«J’ai toujours fui mon nom» : Buzzy Lee, la fille de Steven Spielberg, sort son premier album solo

Sous le nom de Buzzy Lee, Sasha Spielberg, la fille aînée du cinéaste, sort à 30 ans un magnifique premier album. Rencontre avec une artiste à la voix de cristal, sans chichi, joyeuse et… francophile.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Buzzy Lee, alias Sasha Spielberg, est la fille aînée du cinéaste Steven Spielberg et de l’actrice Kate Capshaw.
Buzzy Lee, alias Sasha Spielberg, est la fille aînée du cinéaste Steven Spielberg et de l’actrice Kate Capshaw. Brantley Gutierrez

« Bonjour! » Il est 11 heures à Los Angeles et Buzzy Lee nous accueille chez elle, enthousiaste et en français. Buzzy Lee, alias Sasha Spielberg, 30 ans, fille aînée du cinéaste Steven Spielberg et de l'actrice Kate Capshaw. Avec le talentueux musicien et producteur new-yorkais Nicolas Jaar, elle sort son premier album solo, « Spoiled Love », une excellente surprise pour les amateurs de pop romantique et délicatement électronique.

On est happé par l'étrange beauté de ses compositions au piano, de ses textes sombres qui ne manquent pas d'esprit et de sa voix de cristal qui rappelle parfois Kate Bush. On découvre une artiste sans chichi, humble, joyeuse et… francophile.

Vous semblez bien parler français. D'où cela vous vient-il ?

BUZZY LEE. Oh, ça fait longtemps que je n'ai pas pratiqué. J'ai vécu en 2011 à Paris. J'allais à l'université Paris-8, à Saint-Denis. Par la ligne 13, c'est bien ça ? Je prenais des cours de cinéma et de littérature, j'étudiais Godard. Je rêvais d'aller à la Sorbonne, j'y ai suivi quelques cours d'histoire de l'art, mais je ne comprenais rien (rires). Paris est ma ville préférée avec New York. J'ai failli m'y installer, j'y ai ma meilleure amie. Mais ce n'est que partie remise, peut-être.

Vous pourriez chanter en français ?

Il y a deux ans, j'ai joué à Paris, au festival Pitchfork, et j'ai chanté « Elle avait des bagues à chaque doigt, des tas de bracelets autour des poignets… » (NDLR : « le Tourbillon » de Jeanne Moreau). C'était chouette! De là à écrire en français… Mais je suis très influencée par Françoise Hardy, Serge et Charlotte Gainsbourg… Et j'adore Angèle, que j'ai découverte à Bruxelles, lors de ma tournée.

Buzzy Lee marque-t-il vos débuts en solo ?

Oui, même si j'ai déjà sorti des singles et deux EP (NDLR : mini-album) avec Buzzy Lee. Je travaille depuis longtemps avec Nicolas Jaar, qui est mon meilleur ami depuis le lycée. J'ai aussi eu un groupe, Wardell, avec mon frère Theo. Il y a deux ans, j'avais écrit 25 chansons et commencé à travailler avec Richard Swift (NDLR : musicien folk-pop américain culte). Mais il est décédé… Nicolas m'a proposé de les enregistrer, en deux semaines, de manière très spontanée.

Newsletter La liste de nos envies
Nos coups de cœur pour se divertir et se cultiver.
Toutes les newsletters

VIDÉO. « Spoiled Love» de Buzzy Lee

Quand avez-vous commencé la musique ?

A 7 ans, j'ai tanné mes parents pour prendre des leçons de piano. Je voulais absolument jouer le thème de « Titanic », la chanson de Céline Dion. Au début, le prof m'apprenait Bach et Beethoven, je n'étais pas ravie. Mais « My Heart Will Go On » a fini par arriver. Le jour où j'ai su la jouer, j'ai arrêté les leçons (rires). A 13 ans, mon oncle m'a offert une guitare et m'a appris à jouer Led Zeppelin, Hendrix, les Beatles… J'adorais le classic rock, les Who, le Velvet Underground… Je suis une fille de la génération iPod qui peut passer de Radiohead à Erik Satie.

On écoutait beaucoup de musique chez les Spielberg ?

Oui ! C'était très varié. Ma mère adore la musique et m'a transmis sa passion pour les chanteuses folk, comme Joni Mitchell. Mon père écoutait surtout des musiques de films, évidemment. Mon frère adorait le punk. Mes parents fréquentent surtout des gens de cinéma, mais je me souviens qu'à 11 ans, Melissa Etheridge (NDLR : musicienne américaine rock), à qui j'avais dit que j'avais une voix affreuse, m'avait conseillé d'écrire mes propres chansons pour développer ma propre voix. Cela m'a marquée.

Vous apparaissez dans quelques films de votre père, «le Terminal», «Munich», «Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal»…

Pour une gamine, il n'y a pas meilleur terrain de jeu qu'un tournage ! Quand nous étions enfants, nous voyagions avec mon père sur les siens. Je m'y sentais chez moi. J'aimais jouer la comédie, mais j'aimais surtout le catering et le fait de pouvoir manger gratuitement à toute heure (rires). J'ai longtemps pensé que je serais comédienne, car j'avais une peur panique de chanter sur scène. Les premières fois, ma voix tremblait. Ce n'est qu'en 2013, lorsque j'ai enregistré en studio avec mon frère Theo, que mes parents ont pris ma passion au sérieux.

Pourquoi avoir pris ce nom d'artiste de Buzzy Lee ?

J'ai toujours fui mon nom. Si je l'avais gardé, il aurait éclipsé ma musique. Je voulais que les gens écoutent d'abord, sans préjugé. Avec mon nom, ils auraient été automatiquement sceptiques. Sur TikTok, dès que vous venez d'une famille connue, les critiques pleuvent… Mon but a toujours été de rester complètement anonyme. Mais maintenant que j'aime donner des concerts, c'est difficile !

NOTE DE LA RÉDACTION : 4/5

«Spoiled Love», de Buzzy Lee (Future Classic).