Exposition : Kandinsky superstar numérique à Beaubourg

A défaut d’exposition, le Centre Pompidou lance un grand espace sur Internet, consacré à l’inventeur de l’art abstrait. Tout un voyage dans sa vie et son œuvre, même en musique.

 « Dans l’intimité de Kandinsky » est une plate-forme numérique de 27 mini-expositions proposée par Google Art&Culture et le Centre Pompidou.
« Dans l’intimité de Kandinsky » est une plate-forme numérique de 27 mini-expositions proposée par Google Art&Culture et le Centre Pompidou. Google Arts & Culture

Pour Wassily Kandinsky (1866-1944), le jaune était un son de trompette, le bleu un orgue, et le rouge un violon. Le peintre avait le don de synesthésie, la fait s'associer simultanément et presque objectivement deux sens, ici l'ouïe et la vue, à une même émotion. Le pionnier de l'art abstrait ne pouvait donc concevoir la peinture sans la musique. C'était de toute façon plus fort que lui. Cela, on le sait ou pas, mais on ne peut pas l'éprouver dans une exposition. Sur Internet, on peut explorer ces équivalences et monter le son devant un tableau.

C'est l'une des pistes explorées par ce voyage « Dans l'intimité de Kandinsky », une plate-forme numérique de 27 mini-expositions proposée par Google Art & Culture et le Centre Pompidou. La veuve du peintre, Nina Kandinsky, disparue en 1980, avait légué au Centre toutes les archives de son mari, né en Russie d'avant le communisme, passé par Berlin avant de s'installer à Paris.

Wassily et Nina Kandinsky. Google Arts & Culture
Wassily et Nina Kandinsky. Google Arts & Culture  

« Nos collections comprennent 1300 documents, dont énormément de photos de famille. Mais dans les salles du musée, on ne peut présenter qu'une douzaine d'œuvres de Kandinsky. Grâce à Google Art, on a pu numériser des centaines d'images auxquelles le public n'avait jamais eu accès », souligne Angela Lampe, conservatrice du Centre Pompidou, spécialiste de Kandinsky, qui a supervisé le projet réalisé par Google.

Et aussi une galerie en réalité augmentée

Outre une rétrospective en ligne, une galerie en réalité augmentée dans laquelle, avec son téléphone, on se promène comme si l'on marchait dans les salles devant des chefs-d'œuvre en zoomant sur les détails, c'est la partie vie privée qui émeut peut-être le plus, tant l'artiste peut paraître intimidant par son exigence théorique : Kandinsky et ses chiens successifs, sa famille, l'artiste en débardeur dans une barque, en maillot de bain… On peut aussi découvrir les peintures par vagues chromatiques, côté rouge dominants, jaunes ou bleus.

Et surtout, grâce à l'intelligence artificielle, Google a « samplé » si l'on peut dire des sons collectés à partir de l'impressionnante collection de disques de Kandinsky, de Debussy au jazz, des vinyles également versés aux archives du Centre Pompidou. Deux musiciens contemporains se sont plongés dans ces disques et ont utilisé un algorithme qui permet de moderniser des sons correspondant aux différentes couleurs. On regarde ainsi un tableau en s'approchant du son que Kandinsky pouvait entendre intérieurement en créant. Un jeu, évidemment -cet onglet s'appelle « Play a Kandinsky »- mais qui introduit à l'univers du peintre. Des partitions visuelles et musicales.