Bigflo et Oli, les raisons d’une pause

Les deux jeunes frères Toulousains vont faire un break d’un an. Les rappeurs expliquent leur décision dans un documentaire émouvant, « Presque trop », mis en ligne ce jeudi sur Netflix. Rencontre exclusive.

 Bigflo et Oli l’assurent : « Le 15 octobre, c’est sûr, on coupe tous les réseaux, cela sera le black-out ».
Bigflo et Oli l’assurent : « Le 15 octobre, c’est sûr, on coupe tous les réseaux, cela sera le black-out ». LP/Yann Foreix

« Au revoir. » La chanson inédite qui clôt le documentaire dit tout. Bigflo et Oli, les frères rappeurs à l'ascension vertigineuse ( deux Stadium de Toulouse, un Bercy, une Arena de Nanterre, trois Victoires de la musique …), vont mettre leur carrière en pause pendant un an. Pour mieux comprendre la trajectoire hors normes des deux jeunes Toulousains (24 et 27 ans), Netflix met en ligne aujourd'hui « Presque trop ». Un documentaire émouvant qui met en lumière ce que les autres artistes ne montrent jamais d'ordinaire. Comment psychologiquement tenir le coup quand on passe du statut d'ados fans de rap à personnalités ultra-populaires? Le duo se met à nu dans ce film coréalisé par Jérémy Levypon, 20 ans seulement. Rencontre.

« Presque trop » ne répond pas aux codes du documentaire musical. Pourquoi ?

BIGFLO. On ne voulait pas d'un documentaire avec des personnes face caméra qui racontent la même histoire des deux Toulousains qui finissent par remplir des stades. Les success story, c'est toujours le même schéma. On te montre le gars petit, il vient d'un milieu compliqué, personne ne croit en lui. Et puis d'un coup, ça marche contre toutes attentes, sa carrière monte, monte, monte et… fin du doc ! Nous, en une minute trente, toute notre carrière défile. Pour que le spectateur se dise : Ils vont parler de quoi maintenant ? Nous voulions le plonger dans la même sensation de nos vies. Et alors, après il y a quoi ? C'est plus un documentaire qui parle de psychologie que de musique.

On n'entend d'ailleurs quasiment aucun morceau…

OLI. Oui, toutes les parties en concerts sont concentrées sur les émotions du public. Cela nous soûlait de remettre les sons que les gens ont entendus 1000 fois.

B. Le but, c'est que si tu ne nous connais pas ou ne nous aime pas, tu peux quand même être intéressé. C'est un Frankenstein du doc avec pour parti pris d'emmener le spectateur dans un « trop plein », comme ce que l'on a vécu.

Bigflo et Oli, « Presque trop », la bande-annonce

Il y a beaucoup d'images de votre vie privée…

B. C'est cliché mais on a oublié la caméra. Je ne me souviens pas avoir été filmé lors de cette conversation où on me voit craquer psychologiquement à cause des demandes de photos. Dire que je n'en peux plus, c'est risquer de passer pour un vrai connard. Mais c'est une problématique centrale d'avoir l'impression d'être devenu un objet. A la fin de séances de photos de 3h30, je suis mort mentalement. Mais Oli, cela ne le dérange pas du tout.

O. Moi, je suis toujours content et cela fait un équilibre. Quand Flo tient ce discours-là, c'est aussi parce qu'il était épuisé par la tournée.

Florian, vous êtes fatigué depuis combien de temps ?

O. Depuis qu'il est né ! (Ils explosent de rire)

B. Depuis la sortie de « la Vie de rêve » (NDLR : en novembre 2018) puis le succès du titre « Dommage ». Dans le marché de la musique, aujourd'hui, le rythme est infernal, il faut sortir des nouveautés tout le temps. Aujourd'hui, j'ai envie de prendre le risque de couper.

A quel moment avez-vous décidé de faire une pause ?

O. Moi, quasiment jamais comme on le voit dans le doc, j'ai envie de continuer ! (Rires)

B. On devait arrêter en mars et on fait cette interview… fin septembre ! Mais le 15 octobre, c'est sûr, on coupe tous les réseaux, cela sera le black-out. Il y a eu tellement de pressions que cela a même impacté notre relation. Mais attention, on ne part pas quatre ans comme les artistes dans les années 1980 pouvaient se le permettre.

O. On veut se reconcentrer sur la musique, car moi je ne vis que pour cela ! On va être dans notre studio à Toulouse, tenter de nouvelles influences musicales. D'Amérique latine, notamment : normal avec nos racines argentines ! Les dernières années, je ne faisais pas assez de musique.

VIDÉO. Victoires de la musique : Bigflo et Oli, la consécration !

Dans le même temps, vous assumiez beaucoup de promotion. Vous étiez partout…

B. Oui, on pouvait être dans une émission avec Akhenaton, puis « les Douze coups de midi » avant d'enchaîner avec « Fort Boyard »…

O. On a tellement rêvé de tout cela… Quand Michel Drucker nous invite, bien sûr qu'on y va ! En plus, on sait que notre père va pleurer devant. Mais les gens finissaient par connaître plus nos personnalités que nos chansons.

La scène ne va-t-elle pas vous manquer ?

B. Ben si on veut refaire des Zénith, il faut prendre du temps pour un bon album. On a déjà 10 titres ! Et nos potes sont contents de pouvoir nous voir. Je vais pouvoir faire les mariages, les anniversaires, des trucs que j'ai ratés. Je rêve aussi d'aller au Japon…

Vous en avez aussi réalisé un quand votre frère vous offre un cahier qui a appartenu à votre idole, le rappeur Drake…

O. Il m'a offert un tableau de Keith Haring et moi… un cahier de rimes acheté aux Etats-Unis ayant appartenu à Drake quand il était au collège ! C'est un truc de dingue.

B. J'ai réussi à avoir la confirmation de Drake en direct, via une connaissance, qui m'a confirmé que c'était bien le sien ! Capture d'écran à l'appui. Il a répondu « qu'il s'amuse bien avec ça » !

LA NOTE DE LA RÉDACTION : 4,5/5

« Presque trop », réalisé par Bigflo & Oli et Jérémy Levypon. Disponible sur Netflix à partir de ce jeudi. Durée : 1h40.