Coming out des chanteuses : «Ce n’est que le début», estime Hyphen Hyphen

Dans ses clips, le groupe pop a brisé le tabou autour de l’homosexualité. Préjugés, libération de la parole, influence sur les ventes de disques… La chanteuse et la bassiste se confient comme rarement.

 Line, Santa et Adam, membres du groupe Hyphen Hyphen.
Line, Santa et Adam, membres du groupe Hyphen Hyphen. LP/Frédéric Dugit

Hyphen Hyphen est un des jeunes groupes pop français les plus en vue. Dans leur second album, ils ont réalisé deux clips, « Like Boys » et « Mama Sorry » en forme d'odes à la liberté sexuelle. Dans « Like Boys », la chanteuse Samantha Cotta, dit Santa, y clame avec vigueur « je n'aime même pas les garçons ». L'interprète et la bassiste Line se réjouissent d'une libération de la parole chez les nouvelles chanteuses, d'Angèle à Hoshi.

Que pensez-vous du récent coming out d'Angèle ? Est-ce un symbole fort ?

SANTA et LINE. C'est vraiment super qu'une artiste comme Angèle le dise parce qu'elle a une communauté de fans immense, dont beaucoup de jeunes femmes. Si Angèle peut aider des petites filles à s'épanouir, c'est génial. Toute parole peut libérer la prochaine. Il y a dix ans, une artiste avec une telle popularité n'aurait pas pu le faire. Mais, l'an dernier, un magazine people les avait prises en photo avec sa copine. Elle n'a pas vraiment eu le choix. Nous, on a fait notre coming out au lycée et pas sous les yeux des tabloïds. Cela rajoute une pression et un doute supplémentaire de le faire aux yeux du monde. Ce qu'elle a vécu, c'est vraiment difficile.

Hoshi a embrassé une fille aux dernières Victoires de la musique, déchaînant un flot de haine et même des menaces de mort…

Oui. Et il fallait oser le faire! Elle s'est pris un flot d'insultes horribles. Les préjugés persistent. Les trois premiers sites proposés en tapant « lesbienne » sur Google sont du porno. Ce mot reste une insulte et il faut le transformer en quelque chose de normal. Nous aussi, on a eu des retours de bâton! On refuse d'ailleurs de supprimer les commentaires insultants pour que les gens s'en rendent compte.

Un mouvement est-il en train de grandir chez les artistes ?

Oui ! Et ce n'est que le début d'un long chemin qui s'ouvre. Il y a une forme de double peine envers les lesbiennes, avec la lutte pour l'égalité avec les hommes. On ne peut pas séparer ces batailles qui découlent du féminisme. Mais c'est vraiment fort ce qu'on est en train de vivre. Cela fait du bien de se sentir épaulées, de voir d'autres artistes en parler. Même si, quand on voit ce qu'a vécu Hoshi, cela fait peur. C'est aussi pour ça qu'il faut continuer de libérer la parole.

Etait-ce difficile d'assumer votre homosexualité publiquement ?

Cela s'est fait de manière naturelle entre le premier et le deuxième album. Le fait d'être un groupe nous a aidées. Le public est aussi venu avec une bienveillance qui nous a permis d'être nous-mêmes. Cependant, c'est notre première interview à ce sujet. On n'a jamais fait de coming out public.

Quel a été l'élément déclencheur ?

La Manif pour tous ! On en a souffert. Avant, on était dans une bulle naïve où les lesbiennes étaient invisibles et l'homophobie aussi. En mettant des visages sur cette haine, il y a eu clairement un avant et un après. On a donc réagi artistiquement. Prendre la parole était aussi inconsciemment une forme de libération et de revanche, une réponse aux insultes qu'on a reçues comme « sales lesbiennes » ou aux amis qui se sont détournés de nous à l'adolescence. Des amies se sont fait aussi agresser. On en fait d'ailleurs partie…

Avez-vous peur de l'étiquette « musicienne homosexuelle » ?

C'est une crainte qu'on a eue au début. On a toujours envie que notre musique soit écoutée sans préjugés mais on a compris que c'était juste un fantasme d'artiste. On écoute toujours avec des a priori, alors autant choisir soi-même le prisme !

Quelle a été la position de votre maison de disques ?

On n'a pas laissé le choix à nos collaborateurs. On a toujours eu le menton très haut et on a jamais laissé place au doute. On ne pouvait pas nous dire non. Des amis artistes se sont pris des réflexions mais cette industrie évolue dans le bon sens. Tant qu'on reste dans cette logique de divertir, il n'y a pas de réticences. Et le public s'élargit de plus en plus.

Vos clips engagés « Like Boys » ou « Mama Sorry » ont-ils eu un impact négatif sur vos ventes ?

Au contraire ! « Like Boys » est le plus gros single qu'on ait jamais sorti. Sous le clip « Mama Sorry », on avait envie de pleurer en lisant les commentaires tellement ils étaient beaux et bienveillants. On aurait aimé voir ce clip quand on avait 16 ans. C'est pour ça qu'on l'a fait.

Vous avez souffert de l'absence de modèles homosexuels lors de votre adolescence ?

C'est vrai qu'on n'en a pas eu à part dans des séries comme « L Word » dans les années 2000. Aucune chanteuse ne nous a délivré le message : « c'est cool d'être lesbienne ». Même au cinéma, il y a beaucoup de couples gays mais peu de lesbiennes. Alors, quand on voit notre public porter fièrement des drapeaux alors qu'ailleurs dans le monde une adolescente est poussée au suicide pour avoir porté ce même drapeau, on se dit qu'on ne fait pas ça pour rien.