Humour : annulé, le Montreux Comedy Festival voit (quand même) l’avenir en grand

Le rendez-vous suisse, l’un des plus importants du monde francophone, a annoncé ce lundi l’annulation de son édition 2020. Mais réserve bien des surprises, comme l’explique son patron, Grégoire Furrer.

 En décembre, le Montreux Comedy Festival trouvera refuge sur Internet, Covid-19 oblige. « A nous de réinventer», lance son directeur, Grégoire Furrer.
En décembre, le Montreux Comedy Festival trouvera refuge sur Internet, Covid-19 oblige. « A nous de réinventer», lance son directeur, Grégoire Furrer. Montreux Comedy/Laura Gilli

C'était attendu au vu des circonstances. L'équipe l'a confirmé ce lundi soir. L'édition 2020 du Montreux Comedy Festival, un des rendez-vous d'humour francophone les plus influents, qui devait se tenir du 2 au 8 décembre dans la ville suisse, n'aura pas lieu. Grégoire Furrer, son directeur et fondateur, a d'abord pris un « énorme coup sur la tronche » à cause de cette annulation, la première en 31 ans d'existence. Puis le producteur a relevé ses manches et s'est remis au travail. Pour imaginer l'avenir. Et pas question de traîner.

Ça commence par un festival en ligne, en décembre, pour remplacer les sept jours de spectacles prévus à l'origine. « J'ai demandé à mes équipes d'imaginer, très vite, des formats originaux, des prestations insolites, drôles, pour alimenter les plates-formes numériques. Les humoristes ont cette capacité à improviser dans des situations données, servons-nous en ! A nous de réinventer et montrer qu'on peut créer de nouveaux contenus. Si on a la bonne idée, ça peut cartonner. »

«Il y a un label Montreux»

Le numérique, c'est déjà la force de ce festival, riche d'une communauté de 2,5 millions d'abonnés sur YouTube et Facebook, qui met en ligne, une à deux fois par semaine, de nouvelles vidéos estampillées Montreux, reconnaissables à leur liseré jaune. Mais comment continuer à abreuver de blagues les réseaux sociaux sans nouveau contenu ? « On a encore du stock », rassure Grégoire Furrer, dont les vidéos génèrent au total entre 40 et 45 millions de vues par mois.

Il envisage de reporter certains des galas prévus en décembre, au printemps, dans une autre salle. Des captations pour des diffusions télé, qui permettront aussi d'engranger de nouvelles vidéos. « Il y a un label Montreux. Les gens nous font confiance et viennent chercher chez nous les nouvelles pépites, poursuit Grégoire Furrer. Il faut qu'on s'organise pour leur faire découvrir ces jeunes qui montent. Cette année, on a eu Paul Mirabel (10 millions de vues sur YouTube, plus gros succès pour le festival suisse), mais aussi Florence Mendez, Jérémy Demay, Mehdi Bousaïdan… »

Les projets annexes ne manquent pas. Le directeur du festival envisage aussi de créer un rendez-vous fixe dans une salle parisienne. « Cela pourrait être une fois par mois, une soirée estampillée Montreux dans un comedy club ou un théâtre de la capitale », explique-t-il.

Monter une «Star Ac du rire»

Autre idée à concrétiser en 2021 : lancer une académie mondiale d'humoristes francophones, « Mon premier Montreux ». Une sorte de Star Ac du rire, pour les jeunes talents. « L'idée serait d'avoir une chaîne YouTube dédiée, avec des vidéos d'auditions, des modules de formations, leurs premiers pas sur scène », précise le producteur.

Les jeunes talents, Montreux les suit aussi sur le continent africain, avec l'ouverture le mois dernier de Dycoco, un des premiers comedy clubs d'Afrique francophone, à Abidjan (Côte d'Ivoire). Là encore, une chaîne YouTube dédiée devrait bientôt voir le jour. Et les meilleurs humoristes seront invités pour une soirée spéciale Afrique, lors de l'édition 2021 du rendez-vous suisse.

Autre nouveauté, les meilleures vannes du festival peuvent désormais s'écouter. Les podcasts de Montreux Audio, extraits de spectacles, lancés cette année, génèrent plus de 100 000 écoutes mensuelles. Le prolifique directeur voudrait à présent créer des formats inédits d'émissions. « On aura, par exemple, début 2021, le Yellow Mic, où un artiste viendra décortiquer un sketch joué à Montreux et parler de son processus de création », détaille-t-il.

Enfin, l'équipe, d'une trentaine de personnes, veut préparer l'édition 2021 du festival suisse. Une année « ambitieuse » sur deux week-ends, avec six galas. « Nous avons la chance que tous nos sponsors aient déjà signé de nouveau pour l'année prochaine », se félicite Grégoire Furrer. Qui réserve encore d'autres surprises, comme la reprise par la marque Montreux Comedy d'un festival d'humour, déjà bien ancré en France, dont il refuse pour l'instant de donner le nom.