Paris, Marseille... Comment vont se dérouler les premiers concerts tests avec public ?

Plusieurs expériences vont être menées dans les prochains mois pour organiser des concerts et des festivals avec du public à Paris, Marseille, Saint-Malo et en Aquitaine. Explications.

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 A Marseille, une expérimentation est prévue avec les rappeurs d’IAM (ici en 2017 à Bercy) devant 1000 personnes lors de deux concerts, en mars ou avril.
A Marseille, une expérimentation est prévue avec les rappeurs d’IAM (ici en 2017 à Bercy) devant 1000 personnes lors de deux concerts, en mars ou avril.  LP/Olivier Arandel

L'Espagne et l'Allemagne l'ont déjà fait. L'Angleterre et les Pays-Bas bientôt. Mais en France, où aucun rassemblement musical debout ne s'est tenu depuis bientôt un an, on attend toujours les premiers concerts tests sous contrôle scientifique. Vendredi dernier, le 12 février, un test avec 1300 spectateurs était envisagé aux Victoires de la musique. Mais il a été retoqué une semaine avant par la préfecture des Hauts-de-Seine…

« Le gouvernement semble très timoré sur ce sujet », estime Catherine Dumas, vice-présidente LR de la commission culture du Sénat. Sa question écrite du 14 janvier est restée sans réponse. « Ils ont peur qu'en donnant à certains, d'autres leur tombent dessus pour réclamer à leur tour. Mais dire non à tout le monde, ce n'est pas possible. On va vivre avec ce problème sanitaire pendant longtemps, donc il faut bien que la culture puisse rouvrir avec les précautions qui s'imposent. »

« La France a été très ferme sur la culture depuis le début, pense de son côté le professeur Pierre Tattevin, engagé dans une expérimentation en Bretagne. Objectivement, je ne comprends pas cette intransigeance alors que les centres commerciaux rouvraient. Les salles, les cinémas et les musées auraient pu rester ouverts avec des précautions. Mais on sent que cela change. Les autorités sont plus ouvertes. »

« Nous regardons avec beaucoup d'intérêt les initiatives à Paris et Marseille, leurs projets sont solides, complémentaires, pilotés par des institutions sanitaires, fait-on valoir au ministère de la Culture. Ils vont apporter des informations sur les jauges debout et les très grandes jauges, des types de spectacles qui n'ont pas pu ouvrir depuis mars. » In fine, la décision appartiendra au ministère de la Santé et aux préfectures.

3000 à 5000 spectateurs en avril à l'Accor Arena

Le Prodiss, principal syndicat des producteurs et salles de concerts, travaille avec l'AP-HP (Assistance publique-Hôpitaux de Paris) et l'Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), sur un concert test à l'Accor Arena de Paris : « Notre objectif est d'organiser une expérience scientifique avec 3 000 à 5 000 spectateurs debout, masqués et non distanciés, précise la directrice du Prodiss, Malika Séguineau. Ce serait le plus gros test en salle en Europe. Nous avons eu notre première réunion jeudi dernier avec le comité scientifique. On aurait aimé commencer plus tôt, mais le virus nous a joué des tours. »

« Chaque spectateur serait muni d'un laissez - passer où le QR code d'un test négatif, antigénique ou PCR réalisé moins de 72h avant serait intégré à l'application TousAntiCovid, ajoute Marie Sabot, membre du Prodiss et directrice du festival parisien We Love Green. L'AP-HP propose aussi de refaire, à un échantillon restreint de participants, un test salivaire devant le concert test, afin de prouver la fiabilité du test antigénique préalable. Nous sommes persuadés que c'est la solution pour re-démarrer cet été. Le public est prêt. Nous avons lancé un sondage. Sur les 5000 premières réponses, essentiellement des 25-35 ans, 90% sont OK pour se faire tester et pour télécharger TousAntiCovid, afin d'y intégrer son test. Nous espérons que le protocole puisse être approuvé par les autorités début mai afin de pouvoir le tester sur des concerts comme ceux du Printemps de Bourges »

Deux fois 1000 personnes à Marseille

Deux concerts organisés au Dôme à une semaine d'intervalle en mars ou en avril, avec à chaque fois 1000 personnes et les rappeurs d'IAM à l'affiche. Tel est le cadre de l'étude scientifique menée sous l'égide de l'Inserm avec le SMA (Syndicat national des musiques actuelles) et le collectif Do3Me qui réunit des médecins et des professionnels de l'événementiel. « Le public sera choisi parmi une population étudiante sans pathologie ni comorbidité », souligne le docteur Vincent Estornel.

Ces 2000 volontaires seront tous testés entre 24 et 48 heures avant le premier concert. Ils seront retestés sept jours et quatorze jours plus tard. Dans la salle, chaque soir, 500 assisteront au concert avec distanciation sociale et 500 sans. Contrairement aux autres tests, celui-ci n'écartera pas les spectateurs positifs au Covid, « pour évaluer s'il existe vraiment un surrisque d'infection », précise le médecin.

Un festival test en mai à Saint-Malo

Le festival No Logo BZH, le CHU de Rennes et l'EHESP (Ecole des hautes études en santé publique) de Rennes travaillent à l'organisation d'un festival test en mai au Fort de Saint-Père, près de Saint-Malo, site qui accueille chaque été ce festival reggae et la Route du rock. « C'est une initiative de No Logo BZH, précise le professeur Pierre Tattevin, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Rennes. Notre projet prévoit de tester 2 000 spectateurs (NDLR : la jauge maximale est de 12 000) participant à deux soirs de concert avec donc un camping sur le site. Nous ferions deux tests sur deux week-ends avec deux échantillons de spectateurs. »

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« Si elle est validée par l'ARS (Agence régionale de santé), notre expérience permettrait de confronter le plein air, qui limite la transmission, et le camping et la longue durée d'un festival, qui peuvent l'accentuer, ajoute Michel Jovanovic, le directeur du No Logo BZH. Notre but est d'être le plus proche possible d'un festival rural normal. »

Un simulateur de risques en Aquitaine

La région Nouvelle Aquitaine mise sur un logiciel développé au Mans pour tester tous ses lieux culturels. Le bien nommé Opéra calcule le risque de contamination selon le lieu, le type de spectacle et une trentaine de critères (hauteur sous plafond, renouvellement d'air, jauge…) « Nous allons envoyer en fin de semaine un questionnaire à 300 lieux, explique Frédéric Vilcocq, conseiller culture à la région. Opéra va digérer ces informations et évaluer le risque de contamination. Cet outil permet d'affiner les règles à chaque salle en y intégrant aussi les données sanitaires régionales. »

Invitée de LCI ce lundi soir, Roselyne Bachelot a confirmé que plusieurs concerts tests allaient être organisés dans les semaines à venir. « Je suis très optimiste pour les festivals et spectacles assis. Pour les spectacles debout, c'est plus compliqué », a reconnu la ministre de la Culture.