Couvre-feu : stupeur et fureur dans les théâtres parisiens

À l’annonce, attendue et redoutée, de l’instauration d’un couvre-feu à 21 heures pendant six semaines, les théâtres parisiens oscillent entre colère et abattement. Et cherchent déjà des solutions.

 Les théâtres qui avaient rouvert à la rentrée voyaient revenir peu à peu les spectateurs… (Illustration)
Les théâtres qui avaient rouvert à la rentrée voyaient revenir peu à peu les spectateurs… (Illustration) LP/Philippe Lavieille

« On va avoir du mal à s'en remettre cette fois. On commençait à peine à reprendre notre envol et on nous coupe dans notre élan, c'est l'effet double lame mal venu », réagit vertement ce mercredi soir Bertrand Thamin, président du Syndicat national du théâtre privé (SNDTP). « Tout ça est quand même géré à la petite semaine, c'est assez décourageant, je suis assez atterré ce soir. On nous a fait la danse du ventre il y a un mois et demi pour qu'on rouvre et voilà… », lâche celui qui est aussi directeur du théâtre du Montparnasse.

« On espérait qu'on nous laisse jusqu'à lundi, mais non, là on a 48 heures pour se retourner, c'est très court », poursuit-il. Le spectacle à l'affiche de sa grande salle, « Marie des Poules », va passer de 20h30 à 19 heures dès samedi. « Demain mes caissiers vont téléphoner toute la journée pour proposer aux spectateurs de venir à 19 heures, mais la pièce dure 1h25, ceux qui habitent loin ne viendront pas, prévoit-il. On va perdre 50 à 60 % de nos spectateurs, déjà qu'on était en jauge dégradée ». Au Petit Montparnasse, il a deux spectacles. Et il ne sait pas encore ce qu'il fera.

« Etudier comment on va enchaîner les deux pièces »

C'est d'ailleurs un peu l'inconnu pour beaucoup. Et l'on cherche des solutions. Au Tristan Bernard, Pascal Guillaume va tenter de doubler ces matinées les samedis et dimanches pour « Affaires sensibles » avec Fabrice Drouelle et « Virginie Hocq- Ou presque », ses deux spectacles actuellement à l'affiche. « On va faire des essais demain pour voir en combien de temps on démonte le décor de Virginie Hocq et étudier comment on va enchaîner les deux pièces », explique-t-il.

Il va tenter, aussi, de passer l'adaptation à la scène de l'émission de France Inter à 18h30 le mardi. « Certaines salles le font avec succès, le Rond-Point ou Le Lucernaire, souligne-t-il. On va tenter, si ça prend, on continuera ». Également producteur du « Dernier jour du jeûne », de Simon Abkarian, qui débute ce vendredi au théâtre de Paris, Pascal Guillaume va devoir se restreindre aux seules matinées du week-end vu la longueur du spectacle, plus de deux heures.

« A ma connaissance, il n'y a aucun cluster dans un théâtre »

Devant la situation, les salles sont condamnées à tenter, à tester. Ou à fermer et faire le dos rond, encore une fois. « Je pense que ceux qui peuvent vont essayer d'avancer leur lever de rideau à 19 heures, même s'ils perdent des spectateurs, c'est mieux que de rester fermé », reprend Bertrand Thamin.

Et de souligner combien toutes les salles se sont montrées « particulièrement vertueuses » depuis leur réouverture en s'auto-appliquant des protocoles stricts. « A ma connaissance, il n'y a aucun cluster dans un théâtre, insiste-t-il. Le président a salué la bonne conduite des salles et voilà… C'est un peu l'enclume pour écraser une mouche ce qu'ils sont en train de faire ».

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Conscient des conséquences d'un tel couvre-feu, le chef de l'Etat a annoncé « l'amélioration de l'accompagnement économique » des secteurs impactés. « Mais, on n'a même pas eu le temps encore de mettre en place le dispositif de compensation de la billetterie, il faudra leur expliquer que la lourdeur administrative ne peut aller avec la gestion d'une telle crise », déplore encore Bertrand Thamin. Et de poursuivre, acide, « j'attends de voir comment les annonces du château vont être traitées par les ministères, ils n'ont plus un centime ». Une réunion est prévue ce jeudi au ministère de la Culture.