diriger en Colombie, en 2008 avec le Youth Orchestra de Bellas Artes, c'est aux Etats-Unis, où ses études l'ont menée, qu'elle a pris son envol. D'abord à New York, en 2010, puis à Boston, au Conservatoire de Nouvelle Angleterre, puis désormais à l'Université pour un doctorat.

Cheffe associée de l'Orchestre de Philadelphie et de l'Orchestre symphonique de Seattle, elle aussi a créé sa propre formation à Boston, l'Ensemble Unitas, un orchestre de chambre, afin, notamment, de jouer des compositeurs Sud-Américains.

Imaginé par la cheffe d'orchestre mondialement reconnue Claire Gibault et la Philharmonie de Paris, cet événement vise à alerter sur le manque de place fait aux femmes dans cette profession, l'une des plus prestigieuses du monde musical.

C'est qu'en matière d'égalité des sexes, le métier de chef d'orchestre a des progrès à faire. L'écart est abyssal, les chiffres, vertigineux. Sur 778 orchestres professionnels symphoniques recensés dans le monde début 2020, seuls 48 étaient dirigés par une femme. Soit 6,2 %.

En France, le chiffre tombe à 4 %. Une seule femme – Debora Waldman à Avignon – dirige l'un des trente orchestres régionaux permanents de l'Hexagone. Les 12 candidates bénéficieront d'un accompagnement pour une durée de deux ans.