«Interventions 2020» : Houellebecq défend Trump et Zemmour

Un recueil d’articles de l’écrivain sort ce mercredi. Rien d’inédit, mais quelques flèches détonantes.

 Michel Houellebecq (ici en avril 2019) fait du Houellebecq dans « Interventions 2020 », recueil d’articles qui sort chez Flammarion.
Michel Houellebecq (ici en avril 2019) fait du Houellebecq dans « Interventions 2020 », recueil d’articles qui sort chez Flammarion. AFP/Lionel Bonaventure

On annonce un nouveau livre de Michel Houellebecq en librairie ce mercredi 7 octobre. Alors on s'agite. Mais « Interventions 2020 » (Flammarion) n'est pas un roman ni un texte d'inédits, mais un recueil d'articles et d'interviews accordés par l'écrivain de « Soumission » et « Sérotonine », qui fait suite à deux premiers volumes du même genre. Seul 45 % de ce troisième volume contiennent des textes non parus dans les deux précédents, ce qui émousse encore l'aspect nouveauté.

Mais le romancier a aussi écrit pour la presse étrangère, et l'on découvre parfois du vrai Houellebecq dans le texte, provocateur, politiquement incorrect. Même s'il contrôle en fait ses coups à force d'arguments qui jouent le contre-pied. Si l'article « Donald Trump est un bon président » était vraiment un brûlot, nous le saurions déjà, puisque ce texte est paru dans le Harper's Magazine en janvier 2019. En gros, ce que l'écrivain pro-Brexit et anti-Union européenne adore, c'est que le président américain, recentré sur une politique très protectionniste et quasiment indifférent à toute politique étrangère, « nous lâche la grappe ».

« Un des meilleurs présidents qu'ait connu l'Amérique »

« Les Américains nous laissent exister ». Donald Trump est ainsi présenté comme l'« un des meilleurs présidents qu'ait connu l'Amérique ». Mais le romancier est dur à suivre puisqu'il place le locataire de la Maison-Blanche, à la surprise générale, dans le prolongement de son prédécesseur, au moins sur un point : « Trump poursuit et amplifie la politique de désengagement engagée par Obama, c'est une très bonne nouvelle pour le reste du monde ». Voilà pour le politologue. On ignore si Obama lit Houellebecq et serait d'accord…

Dans le même article, sans doute le plus piquant, l'écrivain prend la défense de la liberté de pensée d' Eric Zemmour : « Depuis que j'ai douze ans, j'ai vu constamment se rétrécir, dans la presse, le domaine des opinions exprimables (j'en parle peu après que s'est déclenchée en France une nouvelle campagne de chasse au Zemmour) ». Il y revient, dans une interview accordée à Valeurs actuelles, dans laquelle il décrit le polémiste comme l'« avatar contemporain le plus intéressant » des « catholiques non chrétiens » admirant l'Eglise sans croire en Dieu. Une forme de soutien, mais difficile de faire le buzz avec cette formulation alambiquée. Est-on dans l'analyse ou la pirouette?

L'écrivain aime aussi discourir des peuples. Nul lecteur connaissant la désillusion de Houellebecq face à l'état général des sociétés ne sera surpris par des considérations de ce type : « La mémoire des peuples n'est pas bien longue. Les Hongrois, les Polonais, les Tchèques d'aujourd'hui se souviennent-ils vraiment d'avoir été communistes ? » Au fond, explique-t-il benoîtement, même si les Américains n'avaient pas débarqué sur les plages de Normandie en 1944, Staline aurait vaincu Hitler et nous aurions tous vécu sous domination soviétique avant de revenir au libéralisme une ou deux générations plus tard.

Les féministes, l'euthanasie et la littérature

Houellebecq fait du Houellebecq : « Pour ma part, j'ai toujours considéré les féministes comme d'aimables connes, inoffensives dans leur principe, malheureusement rendues dangereuses par leur désarmante absence de lucidité », attaque-t-il au début d'un article, au final positif, consacrée à une féministe américaine. On ne l'attrapera pas comme ça. Il assume ses positions contre l'euthanasie, estimant que « l'affaire Vincent Lambert n'aurait pas dû avoir lieu » et que ce dernier n'a pas bénéficié des soins auquel il avait droit, selon lui.

Mais la polémique ne domine pas dans ces plus de 400 pages qui se nourrissent de l'histoire de la littérature − française essentiellement − et de sociologie. On s'amuse d'une pique sur Victor Hugo, « bon poète » − ce n'est pas un éloge vibrant − mais défenseur d'une Europe unie et donc « parfois grandiloquent et bête ». C'est surtout l'effet boomerang qui fait sourire.