Les musées veulent rouvrir au plus vite : «On y est mieux protégés que dans certaines rues !»

Une tribune et une lettre ouverte signées par de très nombreuses personnalités appellent à accueillir le public, même en jauge très restreinte.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Une lettre ouverte réclame la réouverture des musées et des centres d’art « le plus largement et le plus tôt possible ».
Une lettre ouverte réclame la réouverture des musées et des centres d’art « le plus largement et le plus tôt possible ». LP/Olivier Arandel

Fini, les enfants sages qui ne réclament jamais rien et attendent gentiment leur tour en silence. Oublié, le droit de réserve que beaucoup de dirigeants de musées publics s'obligent à respecter à la lettre depuis le début de la pandémie. Cette fois, ils en ont assez. Ils n'en peuvent plus. Alors que des musées rouvrent en Italie, au Vatican, en Espagne, en Belgique, en Pologne, bientôt en Autriche, la France continue de les verrouiller et leurs directeurs ne le comprennent plus.

Dans une lettre ouverte déjà signée par plus d'une centaine de hauts responsables culturels sur le site Change.org, ils demandent la réouverture des institutions muséales et des centres d'art « le plus largement et le plus tôt possible ». Et dès les vacances de février, dans quelques jours, sauf si un troisième confinement est décrété.

« Beaucoup d'entre nous sont dans un état de souffrance quant à l'absence d'horizon et de décision », alerte Emma Lavigne, présidente du Palais de Tokyo à Paris, à l'origine de cette initiative. « Nous ne comprenons toujours pas pourquoi nous n'avons pas pu ouvrir en octobre, en décembre, ou en janvier. On a attendu patiemment, avec un immense espoir douché, au moment des vacances de Noël et après. On a envie de jouer un rôle de solidarité, d'accueillir les scolaires, les enfants en vacances. L'art peut être d'une très grande force alors que la crise sanitaire affecte l'état émotionnel des gens », enchaîne cette dynamique patronne d'un lieu dédié à l'art contemporain, mais qui vise tous les publics.

« On est mieux protégés que dans les rues de certains quartiers ! Quand on voit la folie des soldes dans les magasins, on se dit que le public serait très bien protégé dans les musées, avec des agents qui vérifient les distances et un protocole très strict », rassure-t-elle.

«Apprendre à vivre avec ce virus»

Surtout, cette dernière pointe qu'il faudra bien apprendre à vivre avec ce virus : « L'arrivée de deux nouveaux variant s fait que la perspective s'est encore éloignée. Il y aura encore d'autres variants, et on ne peut plus attendre. Il faut se nourrir d'art et de culture. Dès l'instant où les gens peuvent aller dans la rue, ils peuvent venir dans nos grands espaces ».

« Le droit à la culture est fondamental », abonde Jean-François Chougnet, qui dirige le Mucem, le Musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée, à Marseille. Sans du tout se substituer aux médecins : « On n'a pas de position scientifique. Soit on est dans un confinement comme au Portuga l, avec des mesures radicales, et on l'accepte. Soit l'activité est permise, comme chez nous, et la nôtre aussi. Les enfants vont à l'école mais ils ne peuvent pas venir voir la dernière partie du programme et de leur travail chez nous… ».

Il ne comprend pas pourquoi les musées n'ont pas « obtenu le même créneau que les libraires, comme sur une piste d'aviation. Nous, on a raté le créneau, et après, on sait qu'on peut attendre longtemps. Les musées ont peut-être été trop gentils. Comme on dit, les vieilles pierres ne manifestent pas. Ils sont sympas les musées… ».

Newsletter La liste de nos envies
Nos coups de cœur pour se divertir et se cultiver.
Toutes les newsletters

Mais leurs responsables ne veulent plus rester les bras croisés : « On ne comprend pas pourquoi on consomme autant dans les magasins, tout en nous obligeant à fermer. Rien ne remplace l'émotion en présence d'une œuvre. Par rapport à un film ou une musique qui peuvent quand même s'apprécier chez soi, pour les œuvres d'art, la visite virtuelle ne peut en rien se comparer à un face-à-face », ajoute Fabrice Hergott, qui dirige le Musée d'art moderne de Paris.

Une deuxième tribune en deux jours

Cette lettre ouverte, également signée par le musée Carnavalet et beaucoup d'institutions de la Ville de Paris, ou le centre Pompidou Metz notamment, a été publiée au lendemain d'une autre tribune, dans Le Monde, qui réunit des personnalités comme Stéphane Bern, Carla Bruni-Sarkozy, Jean-Charles de Castelbajac, Luc Ferry, Alexandre Jardin, l'urgentiste Patrick Pelloux, Patrick Poivre d'Arvor, ou la comédienne Elsa Zylberstein. « Les musées sont sans doute les lieux où les interactions humaines et les risques de contamination sont les moins avérés », écrit la rédactrice du texte, la journaliste Florence Belkacem.

Parmi les signataires, l'un des plus grands mécènes français, Frédéric Jousset, président de la Fondation ArtExplora, qui pointe lui aussi l'absurdité de « bibliothèques ouvertes où l'on se passe des livres et de musées fermés où l'on ne touche rien ». Il s'alarme aussi de l'impréparation des futurs protocoles de réouverture, souvent pas encore validés, ce qui pourrait encore retarder le futur redémarrage. Celui qui est aussi administrateur du Louvre se félicite de la concomitance des deux pétitions « qui n'étaient pas du tout concertées ».

« Le monde muséal a été la grande muette de la culture », rappelle-t-il en sonnant le tocsin. Apparemment, c'est fini. La ministre de la Culture Roselyne Bachelot n'a pas réagi à ces deux appels du pied. Mais leur trépignement devrait se faire entendre ces jours prochains.