Coronavirus : Besançon pleure le Cirque Plume

Après trente-six ans de spectacles, les dernières dates de la tournée d’adieu de Plume, prévues du 14 octobre au 5 décembre, n’auront pas lieu. Un salut final sans public, crise sanitaire oblige.

 Le Cirque Plume, créé en 1984 à Besançon, était très attaché à sa ville et à sa région.
Le Cirque Plume, créé en 1984 à Besançon, était très attaché à sa ville et à sa région. PHOTOPQR/L’Est Républicain/Ludovic Laude

Ce n'est pas tout à fait une surprise, mais un choc pour toute une région. Le Cirque Plume a annoncé, officiellement, vendredi, qu'il renonçait à la trentaine de représentations prévues du 14 octobre au 5 décembre à Besançon (Doubs). Plus qu'une annulation, due bien sûr au Covid-19, c'est un point final posé au bout d'une histoire écrite durant trente-six ans. En effet, il y a trois ans, lors du lancement de son spectacle, justement nommé « la Dernière Saison », le Cirque Plume avait clairement annoncé qu'il s'agissait de ses ultimes représentations. Pas de reprise du nom, pas de transmission, ses fondateurs ont jugé plus logique que le cirque s'éteigne avec leurs vieux jours.

VIDÉO. Pour ses 30 ans, le Cirque Plume suspend le temps

C'est en Franche-Comté que le Cirque Plume avait décidé d'offrir aux spectateurs ses 50 représentations finales, à l'issue de trois ans de tournée : 20 à la Saline d'Arc-et-Senans (Doubs), programmées en août puis annulées, et 30 à Besançon où le spectacle avait été créé et surtout, où est né le Cirque Plume en 1984. « On a reculé au maximum la décision d'annuler ces dernières dates, explique Bernard Kudlak, directeur et cofondateur du Cirque Plume. Mercredi soir, après une nouvelle réunion, on avait décidé de tout arrêter. Mais, le lendemain matin, on était tous là, à 9 heures, à penser au spectacle comme si on ne s'était rien dit la veille… »

Connu dans le monde entier

Les mesures sanitaires concernant les spectacles sous chapiteau ont eu raison de leurs espoirs. « Rien que les dernières représentations de Franche-Comté, cela représente 50 000 spectateurs qui ne sont pas venus, ça fait un Parc des Princes annulé… », regrette Bernard Kudlak. Connu dans le monde entier pour ses spectacles sans clowns, sans animaux mais avec beaucoup de poésie, Plume restait très attaché à la Franche-Comté et à sa ville, qui le lui rendaient bien. « Je n'ai pas vu le premier spectacle, mais je crois qu'après je n'en ai raté aucun, raconte Célia, Bisontine et fan inconditionnelle. Je crois que les gens de Besançon étaient fiers que Plume soit connu dans toute la France et au-delà. C'est dur pour les artistes, comme pour les spectateurs, de finir sans se dire au revoir. »

Anne Vignot, la nouvelle maire EELV de Besançon, commente tristement : « Le Cirque Plume aura fait vibrer, rire et pleurer mais surtout ressentir le beau avant de s'effacer. C'est donc un profond soupir qui accompagne la fin du spectacle. Le Covid-19 aura précipité sa sortie de notre univers. »

La Saline, à Arc-et-Senans, accueille depuis l'été une grande exposition, visible jusqu'au 25 octobre, consacrée au Cirque Plume. « Les gens viennent la voir avec beaucoup d'émotion, explique Hubert Tassy, directeur du site. Ils racontent des souvenirs, on sent un amour particulier pour ce qu'a représenté le Cirque Plume ici. » Propos confirmés par Bernard Kudlak : « Je me souviens du premier spectacle et de l'amour du public qui nous portait. Cela ne s'est jamais arrêté depuis. C'est fini maintenant mais, pour toujours, on est remplis de cette tendresse… »