Clara Morgane et son cabaret en livestream : «On est en 2021, il n’y a pas de mal à se faire du bien»

A la tête de son spectacle de cabaret depuis quatre ans, Clara Morgane propose son spectacle en streaming et en direct à l’occasion de la Saint-Valentin, ce dimanche 14 février. Rencontre.

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 Pour ce spectacle diffusé en ligne le soir de la Saint-Valentin, Clara Morgane réserve quelques surprises.
Pour ce spectacle diffusé en ligne le soir de la Saint-Valentin, Clara Morgane réserve quelques surprises. LP/Philippe de Poulpiquet

La Saint-Valentin, c'est un peu le Noël des cabarets, dit-on dans le milieu de la nuit. Alors, pour le Cabaret de Clara Morgane, sur les routes de France depuis quatre ans, pas question de passer à côté. Effeuilleuse burlesque, chanteuse, contorsionniste, musique live, les quinze artistes joueront pour les spectateurs en ligne ce dimanche 14 février en direct (livestream) du Oh! César, à Paris, à partir de 22 heures. Prix de la connexion, 15 euros. Rencontre avec la maîtresse de cérémonie.

Pourquoi le streaming ?

CLARA MORGANE. Avant même le Covid-19, on se disait qu'on y viendrait. Ça ne remplacera pas la scène et son interactivité, bien sûr, mais on pensait à ceux qui ne peuvent se déplacer. C'est l'avenir, le streaming, la culture doit en 2021 être accessible à tous. On y serait arrivé dans deux à cinq ans à offrir le spectacle en salle et sur écran, la situation a accéléré les choses.

C'est simple de le passer du live au livestream ?

C'est moins compliqué que ce que je craignais. Je pensais que tout dépendait de l'interactivité avec le public et finalement ça tient quand même sans. Il a fallu réécrire, retirer des tableaux, en créer d'autres dans l'urgence, mais l'adversité repousse les limites et rend créatif.

Comment faire dans une salle déserte pour éviter que ça sonne vide ?

Il y a le texte, qu'on a modifié, l'unité des artistes, on est quinze sur scène, il y a du mouvement, de la vie. Et puis ça tient au soutien des gens derrière leur écran qui font l'économie de la réalité en se disant : « OK, ce n'est pas tout à fait pareil, mais pour que cela continue, je participe à cet effort de soutien. »

Vous l'avez joué une première fois en ligne en janvier, quel bilan en tirez-vous ?

Pour une première, c'était plutôt bien, on a vendu 600 places. Le Oh ! César est courageux, on produit le spectacle qu'il nous achète. C'est un pari parce que les coûts sont bien supérieurs avec le streaming. C'est un véritable effort du César, de plus grands cabarets avec beaucoup plus de moyens ne prennent pas ce risque.

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VIDÉO. Clara Morgane : «Le cabaret, c'est un peu tout ce que j'aime»

Pour cette Saint-Valentin, il y a une surprise…

Certains ont vu le spectacle plusieurs fois, alors oui, on ménage des surprises. Ce dimanche, on a avec nous Maxim de Remez, le danseur avec qui j'ai participé à « Danse avec les Stars ». Le 19 mars, je ferai un tour de mentalisme avec Fabien Olicard.

En février 2020, vous ouvriez une boutique à Paris, à un mois du confinement…

Ce n'est pas grave, parce qu'une fois encore on en a profité pour avancer par ailleurs. On avait une très belle boutique, mais on était nul en ligne. On a refondé le site, mais aussi créé une collection de lingerie, on s'est préparé au futur et aujourd'hui, on est performant sur les réseaux. Ça aura servi à ça. La boutique, c'est sympa, mais c'est presque devenu de la décoration alors que c'était l'objet principal avant le Covid. Le monde bouge, il faut s'adapter. Là encore, on a gagné deux ou trois ans.

Votre calendrier se vend toujours bien ?

Oui, bizarrement, comme une espèce de survivant papier au monde numérique. On en vend autour de 80 000 à 100 000 exemplaires. C'est mon petit best-seller à moi. J'ai la chance d'avoir une fan base qui l'achète depuis presque vingt ans.

 Clara Morgane sur les planches du Oh ! César à Paris./LP / Philippe de Poulpiquet
Clara Morgane sur les planches du Oh ! César à Paris./LP / Philippe de Poulpiquet  

Le cabaret, à côté, c'est un risque. Vous auriez pu rester sur papier glacé…

Je ne suis pas de celles qui sont immobiles. La photographie, c'est très beau, j'adore le corps féminin et je n'ai pas de problème avec la nudité, on l'a remarqué. Mais le papier ne me suffit pas, j'aime le spectacle vivant. J'ai l'impression de pouvoir y développer mon message de liberté et de tolérance, ce que je fais aussi à travers ce que je peux vendre en ligne d'ailleurs, ma lingerie, les toys, l'ouverture… On est en 2021, il n'y a pas de mal à se faire du bien. C'est important de se sentir en phase avec son amour, sa sexualité, son corps, son plaisir. Je prône la liberté, la bienveillance, l'acceptation de soi et des autres.

Et donc sur scène aussi ?

Oui, je chante « Travesti », un titre de « Starmania » qu'on a remixé. Je sais qu'on m'a vue nue et ça me fait rire de chanter « si vous pouviez me voir toute nue ». Les gens savent que je ne suis pas travesti, mais à nouveau il est question de tolérance, je parle au nom des travestis parce que je peux ressentir parfois ce qu'ils ressentent. J'ai beaucoup de sensibilité pour les gens différents, je les aime, fort, pour le message et ce qu'ils dégagent, ce combat de se battre pour qui on est. Se balader dans la rue en tant que trans, ou même d'homo, c'est encore difficile par endroits. Moi qui ai une image populaire, j'avais besoin de parler de ça, mais de façon légère. Avec la troupe, on en a tourné un clip dans les rues de Paris. Sans autorisation, on a filmé à la tour Eiffel, à l'Arc de triomphe, pour montrer aussi que le spectacle est toujours vivant.

C'est quoi la suite pour vous ?

Je ne sais pas ce que je ferai l'année prochaine, et j'aime ça. La vie est surprenante et j'essaie de saisir ses surprises au fur et à mesure, pour ne rien regretter.

Le Cabaret de Clara Morgane, spectacle en livestream dimanche 14 février à 22 heures. Réservations sur www.lecabaretdeclaramorgane.com