Sorties cinéma du 30 septembre : «Billie», «Josep»… nos coups de cœur

Un documentaire sur Billie Holiday, un film d’animation pour adultes, le sort des oubliés de l’Amérique. Voici nos films préférés parmi les nouveautés à l’affiche.

 Le documentaire « Billie » consacré à Billie Holiday est entièrement basé sur des bandes enregistrées inédites laissées par une journaliste qui avait enquêté sur la star dans les années 60.
Le documentaire « Billie » consacré à Billie Holiday est entièrement basé sur des bandes enregistrées inédites laissées par une journaliste qui avait enquêté sur la star dans les années 60. MARINA COLORISED UNIVERSITY LIBRARIES

ON ADORE

«Billie» : fascinant

Disparue en 1959 à l'âge de 44 ans, après une vie entre gloire, misère et déchéance, Billie Holiday, la mythique interprète de « Strange Fruit », surnommée « la plus grande chanteuse de jazz du monde », a laissé de nombreuses zones d'ombre dans son parcours cabossé. Ce documentaire, entièrement basé sur des bandes enregistrées inédites laissées par une journaliste qui avait enquêté sur la star dans les années 60, fourmille de révélations sur le destin hors-norme de Lady Day, à coups de témoignages sonores de ceux – grands du jazz, proches, amis ou agents du FBI qui la surveillaient – qui l'ont côtoyé, assortis d'extraits d'interviews de la chanteuse.

Sidérant sur le fond, « Billie » est tout aussi surprenant sur la forme, tant ce documentaire sort du moule habituel avec ses extraits sonores et ses images d'archives colorisées. Un film exceptionnel.

LA NOTE DE LA RÉDACTION : 4/5

«Billie», documentaire de James Erskine, 1h32.

«Josep» : magnifique

En 1939, alors que des centaines de milliers de Républicains espagnols débarquent en France pour fuir la dictature de Franco, le gouvernement français les parque dans des camps. Là, ils sont maltraités, affamés, exposés à la gale, au scorbut et au typhus. Pourtant, une complicité va naître entre un gendarme français et un réfugié espagnol, qui se révèle être un dessinateur de génie…

Premier film du dessinateur de presse Aurel, « Josep » raconte un épisode méconnu de l'histoire de France et met en scène une histoire de solidarité et d'humanité dans un contexte cruel et violent. Aurel illustre ce récit de dessins magnifiques qui s'animent ou se figent et superpose même parfois une scène et le dessin qu'en fait Josep, son héros. Il signe ainsi un film émouvant, mais aussi une ode à la puissance du dessin.

LA NOTE DE LA RÉDACTION : 4/5

«Josep», film d'animation historique français d'Aurel. Avec les voix de Sergi López, Gérard Hernandez, Bruno Solo… 1h14.

«Kajillionaire» : poétique

Theresa, Robert et leur fille Old Dolio, âgée de 26 ans, passent leurs journées à voler dans les colis de la Poste, monter de petites arnaques ou jouer à des concours pour survivre. La nuit, ils dorment dans des bureaux désaffectés où, plusieurs fois par jours, une mousse rose dégouline le long des murs. Quand leur route croise celle de la jolie Mélanie, qui décide de les aider, leur trio va être mis à l'épreuve… « Kajillionaire » – qui signifie « milliardaire » en argot – met en scène des laissés pour compte dans une Amérique qui ne tourne plus rond. Le film questionne aussi les relations familiales, montrant comment la misère peut souder ou, au contraire, assécher les liens. Original, drôle et touchant, cette comédie est portée par une mise en scène poétique et une fin très inspirée.

LA NOTE DE LA RÉDACTION : 4/5

«Kajillionaire», comédie américaine de Miranda July. Avec Evan Rachel Wood, Debra Winger, Gina Rodriguez… 1h44.

ON AIME BEAUCOUP

«Un pays qui se tient sage» : choc

Un manifestant qui rampe au sol après avoir reçu un tir de LBD dans l'œil, un autre qui a la main arrachée, des policiers qui pénètrent dans un fast-food et y matraquent tous les occupants… Avec ces images oppressantes filmées par des amateurs ou par des journalistes, « Un pays qui se tient sage » montre des violences policières pendant les manifestations des Gilets jaunes. Mais au-delà de ces séquences choquantes, le documentaire interroge ces violences : il fait réagir, devant des écrans projetant ces images, des manifestants, des historiens, des sociologues, des avocats… et même des policiers.

On n'apprend l'identité des témoins qu'au générique de fin, ce qui est déstabilisant, mais force peut-être à écouter encore davantage. Les témoins citent Rousseau, Bourdieu, Max Weber ou Hannah Arendt, parlent de légitimité de la violence, de verticalité du pouvoir, d'Etat de droit ou de contrat social. En se centrant sur les violences policières, le film occulte ou minimise celles des manifestants, mais il incite incontestablement à la réflexion et au débat.

LA NOTE DE LA RÉDACTION : 3,5/5

«Un pays qui se tient sage», documentaire français de David Dufresne, 1h26.

«L'Ordre moral» : délicat

En 1918, dans la haute société de Lisbonne, Maria Adelaide étouffe entre son mari, qui la trompe, et son fils, qui couche avec les domestiques. Heureusement, sa passion du théâtre lui permet de respirer. Quand, par hasard, elle croise son ancien chauffeur, un homme de 22 ans de moins qu'elle, elle décide de s'enfuir. Mais son époux part à sa recherche et il est prêt à tout pour rétablir « L'Ordre moral »… Inspiré d'une histoire vraie, ce drame historique brosse le portrait d'une femme libre dans une société patriarcale et violente, qui vient de sortir de la guerre mais doit affronter la grippe espagnole. Totalement habitée par son rôle, Maria de Medeiros sublime tous les plans de ce film en costumes à l'image et à la lumière très travaillées.

LA NOTE DE LA RÉDACTION : 3,5

«L'Ordre moral», drame historique portugais de Mario Barroso. Avec Maria de Medeiros, Marcello Urgeghe, João Pedro Mamede… 1h41.