Polars : petite leçon de géographie avec le professeur Michel Bussi

Dans « Rien ne t’efface », son nouveau et excellent roman, Michel Bussi nous entraîne en Auvergne. Professeur de géographie, il revient sur l’importance du lieu dans ses polars. Interview.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Pour son dernier polar « Rien ne t’efface » l’écrivain Michel Bussi, a choisi l’Auvergne pour cadre, une région où il a de nombreux souvenirs d’enfance.
Pour son dernier polar « Rien ne t’efface » l’écrivain Michel Bussi, a choisi l’Auvergne pour cadre, une région où il a de nombreux souvenirs d’enfance. LP/Philippe Lavieille

Géographe de formation, Michel Bussi s'est imposé en quelques années comme un des rois du thriller. A chaque polar, un lieu. La Normandie où il vit bien sûr, mais aussi les Marquises, La Réunion ou encore la Corse. C'est en Auvergne, où il a de nombreux souvenirs d'enfance, que se passe « Rien ne t'efface », son excellent dernier roman en librairie ce jeudi.

Pourquoi donnez-vous tant d'importance aux lieux dans vos romans ? MICHEL BUSSI. C'est un élément d'immersion incontournable et plus il est détaillé, nourri, plus le lecteur rentrera dans l'histoire. Personnellement, j'ai du mal avec un livre où le lieu a peu d'importance. Imaginez un film avec peu de décors, il manque quelque chose. C'est un peu la même chose en littérature. Cela me permet aussi de poser une adéquation entre les personnages et les lieux. Comme la météo, les traditions culinaires.

Après les Marquises dans votre précédent roman, nous voici Auvergne… C'est la région de mon enfance. J'y ai de nombreux souvenirs. J'y suis allé dès l'âge de 6 ans en colonie puis après comme animateur. Je voulais une histoire qui se passe dans une zone rurale sans être toutefois totalement isolée. Il y avait aussi cette idée de l'eau très présente dans mon roman avec la noyade de l'enfant. Le lac Pavin, effrayant et sans fond, s'est très vite imposé. L'ambiance de l'Auvergne en février collait aussi parfaitement avec l'histoire.

Vous vous rendez systématiquement sur le lieu du crime avant d'écrire ? Pas forcément. Je ne suis pas retourné spécialement en Auvergne pour « Rien ne t'efface ». Bien sûr, c'est plus simple de connaître l'endroit pour écrire une atmosphère mais il faut faire attention à ne pas se faire envahir par le réel. Je laisse mon imagination inventer. L'Auvergne de mon livre reste fantasmée.

La nature est omniprésente dans vos écrits ? J'adore les descriptions. Raconter un lieu, la nature, jouer sur des métaphores, des mots, c'est une vraie parenthèse. C'est aussi une forme de respiration car le rythme de l'écriture du polar est très soutenu. On est dépendant de l'histoire, on vérifie sans cesse si l'intrigue fonctionne et, du coup, on en oublie un peu l'écriture. J'ai d'ailleurs changé récemment ma façon de travailler. J'écris d'abord mon thriller et à la fin seulement, je regarde des photos, des vidéos, je plonge dans mes souvenirs et je prends le temps d'écrire tout ce qui relève du descriptif.

Vous êtes géographe. Cela joue-t-il ? Je pense vraiment que ma formation m'aide à choisir les lieux, à trouver des angles, des façons de décrire. Elle me permet d'offrir un regard décalé sur un site. Je définis aussi mes personnages par rapport à l'endroit où ils habitent, par rapport à leur environnement, leur quotidien. C'est une façon plus visuelle de les présenter.

Newsletter La liste de nos envies
Nos coups de cœur pour se divertir et se cultiver.
Toutes les newsletters

Vos prochains projets? Je retourne à la jeunesse. Le tome I de « N.E.O. » a bien marché. Le deuxième parait en juin et je viens de boucler le tome III. Il y a aussi une bande dessinée qui va sortir. Je travaille également sur mon prochain polar. Il se passera en France. A priori dans plusieurs lieux…

« Rien ne t’efface » : nuits blanches garanties

Peut-on se remettre de la mort de son enfant ? Quand dix ans après la disparition de son petit garçon par noyade, Maddi aperçoit le jumeau parfait de son enfant décédé, le temps se fige. Il s’appelle Tom, vit à Murol en Auvergne. Pour lui, Maddi quitte tout et part s’installer dans ses montagnes. Que s’est-il vraiment passé il y a 10 ans… Comment expliquer toutes les ressemblances avec son fils ? Jamais Michel Bussi n’aura été aussi loin. On est tout de suite pris par cette histoire assez folle. On avance vite et on se dit qu’il n’y arrivera pas, qu’il s’est égaré, que ce n’est pas possible… Et puis les dernières pages arrivent et une fois de plus, le maître nous a eu. On vous prévient, vous allez passer quelques nuits blanches…

LA NOTE DE LA RÉDACTION : 4/5

« Rien ne t’efface » de Michel Bussi. Ed Presses de la Cité. 446 pages.