Musique, cinéma, pubs : comment Daft Punk a marqué la pop culture

Des pubs pour shampoing aux blockbusters américains, en passant par son influence sur d’autres artistes planétaires, le tandem français a marqué son époque. En silence mais avec une ampleur rare.

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En 2010, Daft Punk participait à un spot publicitaire culte dans le décor de Star Wars pour l'équipementier sportif Adidas (capture d'écran).
En 2010, Daft Punk participait à un spot publicitaire culte dans le décor de Star Wars pour l'équipementier sportif Adidas (capture d'écran). DR/Adidas

En 2006, le très branché groupe new-yorkais LCD Soundsystem goûtait à la gloire avec sa chanson « Daft Punk is playing in my house ». Une ode un peu barrée aux deux génies français de l’électro, le chanteur les imaginant jouer dans une cave entourés de gamins. Au lendemain de l’annonce de leur séparation, 28 ans après leur première collaboration, il nous a pris l’envie, non pas de vérifier si ce rêve s’était concrétisé, mais de mesurer à quel point le duo avait « joué » dans la vie de toute une génération de Terriens.

Car au-delà de leur œuvre de génie, leur empreinte sur la pop culture restera indélébile. En se glissant dans la carrosserie de deux robots, Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo sont devenus des objets de fascination. En avance sur leur temps, à la marge des circuits promotionnels, mais jamais absents, loin de là.

Des publicités à gogo

Dès la fin du XXe siècle, et la sortie de leur bijou « Homework » (1997), les publicitaires ne s’y trompent pas. Ces deux-là ont beau garder le silence, ils incarnent l’avenir. Et il sera « Technologic ». À l’image de ce titre éponyme, les voilà propulsés juke-box ambulant des plus grandes sociétés high-tech. Cela commence avec les téléphones portables Motorola et Nokia, puis viennent les baladeurs révolutionnaires d’Apple (Ipod).

Leur musique roulera parallèlement pour de grands constructeurs automobiles (Audi, Citroën, Alfa Romeo, BMW), un géant du shampoing (Pantene), une banque américaine (Virgin Money) ou encore des marques de vêtements comme Gap ou Adidas.

Daft Punk, véritable icône de la pop culture.
Daft Punk, véritable icône de la pop culture. Infographie

Si, la plupart du temps, c’est bien leur musique hybride qui attire les directeurs marketing, la simple présence à l’image des deux casques noirs suffit parfois. Le mur des célébrités, ils l’atteignent d’ailleurs en 2010 en tournant dans une série de spots complètement cultes de l’équipementier sportif allemand aux trois bandes. Dans un décor de la saga Star Wars, Daft Punk partage la vedette avec Han Solo, Indiana Jones, Snoop Dogg ou encore le footballeur David Beckham. Plus déroutant encore, en 2013, on les retrouve en train d’escorter la Formule 1 de l’écurie Lotus. L’équipe de F1 est alors partenaire de leur label musical Columbia Records.

« Sampleur» et « samplé »

« Harder, Better, Faster, Stronger ». Un titre fait pour les courses automobiles ? Pas sûr que le duo l’ait entendu de cette oreille au moment de composer son hymne futuriste en 2001… Pas plus que le rappeur Kanye West, qui reprendra le tube à sa sauce huit ans plus tard. Ce titre symbolise en tout cas l’une des autres facettes de la discographie de Daft Punk et de son époque. Celle du « sample », l’art de réarranger des échantillons de sons créés par d’autres. Les deux DJs français doivent tout à cette méthode désormais démocratisée. La trame d’« Harder, Better, Faster, Stronger » repose ainsi sur un trésor méconnu du jazzman Edwin Birdsong (« Cola Bottle Baby », 1979). Celle de « Digital Love » sur le grand claviériste américain George Duke et son « I Love You More » (1979).

À noter que cet usage du sample n’apparaît pas systématiquement dans le crédit des albums. En 2017, le site spécialisé Samples racontait, étape par étape et en musique, la postérité cachée du morceau de Sister Sledge (« Il Macquillage Lady », 1982) dont les différentes lignes ont été profondément réorganisées pour créer « Aerodynamic ». Cela n’empêche les deux compères d’assumer cette pratique au cœur de tous leurs albums, sauf le dernier (« Random Access Memories » en 2013). « On a composé et enregistré la musique que Daft Punk aurait pu sampler, décrivait alors Guy-Manuel de Homem-Christo dans les Inrockuptibles. Et avec de vrais musiciens : ceux qui jouaient avec Michael Jackson ou Chic par exemple, ceux qu’on samplait à nos débuts. »

À l’image de Kanye West, de nombreux artistes US ont rendu hommage de cette façon aux Frenchies. Kendrick Lamar, 50 Cent, Kid Cudi, Janet Jackson... Plus proche de Paris, on notera le sample réalisé dès 2006 par le regretté DJ Mehdi, autre producteur légendaire de l’électro et du rap français, ou plus récemment celui du groupe de rock psychédélique britannique Temples (Paraphernalia, 2020). Nous vous avons concocté un module musical à la fin de cet article pour apprécier ces clins d’oeil.

Jongler du blockbuster au cinéma d’auteur

Comprendre l’influence de Daft Punk, c’est enfin jeter un coup d’œil du côté du petit et grand écran. Ses tubes claironnent dans des blockbusters (« Iron Man 2 », « Very Bad Trip 2 »), dans des films d’action grand public (« Never Back Down », « Le Baiser mortel du dragon ») mais accompagnent aussi des films d’auteur plus intimistes comme « Boyhood », ou « Oslo 31 août ». Consécration ou simple clin d’œil, le duo masqué apparaît aussi en 2015 dans les Simpson. Là se niche l’une des autres spécificités du duo français, son aisance pour plaire à la fois au box-office et aux niches.

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Un caméléon ultra-puissant donc, resté dans le même temps très attaché à sa liberté de création. Notamment d’un point de vue graphique. Avec « Electrorama » et « Interstella 5555: The Story of the Secret Star System », le groupe a développé ses propres projets avant-gardistes. Il y creuse sa passion pour la frontière entre l’humain et l’ordinateur. Et, par capillarité, entre la Terre et l’espace. Ce lundi, Jean-Michel Jarre, figure tutélaire de l’électro, a poussé jusqu’au bout la métaphore choisie par le groupe pour illustrer son annonce. Celle de deux robots qui disparaissent pour devenir des étoiles. « Non, les étoiles, ce sont des astres que l’on voit quand ils sont morts, eux sont bien vivants et vont continuer leur carrière », s’est-il pris à rêver.