Premier roman, première rentrée littéraire : 5 auteurs nous racontent leur parcours

Parmi les 511 livres qui sortent ces jours-ci, 65 sont écrits par des primo-romanciers. Rencontre avec cinq d’entre eux, dont les écrits nous ont bouleversés. Ils expliquent comment ils ont été publiés.

 Voici cinq romans coups de cœur qui devraient faire parler d’eux.
Voici cinq romans coups de cœur qui devraient faire parler d’eux. DR

C'est parti! Après un début 2020 douloureux pour le monde du livre, avec la fermeture des librairies durant plus de deux mois à cause de l'épidémie de Covid-19, la rentrée littéraire s'ouvre officiellement cette semaine. Bien sûr, on retrouve logiquement des stars, comme Amélie Nothomb, Alice Zeniter, Serge Joncour, Franck Bouysse ou encore Emmanuel Carrère.

Mais un vent de renouveau souffle aussi. Sur les 511 nouveaux romans qui sortent, 65 sont signés par des primo-romanciers. Parmi eux, nous avons repéré cinq très belles pépites. Cinq romans coups de cœur qui devraient faire parler d'eux… Leurs auteurs nous racontent comment ils ont réalisé cet exploit.

«C'est assez vertigineux ce qui m'arrive»

Fatima Daas, repérée à 22 ans lors d'un examen

AFP/Joël Saget
AFP/Joël Saget  

Adolescente rebelle, Fatima Daas écrit ses premiers textes au lycée pour défendre ses idées. Devenue adulte, elle continue à coucher sur papier ses questionnements, ses combats, sa quête identitaire. Comme son héroïne, elle est la petite dernière d'une famille originaire d'Algérie, la seule des trois filles à être née en France. Cette jeune musulmane, croyante et pratiquante, qui vit en banlieue parisienne, doit également assumer son homosexualité. Celle qui se définit comme « fragile et hyperinadaptée » va alors se mettre à écrire des histoires, « pour éviter de vivre la sienne ».

Fatima Daas a 22 ans quand, lors de sa soutenance de thèse de master de création littéraire à Paris 8, elle est repérée par Brigitte Bouchard des éditions Noir sur Blanc. « La Petite Dernière » a trouvé son éditrice. Les deux femmes vont retravailler le texte, qui sort maintenant en librairie. « C'est assez vertigineux ce qui m'arrive », confie l'autrice, qui précise que ce n'est pas un roman autobiographique. Ce magnifique récit aborde avec force la complexité des relations familiales et pointe avec justesse le tabou qui pèse sur l'amour et la sexualité. Quelles que soient nos origines et nos croyances.

« La Petite Dernière » de Fatima Daas, Notabilia, Ed. Noir sur Blanc, 188 p., 18 euros.

«Faire lire le texte à des personnes averties»

Dima Abdallah cherchait seulement à avoir un avis

Sabine Wespieser/David Poirier
Sabine Wespieser/David Poirier  

Née au Liban en 1977, Dima Abdallah se souvient d'une jeunesse « baignée dans un milieu littéraire ». Elle noircit des pages de textes et de nouvelles, jusqu'au jour où elle comprend qu'elle porte un roman en elle. L'histoire d'une enfant, qui, comme elle, est née à Beyrouth et a connu la guerre avant de venir vivre en France. Elle raconte dans son récit une sublime histoire d'amour entre un père et sa fille, deux êtres exilés bouffés par les non-dits et pudeur.

« Si je me suis inspirée de mon histoire, je n'ai absolument pas écrit une autofiction, insiste l'autrice. Je ne l'ai pas composé spécialement dans l'optique d'être publiée, mais, en huit mois, il était là. Et j'ai eu envie de le faire lire à des personnes averties. » La jeune femme l'envoie alors par la poste, et sans recommandation, à quelques maisons d'édition dont elle se sent proche. Très vite, Sabine Wespieser lui répond et demande à la voir. « Ce fut une très belle rencontre. J'ai aimé sa lecture du texte et j'ai tout de suite eu envie de travailler avec elle ». Dima Abdallah, qui se dit toujours « extrêmement surprise » par cette aventure, a maintenant hâte que « Mauvaises Herbes » rencontre ses lecteurs.

