Humour : Eric et Quentin passent le rire au rayon X sur les planches

Le duo d’humoristes du « Petit Journal » et de « Quotidien » monte sur scène pour la première fois avec un spectacle au Palais des Glaces sur les mécanismes et l’histoire du rire. Rencontre.

 « Tout seuls, on n’aurait jamais pu avoir cette longévité », confient Eric Metzger (à gauche) et Quentin Margot, pour la première fois sur scène.
« Tout seuls, on n’aurait jamais pu avoir cette longévité », confient Eric Metzger (à gauche) et Quentin Margot, pour la première fois sur scène.  LP/Valentin Cebron

Ils ont fait marrer tous les jours près d'un million de téléspectateurs pendant dix ans dans « le Petit Journal » puis dans « Quotidien ». Et en semblent encore les premiers étonnés. Alors, le thème s'imposait presque de lui-même : « Pourquoi rit-on? » C'est autour de cette question qu'Eric et Quentin ont monté leur premier spectacle, « On peut plus rien rire », qu'ils jouent depuis quelques jours au Palais des Glaces, à Paris (Xe).

Pourquoi certaines blagues traversent les siècles et d'autres non? Comment riait-on pendant l'antiquité grecque ou égyptienne? Pourquoi les vannes sexistes et l'humour de Michel Leeb ne fonctionnent plus du tout au XXIe siècle? Pendant une heure, Eric et Quentin, avec leur écriture ciselée, tentent d'expliquer les mécanismes du rire au fil du temps.

« On avait envie d'entendre les rires »

Un show façon conférence où l'on apprend autant qu'on se bidonne. Tout de noir vêtus, façon Steve Jobs, ils livrent dans cette parodie de conférence TEDx une analyse de fond. Ils se sont documentés et ça se sent. Ils convoquent le philosophe Bergson, Rabelais ou Stendhal. Evoquent les caricatures de Mahomet, la force des clichés et l'humour pipi caca. C'est malin, intéressant et franchement bien fichu. Avec quelques savoureuses vannes et des surprises qui rappelleront les années télé de ce duo mythique du petit écran. Du rire intelligent.

On est loin des pastilles déjantées dont ils régalaient le public sur le petit écran, à grands coups de perruques, de personnages dingues et d'accessoires loufoques. Et ce nouveau genre leur fait un bien fou. « Sur scène, on est maîtres de tout. C'est un vrai espace de liberté, remarque Quentin Margot, le grand gaillard du duo, après une dizaine de représentations dans les pattes. Et puis, on avait envie d'un rapport direct avec le public, entendre les rires, discuter après le spectacle. En télé, on n'a pas ça. »

Monter sur scène leur trottait dans la tête depuis des années. Mais impossible de trouver le temps, avec ce rythme harassant d'un sketch par jour du lundi au vendredi. Avant que la lassitude ne finisse par s'installer. « C'était une belle aventure, mais on était arrivés à une sorte d'industrialisation de la blague. Et dix ans sans vie sociale, sans pause déjeuner… On a fini épuisés », reconnaît Eric Metzger.

France Inter les approche. Ils sautent le pas, délaissent le poste de télé pour celui de radio. Et animent désormais « le Grand Urbain », où ils décryptent la culture rap, tous les samedis soir sur les ondes. « C'est la musique la plus écoutée, ce n'est pas pour rien. Le rap raconte quelque chose de la société et on ne le voit pas assez dans les médias généralistes, regrette Eric. La caricaturer, la stigmatiser, c'est stupide. On est content d'apporter notre éclairage. »

« On n'a jamais eu aucune embrouille »

Font-ils tout à deux ? « Monter le spectacle ensemble était une évidence. On passe 340 jours sur 365 ensemble, on part en vacances ensemble, et on n'a jamais eu aucune embrouille, s'étonnent encore les deux trentenaires parisiens. On se sent plus forts à deux et notre relation de travail fonctionne très bien. Tout seuls, on n'aurait jamais pu avoir cette longévité. » Pour autant, chacun a aussi ses projets personnels. Eric termine son cinquième roman. Quentin est DJ et directeur artistique pour des programmes de France Télévisions.

Le duo est pourtant né… d'un mensonge. « On travaillait pour le SAV d'Omar et Fred, raconte Quentin. On se connaissait à peine. Un jour, coup de fil. La direction cherchait des auteurs pour le Petit Journal. On n'a pas voulu se mettre en concurrence alors on a répondu qu'on était un duo, ce qui était totalement faux. On s'est tout de suite dit qu'on serait plus forts à deux. Pour vendre ses vannes, faire le boulot d'auteur, il faut être costaud. C'était risqué mais ils ont accepté! »

Eric et Quentin avec l’équipe de « Quotidien », autour de Yann Barthès, en décembre 2016. LP/Frédéric Dugit
Eric et Quentin avec l’équipe de « Quotidien », autour de Yann Barthès, en décembre 2016. LP/Frédéric Dugit  

L'entente est immédiate. Avec le succès qu'on lui connaît. Des sketchs mythiques comme ceux sur les « No-Go Zones » de Fox News, après les attentats du Bataclan ou celui sur le dossier libyen de Nicolas Sarkozy, alors que le président en exercice est sur le plateau de Yann Barthès.

Mais leur film, Bad Buzz, sorti en 2017, est un échec cuisant avec seulement 49 000 entrées et des critiques assassines. « Il y a eu des erreurs à tous les niveaux, assument-ils. Mais ça nous a beaucoup servi pour le spectacle. Cette fois-ci, on a pris le temps de l'écriture, on s'est bien entourés, et on a fait quelque chose qui nous ressemble. On sait que ce spectacle, c'est vraiment nous. » Des blagues, mais aussi une sacrée dose de réflexion. Qui fonctionne même sans perruque.

LA NOTE DE LA RÉDACTION : 3,5/5

« On peut plus rien rire », les mardis et mercredis à 20 heures au Palais des Glaces à Paris (Xe). Tarif : 21 euros.