Des écrits inédits de Marcel Proust publiés en mars

Deux ans après «Mystérieux Correspondant et autres nouvelles inédites» de l’auteur d’«A la recherche du temps perdu», Gallimard a annoncé la parution le 18 mars de «Soixante-quinze feuillets». Des textes qui préfiguraient l’œuvre majeure de l’auteur.

 « Les soixante-quinze feuillets et autres manuscrits inédits » réunissent des écrits de Marcel Proust datant de 1907 et 1908.
« Les soixante-quinze feuillets et autres manuscrits inédits » réunissent des écrits de Marcel Proust datant de 1907 et 1908. Archives-Zephyr/Leemage

« Ils ne font pas que nous livrer la plus ancienne version d' À la recherche du temps perdu. Par les clés de lecture que l'écrivain y a comme oubliées, ils donnent accès à la crypte proustienne primitive », a estimé la maison Gallimard qui a annoncé, ce vendredi, la parution le 18 mars prochain, d'un nouvel inédit de Marcel Proust dont on célébrera cette année les 150 ans de la naissance.

« Les soixante-quinze feuillets et autres manuscrits inédits » réunissent des écrits datant de 1907 et 1908 et qui montrent les fondations de son chef-d'œuvre « A la recherche du temps perdu », promet l'éditeur qui parle d'« une pièce essentielle du puzzle ». On remonte à la genèse, donc, de l'œuvre majeure de l'auteur, cycle romanesque qu'il venait de commencer à rédiger et qui sera publié de 1913 à 1927.

La fameuse madeleine n'en était pas une

On y décèle des scènes, des personnages que l'on retrouvera dans l'œuvre, principalement dans son premier tome, « Du côté de chez Swann ». Ainsi en va-t-il de la grand-mère au jardin, du baiser du soir ou des promenades vers Méséglise et Guermantes. Où l'on apprendra encore, nous souffle-t-on chez Gallimard, que la fameuse madeleine n'en était pas une à l'origine…

D'autres documents inédits datant de 1895 à 1912 sont adjoints à ces feuillets, issus du fonds de manuscrits de Proust qui appartenait à l'éditeur Bernard de Fallois, disparu en 2018. Sept cartons qu'il avait légués à la Bibliothèque nationale de France. Des archives qui lui avaient été, pour beaucoup, confiées par Suzy Mante-Proust, nièce et héritière du romancier. Le jeune de Fallois était alors doctorant en lettres, lancé dans une thèse sur l'auteur avant « la Recherche ». De ces recherches sortira « Proust avant Proust », un essai publié en 2019 à titre posthume.

Des feuillets devenus légendaires

C'est à Bernard de Fallois que l'on doit la publication en 1952 sous le titre de « Jean Santeuil » du premier roman du jeune Marcel abandonné dans les années 1890, puis deux ans plus tard, en 1954, de notes critiques sur l'art du roman regroupées sous le titre de « Contre Sainte-Beuve ». Dans la préface de cet ouvrage, de Fallois avait fait référence aux « soixante-quinze feuillets ». C'était il y a près de 70 ans. Ce qui avait fait de ces textes un « Graal proustien », selon Gallimard. « Les soixante-quinze feuillets de très grand format étaient devenus légendaires », explique la maison d'édition.

Du fonds de documents légué par de Fallois avaient déjà été exhumées en 2019 neuf nouvelles inachevées réunies dans « le Mystérieux Correspondant et autres nouvelles inédites », ouvrage paru aux éditions de Fallois. Des textes de jeunesse — Proust a alors entre 20 et 25 ans — écartés par le romancier lui-même au moment de publier son premier livre en 1895, « les Plaisirs et les Jours ».

«Il n'y a pas de Proust avant Proust»

« Quand on connaît les années qu'a passées Proust à rendre ses phrases de plus en plus complexes, à les charger de pensée, d'humour et de poésie, on souffre d'être confronté à ce matériau laissé brut sur des chantiers abandonnés », avait alors jugé dans le « Monde des Livres » Jean-Yves Tadié, biographe du romancier, qui concluait ainsi : « Il n'y a pas de Proust avant Proust, parce qu'il est un génie tardif, révélé à 42 ans. »

Ce même Jean-Yves Tadié signe cette fois la préface des « Soixante-quinze feuillets » dont l'édition est établie par Nathalie Mauriac-Dyer, directrice de recherche au CNRS et grande spécialiste de l'œuvre de Proust, elle est aussi l'arrière-petite-fille de Robert Proust, frère du romancier. L'ouvrage sera tiré à 8 000 exemplaires.