Emmanuel Carrère et son ex-épouse Hélène Devynck se déchirent sur «Yoga»

La journaliste accuse l’auteur du succès de la rentrée littéraire d’avoir trahi ses engagements envers elle et d’avoir menti dans son récit. L’éditeur du livre assure qu’il n’y a aucune atteinte à la vie privée dans l’ouvrage.

 Emmanuel Carrère s’est hissé en tête des ventes avec « Yoga » dans lequel il raconte une plongée dans la dépression et son hospitalisation à Saint-Anne.
Emmanuel Carrère s’est hissé en tête des ventes avec « Yoga » dans lequel il raconte une plongée dans la dépression et son hospitalisation à Saint-Anne. AFP/Joël Saget

Son dernier livre, « Yoga », publié chez P.O.L, cartonne en librairie, mais la posture d'Emmanuel Carrère chancelle. Un mois après la parution de ce récit accueilli par une pluie de compliments, une sélection dans la liste pour le prix Goncourt et des ventes au sommet, avec 171 000 exemplaires achetés, l'ex-femme du romancier, la journaliste Hélène Devynck, prend à son tour la plume pour une mise au point aux airs de coup de canif dans une promotion littéraire jusque-là parfaite. Dans un droit de réponse publié mardi 29 septembre dans le magazine Vanity Fair, l'ancienne épouse de l'écrivain l'accuse de ne pas avoir respecté le contrat écrit selon lequel il « ne pouvait l'utiliser » dans son œuvre.

Dans cet ouvrage de 400 pages, le romancier, qui initialement voulait écrire « un petit livre souriant et subtil sur le yoga », raconte sa descente aux enfers, ses troubles bipolaires et son hospitalisation de quatre mois à Saint-Anne, établissement psychiatrique parisien. Un récit intime et puissant conduit avec souffle, dans lequel Emmanuel Carrère, qui a écrit « le Royaume » ou encore « l'Adversaire », n'évoque son ex-compagne qu'en une phrase. Mais une de trop pour cette dernière, qui accuse l'auteur d'avoir trahi ses engagements. Car Hélène Devynck ne voulait pas apparaître dans « Yoga » et l'avait fait graver noir sur blanc dans un contrat avec son ancien compagnon, après des mois de bataille juridique.

«Je ne reconnais pas ce que j'ai vécu»

La journaliste a longtemps inspiré l'auteur, leur vie intime apparaissant dans la plupart de ses œuvres. En 2013, elle qualifiait dans les colonnes du Monde « d'immense cadeau » les moments où Emmanuel Carrère soumettait son manuscrit à celle qui était sa première lectrice. « S'il le donnait à lire à quelqu'un avant moi, ce serait terrible. Comme s'il me trompait », soufflait-elle. Mais leur divorce en mars a « rebattu les cartes », a-t-elle précisé mardi dans Vanity Fair. « Pour avoir dit oui autrefois, je ne pourrais plus dire non »? interroge-t-elle dans ce texte, invoquant son « droit à la séparation ». Elle accuse Emmanuel Carrère et son éditeur de mensonge et attaque l'œuvre.

« Ce récit, présenté comme autobiographique, est faux, arrangé pour servir l'image de l'auteur et totalement étranger à ce que ma famille et moi avons traversé à ses côtés », cingle-t-elle, jugeant que certains chapitres de « Yoga » décrivent le « contraire de la réalité », bien que l'auteur ait revendiqué une part de fiction. Selon elle, les deux mois de reportage avec des réfugiés en Grèce qu'il décrit à la fin de l'ouvrage n'auraient duré « que quelques jours », et ce bien avant son hospitalisation, contrairement à la chronologie du récit. Elle dénonce « la fable de l'homme à nu » et un « spectacle présenté comme sincère où je ne reconnais pas ce que j'ai vécu », sans annoncer porter plainte.

«Dépit amoureux»

« Ni plainte, ni lettre recommandée, ni demande de retrait du livre, ni coup de fil de la plaignante, nous n'avons absolument rien reçu, commente, un brin agacé, l'attaché de presse de la maison d'édition d'Emmanuel Carrère. « Mais ce n'est pas étonnant, il n'y a pas d'atteinte à la vie privée dans Yoga puisque son ex-épouse n'apparaît pas dans le livre. Mais, en revanche, poursuit-il, elle a le droit de s'exposer en public… Il s'agit d'un différend personnel entre deux personnes séparées. Elle a agi par dépit amoureux et tout le monde s'empare de cette histoire ».

L'éditeur confirme que des passages de l'ouvrage ont été retirés à la demande d'Hélène Devynck. « Mais cela se fait pour tous les livres, il y a des allers-retours entre l'éditeur et l'auteur ». De sources concordantes, la journaliste, aidée de son avocat, aurait obtenu que « des longs passages très intimes et personnels » soient évincés de la version définitive.