En Dordogne, Ronald ne quittera pas la Maison-Blanche

Même rotonde, mêmes colonnes, la ressemblance entre la demeure présidentielle américaine et le château de Rastignac près de Périgueux, est frappante. L’un de ses propriétaires, Ronald Kerkhoven, nous y a reçus.

 Le Château de Rastignac a été construit de 1811 à 1817 alors que la Maison-Blanche existait. Mais son portique en ellipse n’est apparu qu’après l’incendie de Washington en 1814.
Le Château de Rastignac a été construit de 1811 à 1817 alors que la Maison-Blanche existait. Mais son portique en ellipse n’est apparu qu’après l’incendie de Washington en 1814. LP/Klervi Le Cozic

Dans le salon ovale du château de Rastignac, à La Bachellerie (Dordogne) près de Périgueux, pas de bannière étoilée ni de bureau présidentiel mais une grande table et, dans une vitrine, la réplique en Lego de la Maison-Blanche, la vraie. « C'est comme à Washington, où il y a également un salon ovale à cet emplacement mais pas, comme on l'imagine, le fameux bureau ovale du président qui se trouve dans l'aile ouest », précise le maître des lieux, Ronald Kerkhoven.

Anthropologue et historien de l'art, ce Néerlandais représente l'une des sept familles bataves à avoir racheté en 2001 ce château, dont la façade, l'escalier et le vestibule sont classés Monument historique. « Il n'y avait ni eau ni électricité, le lieu tombait en ruine bien qu'il ait été reconstruit après-guerre suite à l'incendie des lieux par les Allemands », se souvient-il. Après de gros travaux, Ronald Kerkhoven s'y installe quatre ans plus tard avec son épouse tandis que d'autres parties du château sont transformées en appartements privés, occupés pour les vacances par les autres propriétaires.

Tout au long de l'année, ce sont donc M. et Mme Kerkhoven qui veillent sur les lieux et entrouvrent épisodiquement aux visiteurs intrigués par cette ressemblance troublante avec la Maison-Blanche. « Il faut vivre ici pour en apprécier l'architecture, c'est une telle chance de vivre dans un objet d'art », lance l'esthète, dont la passion pour Rastignac n'a pas disparu avec les années, ni l'envie d'en résoudre le mystère : « L'architecte de la Maison-Blanche s'est-il inspiré de celui de Rastignac, ou l'inverse ? » Depuis vingt ans, l'historien de l'art poursuit ses recherches.

Thomas Jefferson a bien fait un passage à Bordeaux

« On sait que Thomas Jefferson, qui était ambassadeur des Etats-Unis en France avant de devenir président, est venu deux fois à Bordeaux visiter les vignobles, l'école d'architecture… Il aurait pu apercevoir les plans de Rastignac mais aucune trace écrite ne l'atteste. » Deux dates sèment le trouble : « Rastignac a été construit entre 1811 et 1817, alors que la Maison-Blanche existait déjà mais son portique en ellipse n'est apparu qu'après l'incendie de Washington en 1814, lors de sa reconstruction. D'ailleurs son surnom viendrait de là : la façade a été peinte en blanc pour cacher les dégâts des flammes, tandis qu'ici, c'est la pierre locale qui rend la façade si claire. »

Quitte à tordre le cou à une légende, Ronald Kerkhoven voit plutôt dans ces deux villas style néopalladien « des sœurs apparues au même moment, sur deux continents ». Avec chacune leur personnalité. « Elles se distinguent par leur ornementation. La traduction d'une mode franco-italienne pour l'une, anglo-américaine pour l'autre », explique le copropriétaire, qui s'interroge aussi sur l'identité des architectes. En consultant les livres de compte, il a trouvé que « les honoraires de Mathurin Salat, l'architecte français, étaient bien peu élevés. A se demander s'il a vraiment été le seul à se pencher sur les plans… »

Pour Ronald Kerkhoven, tout serait plus simple s'il pouvait consulter les plans, disparus, du château de Rastignac ou mettre la main sur la correspondance de la famille du marquis de Chapt de Rastignac. En attendant, il continue à profiter « de la grandeur du lieu, contrairement aux présidents américains qui ne doivent pas en avoir le temps durant leur mandat ! » Une chose est sûre, en janvier, lui n'a pas l'intention de quitter sa « Maison-Blanche ».