Covid-19 : horaires aménagés, mesures régionalisées… le plan des musées pour rouvrir

Les deux pétitions pour la réouverture des musées ont fusionné et leurs initiateurs envoient une lettre à la ministre de la Culture, avec dix propositions pour un protocole d’organisation.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Fermés depuis le deuxième confinement, les musées, et notamment les plus petits, voudraient pouvoir accueillir les scolaires et le public à certaines conditions.
Fermés depuis le deuxième confinement, les musées, et notamment les plus petits, voudraient pouvoir accueillir les scolaires et le public à certaines conditions. LP/Arnaud Journois

La première liste émanait de personnalités de la culture, la seconde de responsables de musées. Plusieurs centaines de signataires des deux pétitions, publiées cette semaine, pour la réouverture immédiate des musées et centres d'art, ont uni leurs forces pour fusionner leurs propositions d'un plan de retour à la vie et l'accueil du public. Ils doivent envoyer ce soir leurs dix suggestions à la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot. Ils attendaient l'assurance qu'un reconfinement était écarté.

Les musées veulent pouvoir ouvrir, fut-ce à des horaires aménagés. Car contrairement aux cinémas, pour lesquels le maintien du couvre-feu à 18 heures rendrait toute réouverture économiquement non viable - de même que pour le spectacle vivant -, les musées, eux, y sont prêts : « De toute façon, même quand ils sont fermés, ils sont ouverts. Le personnel travaille en permanence dans les musées. Les œuvres sont là, il faut les surveiller et s'en occuper. On s'y accommode très bien du stop and go qui n'est pas supportable pour d'autres activités culturelles. Cela ne change rien aux coûts d'exploitation, et le délai de réouverture ne serait que de quelques jours au maximum », explique Frédéric Jousset, président de la Fondation ArtExplora, l'un des trois signataires des dix propositions avec Emma Lavigne, présidente du Palais de Tokyo, dédié à l'art contemporain à Paris, et la journaliste Florence Belkacem.

Et si on s'inspirait de nos voisins ?

Ce document demande dans l'immédiat une réouverture partielle, le week-end, « lorsque les familles ont du temps », ou au contraire, comme en Italie, les jours de semaine. Pour commencer. Les signataires invitent aussi à « libérer l'accès aux lieux patrimoniaux dans les zones à faible circulation du virus », comme la Bretagne et les Pays de la Loire par exemple.

« On impose des fermetures administratives de Lille à Perpignan sans aucune distinction, alors qu'on sait très bien que la situation est très différente selon les régions. La situation est absurde. Les Suisses, par exemple, imposent une quarantaine aux Français issus de certains départements, pas aux autres. Mais chez nous, tout le monde est logé à la même enseigne. A quoi bon avoir mis en place la régionalisation pour en arriver là? Cela empêche de petits musées locaux d'ouvrir alors que, même en temps normal, ils reçoivent très peu de visiteurs… » ajoute Frédéric Jousset.

VIDÉO. Elle joue du violoncelle dans les musées vidés de leur public par le confinement

Les responsables d'établissements culturels demandent aussi à pouvoir accueillir les scolaires, à travers un « hiver culturel et apprenant », une façon de reprendre au mot l'expression d'Emmanuel Macron au moment du premier confinement. Ce désir d'accomplir une mission éducative, alors que les écoles restent ouvertes, est partagé par de très grands musées français, même ceux qui, tenus à un devoir de réserve, n'ont pas signé les tribunes.

De même, ces dirigeants culturels veulent permettre aux 100000 jeunes environ déjà titulaires du Pass culture, l'un des grands projets du président de la République, de se rendre sans plus attendre dans les musées.

Eviter les clusters

Une autre proposition suggère de donner la priorité aux petits et moyens musées, ceux qui n'ont jamais connu la folie des grandes expositions à succès, même avant la pandémie. Il encourage un système généralisé de préinscription sur Internet pour gérer les flux au mieux et, enfin, de développer avec les Agences régionales de santé une évaluation en vue de détecter en amont d'éventuels clusters dans les lieux patrimoniaux.

Newsletter La liste de nos envies
Nos coups de cœur pour se divertir et se cultiver.
Toutes les newsletters

A l'étranger, des systèmes de tests généralisés ont même conduit à l'organisation de concerts. Alors que le Prado, à Madrid, est ouvert, comme de grands musées italiens, la révolte gronde parmi leurs homologues français, accablés de voir autant de monde dans les rues et les commerces alors qu'eux restent vides : « On demande juste a minima un alignement sur le système général, qui permet aux bibliothèques de rester ouvertes. Si l'on ne parle pas, il ne se passera rien. » Selon les signataires, les protocoles sanitaires à appliquer pourraient s'inspirer de ceux appliqués dans les bibliothèques ou les lieux de culte.

N'est-il pas trop tard, alors que les variants du virus se multiplient, pour demander un assouplissement? « La France est le pays de l'exception culturelle, mais c'est chez nos voisins européens que les musées rouvrent. De toute façon, soit on gagne, soit on ne perd pas, parce qu'on ne peut pas faire pire que la situation actuelle », lâche Frédéric Jousset.

Alors que le blues envahit de plus en plus le milieu muséal, cette colère a eu au moins le mérite de réveiller un milieu anesthésié par la crise. Et qui veut relever la tête, et montrer ses chefs-d'œuvre.