Bienvenue chez Frédéric François, 50 ans d’amour avec Monique et un 38e album, «La Liberté d’aimer»

A 70 ans, le chanteur belge d’origine sicilienne aux 40 millions de disques vendus vient de sortir son 38e album, «La Liberté d’aimer». Il nous a reçus chez lui dans la banlieue de Liège.

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 La sortie de ce 38e album coïncide avec les 50 ans de mariage de Frédéric François et Monique.
La sortie de ce 38e album coïncide avec les 50 ans de mariage de Frédéric François et Monique. LP/Elene Usdin

Il aime son public à l'italienne, passionnément. Ses fans le lui rendent bien en remplissant les Zénith dans toute la France depuis des décennies. Cette année, à cause du Covid-19, Frédéric François, 70 ans, devra se contenter de plus petites salles, pour célébrer son demi-siècle de carrière et la sortie de son 38e album, « La Liberté d'aimer » disponible depuis vendredi. 2021 scellera aussi ses 50 ans de mariage avec Monique, « son bouclier » contre les intempéries, le pilier de sa vie.

Dans sa grande maison lumineuse de la banlieue de Liège, en Belgique, où le chanteur d'origine sicilienne nous accueille, la table de cuisine mesure quatre mètres, le salon accueille quatre canapés autour d'un piano à queue et la terrasse deux salons d'été. Il faut bien ça pour recevoir les quatre enfants et six petits-enfants.

Dans la cuisine, le livre de recettes de Sophia Loren trône sur un petit pupitre du plan de travail. Pas loin de l'album des photos de famille. En couverture, Frédéric et Monique irradient le jour de leur mariage, le 3 septembre 1971. Il a 20 ans, la classe, regard de timide ténébreux et sourire à tomber qui séduiront des milliers de fans. Le début d'une décennie flamboyante. Frédéric François rapidement classé dans la catégorie « chanteur à minettes », sort un succès par an. De « Je n'ai jamais aimé comme je t'aime » en 1971 à « Viva Italia », en 1979, il connaît la gloire, abonné aux émissions de Guy Lux, aux côtés de Johnny, Mike Brant, Dalida et C Jérôme.

«Le disco m'avait effacé»

Monique se souvient de quelques moments désagréables. « Des groupies qui rôdaient autour de la maison pour avoir une photo, un autographe. Elles sonnaient à la porte des parents » italiens. L'étoile brille jusqu'au tsunami du disco. « Une déferlante qui a balayé toute une génération, grimace Frédéric François. Le disco m'avait effacé, je n'existais plus. J'avais des angoisses, des crises de spasmophilie. »

Il doit son retour à… une fan, vendeuse de disques au Luxembourg. « Elle m'a dit en me montrant la pochette d'un tube allemand Vous devriez chanter cette chanson-là. J'ai acheté le disque pour lui faire plaisir. » L'artiste analyse le succès de ce titre. C'est le déclic. « Il fallait que je mette les instruments du disco, les boîtes à rythme et le sampler, au service du romantisme. » Il agence la musique sur « Adios Amor », en vend 700 000 exemplaires et renoue avec la gloire. Comme Dalida, il surfe sur la vague disco, sans dénaturer son empreinte de rital romantique.

Le voilà dans le top 50 en 1984 avec « Mon cœur te dit je t'aime » et son premier Olympia la même année. « J'ai épousé l'air du temps, je joue avec les sons pour rester dans le coup. » En 50 ans de carrière, Francesco pour les Italiens, Fredo pour les Français, a composé 350 chansons, vendu plus de 40 millions de disques et aligné 85 disques d'or. La célébrité n'a jamais fait tourner la tête de ce môme immigré, arraché de son village de Lercara, en Sicile.

« Mon père travaillait dans une mine de soufre. A la fin de la semaine, on pouvait juste acheter un kilo de pain. Quand la Belgique a placardé des affiches dans le village afin de recruter de la main-d'œuvre pour ses mines de charbon, avec la garantie d'un logement et un salaire décent, il a tenté sa chance. » L'Eldorado sent davantage le charbon que l'opulence. Au bout de trois ans, papa gagne certes plus d'argent qu'en Italie, mais il est logé dans des anciens camps de prisonniers allemands. « On l'a rejoint avec ma mère quand j'avais 4 ans et demi, dans un train gratuit de la Croix-Rouge. C'était dur de vivre dans ces baraquements, mais on était soudé. » Francesco sera le 2e d'une lignée de 8 enfants. Monique fait mieux, avec une fratrie de 12 minots. Le couple a sacralisé la famille, cultivé le sens de l'hospitalité. La balançoire et le toboggan dans le jardin servent aux bambinos des enfants qui ont aujourd'hui entre 30 et 49 ans.

