Malika Ménard : «L’image de Miss génère des complexes intellectuels»

L’ancienne Miss France sort ce mardi son livre «Fuck les complexes». Elle y raconte ses failles et lève le voile sur l’envers du décor du statut de reine de beauté. Objectif : délivrer un message d’acceptation de soi.

 Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), le 12 octobre. Malika Ménard dénonce « tyrannie du like » sur les réseaux sociaux.
Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), le 12 octobre. Malika Ménard dénonce « tyrannie du like » sur les réseaux sociaux.  LP/Frédéric Dugit

Elle arrive sans une touche de maquillage en tenue de sport. Au naturel. Malika Ménard sort « Fuck les complexes » ce mardi 13 octobre (Ed. Amphora, 19,95 euros). Un ouvrage où l'ex-Miss France 2010 raconte les failles de son enfance et interroge des femmes « décomplexantes » de Camille Cerf à Louise Parent. Loin de son image lisse et solaire, la discrète reine de beauté de 33 ans y livre sans fard ses fragilités et dévoile l'envers du décor du statut de Miss.

Pourquoi avoir mêlé votre histoire avec des entretiens d'autres femmes ?

MALIKA MÉNARD. Au début, je ne voulais pas parler de moi. Mon éditeur m'a dit : « Il faut que tu expliques pourquoi tu es complexée sinon les lecteurs ne vont pas comprendre. » Cela m'a fait du bien même s'il y a eu des doutes. Le but n'était pas de me mettre en avant mais plutôt les témoignages de femmes inspirantes.

Est-ce que cela a été compliqué de mettre des mots sur votre mal-être ?

J'ai suivi une psychanalyse, sinon je n'aurais pas pu l'identifier. J'ai compris que mes complexes venaient d'une instabilité affective. Je ne me sentais jamais aimée… Et je n'aimais pas qu'on me demande est-ce que ça va ? pendant toutes ces années du CE1 à Miss France. Certains arrivent à se blinder face aux épreuves, d'autres pas. Moi non, à cause de mon hypersensibilité.

Comme épreuve, vous racontez une scène d'agression sexuelle commise par le fils de votre nourrice — un adulte — quand vous aviez 5 ans…

C'est volontaire de ne pas la décrire. Le livre n'est pas là pour ça. Mais je ne pouvais pas expliquer pourquoi j'avais du mal à appréhender mon corps sans en parler. Depuis, j'ai reçu des messages de mamans. Alors tant mieux si ça libère la parole et si cela peut protéger des enfants.

Vous évoquez aussi le manque de marques d'affection de votre mère. Quel a été le déclic pour en parler ?

Ma maman a fait de son mieux, seule avec deux enfants et son métier de dentiste. Je ne voulais pas lui faire de la peine mais dire aux adolescentes : tu n'es pas seule et tu peux faire lire ça à ta maman et qui sait changer le regard que celle-ci porte sur toi.

On apprend ensuite que cela n'a pas été facile de devenir Miss France…

C'est difficile pour toutes. On est jeune et pas encore mature. Mais je ne crache pas dans la soupe. Cette expérience m'a fait du bien en me sortant de ma timidité maladive. Seulement, on ne s'appartient plus, donc il faut un temps d'adaptation. Moi qui ai toujours eu un sentiment d'abandon lié à mon enfance, quelque chose s'est ravivé aussi lorsque j'ai rendu ma couronne.

Être Miss ne préserve donc pas des complexes ?

J'avais pris quelques kilos cette année-là, comme une échappatoire. On a l'impression qu'on doit représenter l'élégance à la française et qu'il n'y a plus d'autre beauté que celle d'être apprêtée. Vaimalama Chaves a contribué à faire évoluer l'image en assumant ses rondeurs, ce mot est relatif bien sûr. Son discours a fait partie des électrochocs pour ce livre.

La chorégraphe du concours a fait de vous son bouc émissaire, vous comparant même à Paris Hilton. Comment analysez-vous ce moment avec le recul ?

Miss Bourgogne m'a confirmé hier encore « qu'elle me dézinguait ». Le but n'est pas de faire son procès puisqu'elle n'y travaille plus. Mais ce n'était pas normal de faire subir ça à une jeune femme. Elle a usé d'un pouvoir arbitraire.

Vous décrivez aussi cet encouragement à faire des « yeux de pétasses » à Donald Trump qui déterminait celles à apparaître dans le top 15 du concours Miss Univers. Qu'aviez-vous ressenti à l'époque ?

Ce concours est surréaliste. Ils viennent te chercher en limousine pour voir Lady Gaga avant de manger dans un chinois… Je me croyais dans un film en plein délire. Après, comme un sportif, on veut aller le plus loin possible mais ce moment devant Trump était dégradant. Je ne l'avais pas pris au sérieux et je n'aurais jamais cru qu'il deviendrait président…

L'image de Miss France est-elle dure à porter après le règne ?

Cela génère des complexes intellectuels. J'avais repris des études pour être légitime en journalisme. Bien sûr, des portes s'ouvrent, notamment à l'antenne. Mais on ne va pas confier une émission politique à une ancienne Miss. Même si on peut se défaire des préjugés avec le temps.

En parlant d'acceptation de soi… Un concours comme Miss France ne devrait-il pas élargir ses critères ?

Je pense qu'ils sont en train d'y réfléchir depuis l'histoire avec Miss Guadeloupe (NDLR : la candidate Anaëlle Guimbi a été évincée du concours fin août pour avoir posé le corps nu et peint pour une campagne sur le dépistage du cancer du sein). Après, en revoyant les critères, c'est l'existence même du concours qui est remise en question. Or il y a une tradition empreinte de nostalgie qu'on aime bien… Je n'arrive pas à me prononcer.

Vous avez choisi comme point de départ du livre les réseaux sociaux. Mais aident-ils vraiment à s'accepter ?

On se rend vite compte que si on pose en maillot, on fera plus de « likes » qu'en montrant un livre. Cette tyrannie du like encourage à donner ce qui marche. Aujourd'hui, si des gens se désabonnent, je me dis que ce n'est pas grave. On va vers plus d'authenticité. En revanche, mes proches m'ont ouvert les yeux sur certains commentaires en me disant que ce n'était pas normal de subir ça. Hier encore, un internaute a commenté sous une photo de moi sans maquillage : « il y a une différence de ouf » avec un smiley qui vomit. On ne sort pas indemne de ça…

Du coup, quelle est la recette contre les complexes ?

Quand j'interrogeais mes interlocutrices pour savoir si elles se trouvaient belles, elles me répondaient oui. J'en aurais été incapable. J'ai choisi des filles décomplexantes comme Elsa Makeup pour laquelle Instagram a été bénéfique pour surmonter son handicap (NDLR : la jeune femme est devenue paraplégique après une opération), Louise Parent mannequin petite taille si solaire, Camille Cerf… Et je me suis fait du bourrage de crâne en les écoutant. En découvrant les témoignages de certaines qui ont parfois traversé des épreuves bien plus dures, j'en ressortais avec un autre regard et le sourire.