Du street art sur des billets de banque : l’histoire derrière l’exposition «Money for nothing 1001»

Une exposition virtuelle permet de découvrir 101 œuvres inédites rassemblées par le collectionneur Dominique Barlaud. Avant-goût d’un projet colossal qui fera date.

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 Dominique Barlaud, collectionneur d’art, présente des œuvres inédites de street artistes qui ont graphé des billets de banque.
Dominique Barlaud, collectionneur d’art, présente des œuvres inédites de street artistes qui ont graphé des billets de banque. LP/Delphine Goldsztejn

Ici, le visage de Gainsbourg recouvre un billet de 500 francs à moitié brûlé. À côté, un Pikachu plein aux as braque un billet d'un dollar. À la demande d'un collectionneur de génie, street artistes et grapheurs du monde entier - parmi lesquels C215, M. Chat, Miss Tic - ont relooké des billets de banque. Avant-goût d'une exposition événement qui réunira 1001 œuvres uniques, le site Internet « Money for nothing 1001 » vient d'être mis en ligne et permet une visite virtuelle.

Quand Dominique Barlaud commence à visionner « Faîtes le mur », de Banksy, il ne se doute pas une seconde qu'il vient de mettre le doigt dans un engrenage. De l'art, le graffiti? Du vandalisme, oui! Dix ans plus tard, ce collectionneur passionné - et patient - compte parmi ses amis des street artistes à la réputation internationale.

Certains sont carrément venus peindre sur les murs de son appartement du IIIe arrondissement de Paris. Les couleurs de l'Américain JonOne perlent sur le mur de la cuisine. Les silhouettes en noir et blanc de Kouka grimpent l'escalier. Entre les deux, soigneusement rangés dans les pochettes plastifiées de plusieurs classeurs, des billets qui n'ont pas de prix. Ils sont signés Shepard Fairey alias Obey, Den End, Ernesto Novo, Lusky, Bonne chance rapido, Lady K : de véritables œuvres d'art en format poche.

« Un projet complètement dingue »

Exposer un art gratuit sur des billets de banque : « Je réalise maintenant que le projet est complètement dingue », reconnaît cet architecte d'intérieur de 56 ans, qui voit de nombreuses passerelles entre l'art urbain et le papier-monnaie. « Le graffiti est vu par des millions d'yeux, le billet passe de main en main des millions de fois. Les deux sont éphémères. » Armé de sa seule force de persuasion et d'un sacré goût du défi, le collectionneur est parti à la rencontre des street artistes dont il a découvert le travail sur Internet, sur les murs, puis dans les galeries.

Amusé, Dominique Barlaud raconte les « auditions » du début. Parmi les premiers sollicités, Jean Gabaret et Michel Espagnon, qui forment VLP, pour « Vive la peinture », pionniers du graffiti en France. « Je les ai rencontrés dans leur atelier. Ils étaient assis sur des chaises, moi face à eux sur un petit tabouret. J'avais l'impression de passer un examen. » Remporté avec les félicitations du jury : le collectif choisit un assignat de 1792 et réinterprète « La Liberté guidant le peuple » d'Eugène Delacroix.

Des centaines d'artistes

Au fil des années, le projet balbutiant est devenu une exposition colossale, à laquelle 600 artistes participent déjà, 300 travaillent encore, sans compter ceux qui n'ont pas encore été sollicités. « J'ai collecté plus de 1 200 billets à ce jour, des pièces vraiment magnifiques », se réjouit Dominique Barlaud.

Impossible de rester insensible devant ce « billet à ordre » de 1863, par lequel le gouverneur de la colonie de Curaçao a racheté la liberté d'un esclave. Cet homme, grâce aux délicats pinceaux de Kouka, a désormais un visage. « Quand je touche ce billet aujourd'hui, j'ai la chair de poule. »

Figurent aussi dans cette incroyable collection un « faux » de la « Banksy of England » sur lequel Lady Di trône à la place de la reine d'Angleterre, un crâne sculpté dans une liasse de 600 billets par la main experte de Pixal Parazit, la silhouette d'Anne-Laure Maison découpée devant une palissade de billets féodaux japonais… « Il me faudrait des heures pour vous raconter toutes les histoires », prévient le collectionneur en cherchant la pochette dans laquelle il a rangé la contribution du peintre Pierre Alechinsky.

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En filigrane, la sienne. Celle d'un garçon d'une dizaine d'années, qui accompagne son père, commerçant ambulant, sur les routes de la Creuse. « Il échangeait des marchandises bien réelles contre de simples morceaux de papier, que ma mère cachait ensuite soigneusement dans des boîtes en carton. » Le pouvoir de ce papier !

Inutile d'être devin pour prédire un brillant avenir à cette collection, que Dominique Barlaud souhaite désormais présenter au public. À Paris, plusieurs espaces mythiques pourraient l'accueillir… mais pas avant 2022. Au train où vont les choses, elle pourrait ensuite sillonner les routes de France, avant de s'envoler pour les Etats-Unis ou l'Allemagne. Et de finir ses jours dans une fondation ou un musée qui veillera à ce qu'elle reste indivisible.

Renseignements sur www.moneyfornothing.fr