«All Love Everything» d’Aloe Blacc : «Je préfère parler d’amour»

Le musicien révélé par «I Need a Dollar» est l’un des rares à avoir traversé l’Atlantique pour venir en France défendre son nouvel album. Nous l’avons rencontré.

 Paris, le 8 octobre 2020. Le chanteur Aloe Blacc : «Ma photo sur l’album, mes clips... tout vise à montrer un noir positif, car les médias montrent l’inverse.»
Paris, le 8 octobre 2020. Le chanteur Aloe Blacc : «Ma photo sur l’album, mes clips... tout vise à montrer un noir positif, car les médias montrent l’inverse.» LP/Arnaud Dumontier

Un Américain à Paris. Le seul. Depuis le début de la pandémie, Aloe Blacc est la première popstar US à traverser l'Atlantique. Quand tous les autres donnent des interviews par Internet, lui a tenu à venir chez nous promouvoir « All Love Everything », son quatrième album. « La France est mon premier marché, s'explique-t-il d'une voix aussi douce que son ton est assuré. I Need a Dollar a commencé à avoir du succès grâce à Radio Nova. Et puis la maladie est la même partout. Il suffit de s'en protéger en portant un masque et en faisant attention. »

A 41 ans, cet auteur-compositeur et interprète à la voix de velours révélé en 2010 par « I Need A Dollar » puis en 2013 par le tube mondial « Wake Me Up » avec le DJ Avicii, a raison de croire en cet album. « All Love Everything » est un parfait antidote au chaos et à la grisaille dans laquelle nous sommes plongés. D'un « My Way » aux allures de classique gospel au souffle de la ballade « I Do » en passant par le groovy « Family », c'est un concentré de soul apaisante et solaire. Rencontre.

« Je prends un gros risque. » « Je devais venir en personne porter le message de cet album, qui m'a pris quatre ans et est pour moi révolutionnaire. Ces dix chansons parlent de ma nouvelle expérience de père — j'ai deux enfants de 7 et 4 ans — et de mari, de ma famille, qui est ma priorité. Mes enfants, vos enfants, écoutent ma musique et je me sens responsable du message et de l'énergie que je leur transmets. Il y a tellement de violence et de haine dans les médias. Comme tout le monde, je pourrais faire la chose la plus facile : écrire une chanson triste sur un cœur brisé. Tellement cheap. Je prends un gros risque commercial, mais je préfère parler d'amour. Qui d'autre utilise l'amour comme arme aujourd'hui? »

« Je dois être présent en tant qu'artiste noir. » « Tout noir aux Etats-Unis a été victime un jour de racisme. Bien sûr que j'ai été emmerdé par des skinheads, accusé par la police, victime de micro-injustices du quotidien… J'ai pris ce surnom, Blacc, dans les années 1990, quand j'étais un jeune rappeur impliqué dans le mouvement afro-américain mené par A Tribe Called Quest et Public Enemy. Aujourd'hui, je vois tant d'enfants brisés dans des corps d'adultes, c'est tellement triste. Je ne peux élever mes enfants dans cette perspective. Je dois être présent en tant qu'artiste noir. Ma photo sur l'album, mes clips, cette interview, tout vise à montrer un noir positif, humble, intelligent, bienveillant, réfléchi, car les médias montrent quasiment tout le temps l'inverse. »

« Trump a réveillé tout le monde. » « Les Américains dormaient pendant les mandats d'Obama parce que c'était facile, mais Trump a réveillé tout le monde. Les blancs se sont aussi réveillés avec le mouvement Black Lives Matter. Ils ont vu les vidéos des violences policières et ont compris qu'il fallait changer les choses. Je m'engage dans les élections, mais pas seulement au niveau national. Je m'engage pour que les gens soient éduqués aussi au niveau local, car nos vies sont surtout gérées par des décisions prises par les maires, les sénateurs, les avocats, les shérifs… Mais l'Amérique de Trump n'est pas le seul pays brisé. C'est juste celui où cela se voit et s'entend le plus. »

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« La machine a tué Avicii. » « Sa mort (NDLR : le DJ suédois s'est suicidé à 28 ans, en avril 2018) a été une énorme surprise. Sa vie semblait apaisée, il ne voyageait plus, il était en bonne santé, il mangeait sainement, dormait bien, il était mieux dans sa peau, tout me semblait parfait. Mais il sortait de gros problèmes et la machine a fini par le tuer. Il a commencé à être célèbre à 18 ans, moi j'avais 31 ans, j'étais déjà un homme, je savais qui j'étais, quelles étaient mes forces pour résister au business. Les artistes dealent avec leurs émotions pour créer et le business leur met une pression énorme. Car tout le monde autour d'eux veut gagner de l'argent. Et le capitalisme n'a pas de cœur. La seule chose que notre système ne comprend pas, c'est l'amour. »

NOTE DE LA RÉDACTION : 4/5

« All Love Everything », Aloe Blacc, BMG, 14 euros.