En Seine-Maritime, un champ de coquelicots en fleur… et en plastique

Le plasticien Jérôme Toq’R a planté plus de 20 000 coquelicots issus de bouteilles en plastique dans le jardin du centre d’art contemporain de la Matmut, à Saint-Pierre-de-Varengeville.

 Jérôme Toq’R travaille sur le projet « Koklyko » depuis 2013.
Jérôme Toq’R travaille sur le projet « Koklyko » depuis 2013.  #PRESSE30

D'abord, il faut parler du lieu. Un château du XIXe siècle construit en 1898 à Saint-Pierre-de-Varengeville (Seine-Maritime) par l'architecte Lucien Lefort, puis acquis dans les années 1960 par la société mutualiste rouennaise Matmut où elle a pendant des décennies logé un centre d'appels et des salles de conférences. En 2011, sous l'impulsion de son PDG Daniel Havis, le centre d'art contemporain Matmut ouvre ses portes. Depuis, quatre expositions d'artistes locaux, nationaux et internationaux sont proposées gratuitement par an. En 2019, 38 000 visiteurs ont sillonné les 500 m2 de galeries rénovées et l'étonnant panthéon des sculpteurs. C'est sans compter les sept hectares du parc où dix-sept œuvres permanentes ponctuent les jardins et l'arboretum.

En extérieur, la dernière création en date, et certainement pas la moins surprenante, est « Koklyko » du plasticien breton Jérôme Toq'R. Plus de 20 000 coquelicots en plastique ont été plantés à proximité du château : « C'est un projet né en 2013 lors de l'opération Normandie Impressionniste, avec la réalisation de sphères sur les bassins du centre d'art contemporain, symboles de cellules, de graines. Un projet qui me mènera jusqu'en 2023 afin de marquer l'anniversaire des 150 ans de la toile Champ de coquelicots de Claude Monet », explique l'artiste.

La bouteille plastique… fleurie

Dans sa démarche, il a trouvé intéressant de planter un champ avec toujours ses réflexions prioritaires : « Une démarche participative, car l'art passe par le faire. La contemplation arrive après ! Je voulais un matériau simple et ici, une évocation de nos engagements écologiques. Comment se questionner sur le recyclage et la valorisation des déchets ? Alors, j'ai choisi la bouteille en plastique d'eau minérale ».

Plus de 20 000 « Koklyko » ont été plantés dans le parc du château. #PRESSE30
Plus de 20 000 « Koklyko » ont été plantés dans le parc du château. #PRESSE30  

Une vingtaine d'ateliers ont été organisés dans les écoles ou établissements spécialisés dans les départements de l'Eure et la Seine-Maritime en août et septembre, pour « un temps de collecte auprès des familles et des entreprises, puis un temps de transformation. Avec les enfants, nous avons récupéré le tiers du haut de la bouteille pour le transformer en fleur. Les deux tiers restant ont permis de discuter sur le recyclage. Ces ateliers furent des rencontres. Au final, chaque coquelicot est une création originale. J'appelle ça se laisser vagabonder par la créativité », explique Jérôme Toq'R.

Enfin, ce fut le temps de la floraison toujours de façon collective. La restitution a eu lieu fin septembre et sera visible « jusqu'à ce que cela soit moche. Envahie par les herbes et les feuilles ». En attendant, comme dans une société, chaque coquelicot à sa place. Il est droit, penché, devant, derrière, au milieu, différent… et « le tout fait l'harmonie ».

Une exposition à voir à l'intérieur du centre

À quelques mètres de là, comme un rappel, le centre d'art contemporain accueille une Rouennaise reconnue mondialement : Sabine Pigalle, exposée de Tokyo à Moscou en passant par Londres. « Je travaille à partir des grandes œuvres de l'histoire de l'art que j'interprète avec mon œil contemporain, explique-t-elle. Je travaille la notion du temps, de la mémoire, notre ADN culturel ».

Sabine Pigalle a interprété le confinement chaque jour sur Instagram. #PRESSE30
Sabine Pigalle a interprété le confinement chaque jour sur Instagram. #PRESSE30  

Ainsi, jusqu'au 3 janvier 2021, l'artiste accroche entre autre « Timequakes », un hommage à la peinture humaniste, ou encore « In Memoriam », le souvenir d'une œuvre existante. Ce qui interpellera surtout le public, c'est « Corona Diary ». Effectivement, pendant le confinement, Sabine Pigalle a déclamé ses sentiments et sa vision de l'actualité à travers une réalisation quotidienne qu'elle publiait sur Instagram. Drôle, acerbe, sans concession et surtout flippant !