« Mauvaises Herbes » de Dima Abdallah, Ed. Sabine Wespieser, 240 p., 20 euros. Sortie le 27 août.

«Un long mail pour le convaincre»

Laurent Petitmangin a écrit à l'éditeur avec lequel il rêvait de travailler

DR
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Entre deux vols, Laurent Petitmangin aime prendre la plume. Mais, jusqu'ici, ce cadre supérieur chez Air France, né il y a 55 ans en Lorraine, dans une famille de cheminots, n'avait jamais été publié. Cette fois-ci, c'est la bonne. Ecrit en quelques semaines, « Ce qu'il faut de nuit », roman social aussi sublime que douloureux, a bouleversé Pierre Fourniaud, de La Manufacture de livres, qui n'a pas hésité longtemps à le signer. Cela tombe bien, Laurent Petitmangin rêvait de travailler avec lui. « J'avais imprimé mon roman en cinq exemplaires, mais, avant de les poster, je lui avais envoyé en PDF un long mail pour le convaincre », se souvient ce père de quatre grands enfants. « Ce qu'il faut de nuit » nous plonge dans la vie d'un papa qui élève seul ses deux fils et qui, au fil des ans, va voir son aîné prendre une route politique à l'opposé de la sienne. « J'avais envie d'écrire sur cet instant où le regard d'un père sur son enfant peut changer. Et décrire comment les choses s'enchaînent et dérivent. »

« Ce qu'il faut de nuit » de Laurent Petitmangin, Ed. La Manufacture de livres, 188 p., 16,90 euros.

Un atelier d'écriture pour «poser les bases»

Nicolas Rodier a pu sauter le pas avec l'atelier de Gallimard

Flammarion/Astrid Di Crollalanza
Flammarion/Astrid Di Crollalanza  

La bourgeoisie, Nicolas Rodier la connaît bien, il y est né. Directeur de la communication dans une banque, comme son héros, ce Parisien de 37 ans a toujours voulu écrire. Il y a trois ans, il saute le pas en suivant un atelier d'écriture chez Gallimard pour « poser et construire les bases » de son projet : « un roman sur son milieu » dont le héros a honte. Il le peaufine pendant ses vacances avant de l'envoyer par la Poste à une poignée d'éditeurs choisis pour leur notoriété. Banco, il reçoit quelques mois plus tard quatre retours positifs qui vont lui donner « le souffle de retravailler son texte pour une seconde version ». C'est finalement avec Flammarion que l'affaire sera conclue. « Sale Bourge » raconte l'histoire de Pierre, 33 ans, issu d'une famille versaillaise aisée, et dont la femme porte plainte pour violences conjugales. Enfant, il a lui-même été maltraité… Un très beau roman incisif et poignant, dont on ne sort pas indemne.

« Sale Bourge » de Nicolas Rodier, Ed. Flammarion, 216 p, 17 euros.

Dix refus avant un oui

David Fortems a été contacté un an après l'envoi de son manuscrit

Astrid Di Crollalanza
Astrid Di Crollalanza  

David Fortems a toujours su qu'il serait écrivain. Issu de la « très petite classe moyenne », le jeune homme de 24 ans savait aussi un jour qu'il coucherait sur papier ses réflexions sur un cet ascenseur social français toujours bloqué… Pourtant, l'élève brillant qu'il était a pu quitter sa cité en banlieue parisienne et faire des études. Et intégrer à la rentrée la Femis, la prestigieuse école de cinéma.

Le jeune homme a mis à peine deux mois pour écrire « Louis peut partir », l'histoire bouleversante d'un père qui croit connaître son fils avec, comme toile de fond, la lumière des Ardennes dont est originaire l'auteur. Mais lorsque l'adolescent se suicide, le père va alors découvrir le mal-être et l'homosexualité de son enfant. David Fortems envoie son roman par la Poste à dix éditeurs parisiens mais sans succès. Un an plus tard, il est contacté par Emmanuelle Dugain, chez Robert Laffont qui a récupéré son livre auprès d'un confrère et veut le publier !

« Louis veut partir » de David Fortems, Ed. Robert Laffont, 186 p, 18 euros.