Reports de «James Bond» ou «Jurassic World» : le cinéma, c’est pas l’Amérique…

A chaque jour son annonce de report de longs-métrages hollywoodiens, comme « James Bond - Mourir peut attendre » ou « Jurassic World : Le monde d’après ». Avec de lourdes conséquences pour les salles françaises.

 « James Bond - Mourir peut attendre », prévu en avril de cette année à l’origine, sortirait finalement le 31 mars prochain.
« James Bond - Mourir peut attendre », prévu en avril de cette année à l’origine, sortirait finalement le 31 mars prochain. DANJAQ, LLC AND MGM/Nicola Dove

Un train peut-il rouler longtemps sans locomotive? C'est ce que se demandent de plus en plus les exploitants de cinéma, en voyant les films américains, qui attirent d'ordinaire le plus de spectateurs dans leurs salles, être déprogrammés au fil des semaines. Tout ça parce que les studios hollywoodiens, qui ont besoin de sorties mondiales pour amortir leurs blockbusters si coûteux, veulent attendre que les salles américaines et anglaises, presque toutes fermées à cause de la pandémie, rouvrent pour lancer leurs films. Revue de détail.

De nouveaux reports

Après « Mulan », qui devait sortir en avril, et qui finalement sera directement mis en ligne sur la plate-forme Disney +, trois autres machines américaines viennent de reprogrammer leurs sorties. Vendredi, Universal annonçait que le nouveau James Bond, « Mourir peut attendre », prévu en avril à l'origine, puis recalé au 11 novembre, sortirait finalement le 31 mars 2021.

Mardi, c'est Warner qui faisait glisser le « Dune » de Denis Villeneuve de décembre 2020 à octobre 2021. Mercredi matin, Universal basculait carrément « Jurassic World : Le monde d'après » à juin 2022 (au lieu du printemps 2021).

D'autres poids lourds de 2020 se voient repoussés à plus tard : « Black Widow » avec Scarlett Johansson et « West Side Story » de Steven Spielberg chez Disney, « Fast 9 » chez Universal, « Pierre Lapin 2 », « SOS Fantômes : L'héritage » et « Déconnectés » chez Sony, « The Batman » avec Robert Pattinson chez Warner…

Du coup, ne verra-t-on aucun film américain dans les mois qui viennent ? Si. Il s'agit de « lifter pour étaler » les sorties, dit-on dans un studio. On devrait voir « Trolls 2 » le 14 octobre » et « Les Croods 2 » le 2 décembre », « Sacrées sorcières » de Robert Zemeckis avec Anne Hathaway le 18 novembre, « Wonder Woman 1984 » le 30 décembre, « The Good Criminal » avec Liam Neeson le 14 octobre, « Soul », le nouveau Disney/Pixar, le 25 novembre, « Mort sur le Nil » de Kenneth Branagh le 16 décembre… Mais ces dates sont à prendre avec recul, car en ce moment, tout change à chaque quart d'heure.

Cinémas inquiets, spectateurs déçus

Ces reports successifs mettent-ils en danger les cinémas français ? En partie : entre l'offre de films en berne et les mesures sanitaires de distanciation en salles, la chute de fréquentation atteint 60 %. « C'est une situation catastrophique, explique Marc-Olivier Sebbag, délégué général de la Fédération National des Cinémas Français FNCF. Les salles sont ouvertes, le public répond présent, mais les films locomotives sont absents pour des raisons dues à la situation sanitaire aux Etats-Unis. Les cinémas français sont les victimes de cette situation… »

Ils ne sont pas au bord de l'asphyxie pour autant, grâce aux 50 millions d'aide alloués par le ministère de la Culture, et à la présence de nombreux films français. Mais certains spectateurs commencent à se lasser, voire envisagent de renoncer à leurs cartes d'abonnement. Sacha, 60 ans, grand amateur de blockbusters ou de films indépendants américains, avoue son « découragement » : « Je n'ai rien vu de bien depuis longtemps, et je n'utilise plus ma carte qu'une fois par semaine, contre trois fois avant le confinement. Si ça continue, je vais me poser la question de rompre mon abonnement… »

Même déception pour Willem, 39 ans, qui tient tout de même à souligner que « le réseau UGC a été très élégant, en interrompant tout de suite les prélèvements durant la fermeture des salles, et en offrant trois semaines de gratuité à la reprise. » Mais ça ne suffit pas à ce cinéphile, abonné depuis 2003, lui aussi fan de cinéma américain : « Il n'y a vraiment pas grand chose, je n'ai vu qu'un film cet été, et en plus il n'y a plus de séances à 22 heures, mon horaire favori. Je vais songer à arrêter mon abonnement. »

Une situation profitable aux films français

L'absence de films américains profite néanmoins aux longs-métrages produits chez nous. « Heureusement, les distributeurs français ont joué le jeu depuis la reprise », se réjouit Marc-Olivier Sebbag. Qui souligne que la faible offre américaine permet aux films français « de s'installer dans nos salles dans la durée… » Effectivement, avec moins de sorties chaque semaine, le turnover de films a ralenti, et permis à des longs-métrages comme « Effacer l'historique », sorti le 26 août, de cumuler progressivement 500 000 entrées.

Surtout, les reports successifs de grosses productions américaines libèrent des dates et des écrans pour les films français. A l'image d'« Aline », de Valérie Lemercier, délirante biographie non officielle de Céline Dion. Initialement prévu le 11 novembre, le film avait repoussé sa sortie d'une semaine quand Universal a recalé « Mourir peut attendre » à cette même date. Mais le James Bond, à nouveau décalé, a libéré plus de 700 écrans pour le 11. Gaumont a annoncé mardi qu'« Aline » serait finalement programmé ce jour-là. Et d'autres films français vont profiter de ce vide : « Adieu les cons » d'Albert Dupontel (le 21 octobre), « Kaamelot » d'Alexandre Astier (le 25 novembre), « Les Tuche 4 » (le 9 décembre) ou même « OSS 117 Alerte rouge en Afrique noire » (le 3 février) devraient, faute de concurrence hollywoodienne, avoir un boulevard devant eux.