«Apporter du bonheur»

Pendant le premier confinement, Frédéric François a rapatrié son studio d'enregistrement dans sa cave aux murs en moquette. Des mugs, des livres et même des paravents Marilyn Monroe emplissent la pièce. « J'adore cette femme, son histoire et sa fin tragique me touchent beaucoup. » Sa petite-fille grince des dents quand il en parle trop à table. « Heureusement qu'elle est morte cette Marilyn, hein mamie ? » C'est dans cet antre équipé d'un tapis de course pour se dégourdir les jambes que l'artiste a enregistré son nouvel album. Qui parle d'amour, encore et toujours. « Je suis un chanteur engagé dans l'amour, ma personnalité est d'apporter du bonheur, des textes positifs. »

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A lui de chanter depuis 50 ans les sérénades que fredonnait son père à la guitare, sous les balcons des promises en Sicile. « En échange, le fiancé payait à mon père et ses deux musiciens une tournée de vin dans une taverne », raconte Frédéric, toujours ému en évoquant le patriarche. Impossible de le décevoir, lui qui dépensait ses économies dans du matériel de musique pour Francesco, plutôt que dans des billets pour des vacances en Sicile. « Quand j'avais 10 ans, il me mettait debout sur la table du café pour que je chante. Tous les ouvriers m'applaudissaient. »

Frédéric François a composé 350 chansons, vendu plus de 40 millions de disques et aligné 85 disques d’or./LP/Elene Usdin
Frédéric François a composé 350 chansons, vendu plus de 40 millions de disques et aligné 85 disques d’or./LP/Elene Usdin  

Papa arrive à inscrire le prodige à des concours de chant. A 13 ans, il joue dans Les Éperviers, un groupe dont le chanteur est… François Sinatra, le cousin de Franck. C'est la victoire à un concours de chant en 1966 qui lui offre l'enregistrement de son 1er single en Belgique. Francesco persévère, s'inscrit au conservatoire, prend des cours de déclamation, de phonétique, de violon, de chant d'ensemble… « Je mettais tout en œuvre pour réaliser mon rêve. » Quatre ans plus tard, en 1971, le voilà numéro 1 des ventes pendant 13 semaines avec « Je n'ai jamais aimé comme je t'aime. » La romance italienne devient son ADN. De son pays, Frédéric François a conservé aussi les odeurs, les saveurs. Les olives et l'huile viennent de Sicile. Sa mère a appris à Monique à cuisiner les pâtes à toutes les sauces. « On en mange tous les jours, parfois je fais des pizzas. Mais pour les anniversaires, c'est couscous tellement on est nombreux ! » lance Monique en poivrant les spaghettis à la truffe qu'elle fait toujours goûter à son « chou ».

La famille, on l'aura compris, c'est sacré. Les photos de la tribu décorent les frigos. Son fils Vincent, qui habite en Thaïlande, a orchestré trois de ses albums, Victoria réalise ses clips, Gloria fait des photos. Elle habite à 20 km de là et passe voir ses parents tous les jours. Anthony lui, vit dans la même rue. « Avant le Covid-19, tout le monde déjeunait à la maison. Depuis un an, ce sont nos quatre enfants qui prennent soin de nous. Cette crise fait prendre conscience du temps qui passe, de la fragilité de la vie et de profiter de ses proches. Le confinement nous a rapprochés. »

Le soir, Monique et Frédéric n'écoutent plus le 33 tours de Gun's'Roses posé sur l'étagère de vinyles. Ils se regardent une bonne série sur Netflix ou Amazon. Parfois Monique lui choisit un film d'action ou un thriller. La romance, sur scène et sous son toit, dure depuis 50 ans. Amor, amor.

Un album qui parle d’amour universel

Sur les 10 titres de « la Liberté d’aimer », quatre conjuguent le mot amour. Si les sonorités de ce nouvel album s’inspirent de sons électroniques en vogue, elles restent dans l’ADN de Frédéric François, comme les textes, écrits par Frédéric Zeitoun, son parolier depuis 20 ans. Les musiques ont été mixées à Shanghai, les chœurs à Los Angeles et Paris. Cet opus s’ouvre sur « la Liberté d’aimer » une ode à l’amour universel où l’on entend des voix orientales. Mélancolique dans « Quand tu pars », il réconforte une amie à travers « Demain tout recommence ». « Tout est comme avant » évoque la force d’une mère quittée, obligée de rester debout pour ses enfants. A 70 ans, l’artiste populaire continue de cultiver l’amour lumineux, savoure chaque jour comme une chance, s’accroche au regard de l’être chéri. L’album de ballades se termine par « Vivant », en hommage à tous ces morts du Covid-19 qui restent « dans nos cœurs comme une larme de bonheur ». Optimiste même dans la mort.

NOTE DE LA RÉDACTION : 4/5

« La Liberté d'aimer », Frédéric François, MBM Records, 21,99 euros