Mort de Sean Connery : adieu Bond, James Bond

Originaire d’Ecosse, l’acteur, anobli par Elizabeth II, s’est éteint ce samedi à 90 ans. Jusqu’à ce qu’il se retire du jeu en 2003, il aura tourné plus d’une centaine de films.

 Sean Connery, ici en 1971, aura incarné jusqu’à sa mort le charme et le flegme britannique, restant à ce jour le plus emblématique des interprètes de 007.
Sean Connery, ici en 1971, aura incarné jusqu’à sa mort le charme et le flegme britannique, restant à ce jour le plus emblématique des interprètes de 007.  Getty Images/Terry Disney

Sale nouvelle pour sa majesté la Reine Elizabeth II, qui l'avait anobli en 2000 : elle a perdu samedi son espion fétiche. La BBC a en effet annoncé ce samedi en début d'après-midi la disparition, dans son sommeil, aux Bahamas, à l'âge de 90 ans, de Sir Sean Connery, héros immortel de sept James Bond, qui aura ainsi réussi à échapper à tous les scénarios de confinement. Les scénaristes de tout poil, qu'on imagine assez bien hollywoodiens, ont désormais la voie libre pour mettre en musique une trajectoire d'exception, faire un film du tonnerre sur celui qui avait toujours refusé la moindre proposition de biographie.

A commencer pas ses débuts, qui sont la plus romanesque des rampes de lancement. Jugez plutôt. Nous sommes le 25 août 1930, dans un quartier aussi industriel que pauvre, Fountainbridge, à Edimburg, en Ecosse. Le petit Thomas Sean Connery, fils de Joe, ouvrier, et d'une femme de ménage, Euphania, qu'on appelle Effie, vient au monde. L'enfant doit son deuxième prénom, Sean, à son grand-père paternel, irlandais. Il rêvera longtemps d'en changer pour Tommy.

Un enfant très, très précoce

Très vite, le gamin montre de sérieuses capacités à se distinguer, annonçant à 8 ans à la cantonade qu'il vient d'avoir sa première expérience sexuelle. A 13 ans, il quitte l'école pour faire bouillir la marmite, livre du lait, ravi d'avoir un poney pour tirer sa carriole. Sean Connery avait une passion pour les chevaux. Il sera ensuite, et entre autres, charbonnier, vernisseur de cercueils, maître-nageur sans savoir nager, videur…

A 18 ans, le beau gosse s'engage dans la Royal Navy mais est réformé pour cause d'ulcère. Revenu sur terre, ses qualités de footballeur séduisent le club de Manchester United, mais il préfère poser pour des magazines de bodybuilding et finit troisième au concours de Mister Univers en 1950.

Sean Connery, ici dans « Les diamants sont éternels », incarna sept fois 007 avant de céder sa place. Moviestore Collection/Rex Feat
Sean Connery, ici dans « Les diamants sont éternels », incarna sept fois 007 avant de céder sa place. Moviestore Collection/Rex Feat  

Derrière ces signes tout en virilité et testostérone pointe cependant une âme d'artiste. Le jour où Sean a suffisamment d'argent pour s'offrir une moto, il s'achète…un piano. Il prend aussi des cours de théâtre, envisage de chanter et finit dans les chœurs d'une comédie musicale. Ce n'est pourtant pas pour ça qu'il a été recruté mais pour son physique.

Ses tout débuts au cinéma ne sont pas mal non plus. En 1957, dans « Au bord du volcan », de Terence Young, il est chargé d'enlever Martine Carol, laquelle, tout émoustillée, annonce au réalisateur qu'il s'est trompé. C'est Sean qu'il aurait dû choisir pour le premier rôle. L'année suivante, dans « Je pleure mon amour », le jeune Connery donne la réplique à Lana Turner.

Découvert dans... un Disney

Le voilà ensuite, brin de paille entre les dents et râteau à la main, dans un Disney, « Darby O'Gill et les Farfadets » (1959). Un producteur, Albert R. Broccoli, qui passe ses jours et ses soirées à chercher un agent secret qui s'appellerait James Bond, a l'intuition du siècle. Elle est là, la perle rare, dans ce personnage à mille lieues du sujet.

« James Bond contre Docteur No », sorti le 6 octobre 1962, fera carton plein, suivi en rafale de « Bons baisers de Russie » (1963) puis de Goldfinger (1964). Il le jouera sept fois avant de laisser la place à Roger Moore. Mais entre, temps, le comédien n'aura eu de cesse de faire des… bonds de côté. C'est le cas dès 1965 dans « la Colline des hommes perdus », de Sidney Lumet, dénonciation des camps disciplinaires de l'armée américaine.

Sean Connery avec son épouse, Micheline Roquebrune, et les petites-filles de celle-ci, Eve (à gauche) et Stéphanie. Getty images/Bertrand Rindoff Petroff
Sean Connery avec son épouse, Micheline Roquebrune, et les petites-filles de celle-ci, Eve (à gauche) et Stéphanie. Getty images/Bertrand Rindoff Petroff  

Bond, James Bond, est mort. Lui qui voyageait toujours léger quitte ce monde lesté d'une centaine de films tournés avec les plus grands et d'un oscar en 1988 pour son rôle dans « les Incorruptibles ». Il avait annoncé sa retraite en 2003, marié, après une première union avec l'actrice australienne Diane Cilento, à l'artiste peintre française Micheline Roquebrune. Sa disparition laisse aussi les fans de 007 orphelins, nostalgiques d'une époque un rien surannée. Il se consoleront sans doute à travers un titre de leur espion préféré : « Les diamants sont éternels ».