Des fresques XXL à Rouen

Sur une vingtaine de sites, répartis sur la rive gauche de la ville, des artistes urbains ont laissé libre cours à leur inspiration pour créer un parcours riche en couleurs et en émotions dans le cadre du festival Rouen impressionnée.

 Le graffeur Lksir devant la façade de la MJC Rive gauche dont il s’est emparé avec trois autres artistes du collectif HSH.
Le graffeur Lksir devant la façade de la MJC Rive gauche dont il s’est emparé avec trois autres artistes du collectif HSH. LP/Laurent Derouet

La seconde vague créative du festival Rouen impressionnée a débuté sur la rive gauche de la ville après une première livraison de fresques urbaines au début de l'été. Au total, plus d'une vingtaine de sites ont été ou sont investis par des artistes français et internationaux. Un casting coordonné par Olivier Landes, le commissaire de cet événement imaginé à l'origine comme le pendant contemporain au festival Normandie impressionniste. Aujourd'hui, il a évolué pour devenir un rendez-vous dédié à l'art urbain et aux fresques XXL, conçu comme un parcours à travers la cité.

« Je suis géographe urbaniste de formation et je sais par expérience que l'évolution d'une ville se fait sur du temps long. Mais là, tous ces créateurs peuvent, grâce à leur travail, à leur inspiration, transformer durablement l'atmosphère d'un quartier en seulement quelques jours », s'enthousiasme Olivier Landes, qui rappelle que ce festival, surtout en cette année de crise sanitaire, est sans doute l'un des plus importants en Europe dans son genre.

Énergie, diversité et ton décalé

Parmi les artistes présents en 2020, plusieurs régionaux de l'étape comme Lksir. Lui et trois autres membres du collectif rouennais HSH (Fabrice Houdry, Lison de Ridder et Paatrice Marchand) se sont emparés de la façade de la MJC Rive gauche en s'appuyant sur la parole de ses utilisateurs pour créer 143 vignettes qui recouvrent l'intégralité du bâtiment. « Nous avons déposé plusieurs semaines en amont un questionnaire, un peu comme un portrait chinois, pour savoir ce que les gens pensaient de ce lieu, connaître la façon dont ils l'utilisaient », détaille Lksir.

À partir de cette base hétéroclite, les cases ont été réparties entre chaque artiste. Des personnages ou des objets étonnants ont ainsi vu le jour, chacun avec le style de son auteur tout en créant un ensemble cohérent que le passant peut prendre le temps de découvrir, carré après carré. « En confiant cette façade au collectif HSH, j'avais envie de retrouver leur énergie, leur diversité, leur ton décalé et plein d'humour. J'étais sûr que ça marcherait », assure Olivier Landes.

La Rouennaise Liz Ponio a transformé la façade du centre social Grammont. LP/Laurent Derouet
La Rouennaise Liz Ponio a transformé la façade du centre social Grammont. LP/Laurent Derouet  

Un peu plus loin, dans le quartier Grammont, c'est le centre social qui a servi de terrain de jeu à la Rouennaise Liz Ponio. Avec sa façade grise recouverte de galet, le lieu a bénéficié d'une cure de jouvence pour se transformer en un ciel, ou une mer pour certains, parsemé de touches de couleur. « C'est ma manière de revisiter l'impressionnisme, en jouant sur les effets de la lumière qui évoluent au fil de la journée, en créant des reflets », confie Liz Ponio qui a plutôt surpris les habitants du quartier avec sa technique pour le moins chronophage. « On m'a demandé si j'allais vraiment peindre les pierres une à une, si j'avais perdu un pari… », sourit la jeune artiste, plus habituée aux collages éphémères.

À noter que début octobre, en guise de point final à l'édition 2020, l'artiste allemand Jan Vormann viendra réparer le palais de justice de Rouen en bouchant les traces de balles et d'obus avec… des Legos. À ne pas manquer…