«Je suis le Professeur Raoult de la vanne» : chez Alex Vizorek à Bruxelles

Chef de file de l’humour sur France Inter et chroniqueur chez Drucker, Alex Vizorek nous a accueillis dans son comedy club, en Belgique, où il rode son nouveau spectacle, très attendu. Rencontre avec un brillant artisan de la vanne.

 Bruxelles (Belgique), le 18 juillet. Alex Vizorek, rode son futur spectacle, « Ad Vitam » qu’il jouera au théâtre de l’Œuvre, à Paris, dès janvier.
Bruxelles (Belgique), le 18 juillet. Alex Vizorek, rode son futur spectacle, « Ad Vitam » qu’il jouera au théâtre de l’Œuvre, à Paris, dès janvier. LP/Fred Dugit

Les gens vont et viennent au milieu des tables. Des cheveux blancs croisent des bobos tatoués. Il accueille les spectateurs avec le sourire, salue tout le monde, un demi de blonde à la main. Même la ministre de la Culture wallonne est venue passer une tête et boit une bière accoudée au bar. Pas question de rater ça. Loin des micros de France Inter, Alex Vizorek est venu roder son nouveau spectacle au « King of Comedy », le club de stand-up qu'il a repris avec son comparse Guillermo Guiz, dans le quartier branché d'Ixelles à Bruxelles.

Des fiches à la main, le comédien égrène les vannes d'« Ad Vitam », qu'il jouera au théâtre de l'Œuvre, à Paris, dès janvier. La billetterie ouvre ce mardi… jour de fête nationale belge. En attendant, le public se marre. Le portable enregistre, posé sur une chaise. « Si vous ne riez pas, je me dirai qu'elles ne sont pas bonnes, c'est un laboratoire, je suis le Professeur Raoult de la vanne », lance l'artiste, chemise noire et jean.

C'est brillant et classe. Drôle, bien évidemment. Autour du thème de la mort, l'humoriste convoque Heidegger, Bruegel et Baudelaire, tout en dissertant sur l'orgasme ou la reproduction des animaux. Sinistre, la mort ? Universel, surtout. « Si tu laisses ce thème à des gens déprimés, ça fait un thème déprimé, analyse quelques heures plus tôt le comédien de 38 ans depuis une terrasse de la place historique du Grand Sablon. Moi, la mort ne m'angoisse pas particulièrement, mais j'ai le droit d'en parler vu que ça va m'arriver autant qu'aux autres ! J'aime bien l'idée de prendre le thème le plus compliqué pour un spectacle comique. J'essaie d'aller au bout de la réflexion, qu'on reparte avec quelque chose en plus, même si je n'ai pas la prétention d'être un prof de philo. »

Après avoir tourné dix ans avec son premier spectacle « Alex Vizorek est une œuvre d'art », qui l'a mené jusqu'à l'Olympia en 2019, le Belge aux airs de gendre idéal est excité comme un gamin. « C'est aussi violent que chouette, de ne plus être sur des acquis et des certitudes, éclaire le Maître de cérémonie des Molières 2019. En radio, si la blague n'est pas bonne, tu en fais une autre le lendemain. Là, je rentre chez moi, je réécoute, je vois ce qui a marché, je réécris, c'est très intéressant. Le public se sent impliqué dans le processus de création, il est là pour l'accouchement du gamin. »

Ecole de commerce, cours Florent et humilité

Le trublion des ondes, arrivé sur France Inter en 2012, se réjouit de cette parenthèse dans sa ville d'origine, lui qui vit à mille à l'heure à Paris entre un peu de télé et beaucoup de radio.

Une décennie à fond qui a porté ses fruits. « Par Jupiter », qu'il coanime trois fois par semaine avec sa compatriote Charline Vanhoenacker, écoutée chaque jour par 900 000 personnes, a contribué à rajeunir le public de France Inter, première radio de France.

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Diplôme d'école de commerce en poche, le Bruxellois s'orientait pourtant au départ vers le journalisme sportif. Pas concluant. Sa mère, un jour, propose de lui financer une année de théâtre au cours Florent, à Paris. Un déclic. « Je n'ai jamais été très à la mode, l'humoriste incontournable à suivre, mais chaque année ça monte, je reste dans le paysage. Et ça me va très bien », glisse-t-il.

Bruxelles (Belgique), le 18 juillet 2020. L'humoriste belge se prête aux selfies avec des passants./LP / Fred Dugit
Bruxelles (Belgique), le 18 juillet 2020. L'humoriste belge se prête aux selfies avec des passants./LP / Fred Dugit  

La grosse tête, très peu pour lui. « On a eu beaucoup de chance. France Inter nous a donné carte blanche, à Charline et moi, alors qu'on était inconnus au bataillon, se souvient celui qui signe aussi une chronique hebdomadaire dans la matinale. On nous trouvait un peu bizarres, alors on nous a dit : Vous pensez autrement, expliquez-nous ! Les auditeurs d'Inter étaient ravis de découvrir de jeunes pousses, on est un peu leurs enfants, Charline et moi ! »

Une humilité… toute belge. « A la place de se disputer, s'il faut s'excuser, nous, on va le faire, alors les Français, ça les intrigue un tout petit peu », constate l'humoriste. « En Belgique, lors du débat sur le passé colonial, le roi a dit Vous voulez qu'on s'excuse ? Pas de problème, on est désolés ! Et il a écrit une lettre au président de la République Démocratique du Congo. »

« Nos vrais ennemis, c'est le foot à la télé et les jeux vidéo, pas les autres comiques »

Un recul facilité par un rapport différent à l'histoire. « Notre pays a été créé en 1830, le passé il n'y en a pas, ou il est très récent, rappelle le Bruxellois. On ne nous apprend pas qu'on est issu de Vercingetorix, Napoléon et De Gaulle. Ça amène un peu d'humilité. On a ça naturellement et on l'entretient très volontiers. »

Le passeport ne fait pas tout. Alex Vizorek, c'est aussi un ton, une plume aiguisée qu'il travaille à coups de longues séances d'écriture. « Dès le début, j'ai vu qu'il avait un truc en plus », témoigne Stéphanie Bataille, qui l'a découvert au Cours Florent, et le met en scène.

Le comédien passe beaucoup de soirées à aller voir ce que font les autres humoristes. « Hakim Jemili, Ahmed Sparrow, Fary … je suis très admiratif de leur travail », remarque-t-il. Et n'allez pas lui dire qu'ils sont en concurrence. « Nos vrais ennemis, c'est le foot à la télé et les jeux vidéo, pas les autres comiques, assure le chroniqueur de Michel Drucker dans Vivement dimanche prochain. Si tu viens me voir moi, ça te donnera envie d'aller voir les autres et vice-versa. »

Son rêve ? « Durer » avec « l'élégance » d'un François Morel qu'il admire. Et c'est bien parti pour. « Ad Vitam », peut-être pas. Mais longtemps, c'est certain.