«La Vie devant soi» sur Netflix : le retour en grâce de Sophia Loren

La comédienne de 86 ans revient à l’écran après dix ans d’absence dans la nouvelle adaptation du livre de Romain Gary réalisé par son fils.

 Dans « La Vie devant soi » d’Edoardo Ponti, disponible sur Netflix, Sophia Loren incarne Madame Rosa, ancienne prostituée qui recueille des enfants chez elle.
Dans « La Vie devant soi » d’Edoardo Ponti, disponible sur Netflix, Sophia Loren incarne Madame Rosa, ancienne prostituée qui recueille des enfants chez elle.  Prod

Ces dernières années, on ne la voyait plus en public que lors des inaugurations des paquebots de la compagnie MSC Croisères, dont elle est devenue l'égérie. On l'avait bien aperçue, ici ou là, dans des documentaires sur la mode ou le cinéma, mais elle n'avait pas tourné de fiction depuis « Nine » en 2009. Après dix ans d'absence, c'est donc une belle surprise de revoir Sophia Loren à l'écran à 86 ans. Et pour un grand rôle : celui de Madame Rosa, ancienne prostituée qui recueille des enfants chez elle dans « La Vie devant soi », disponible sur Netflix ce vendredi.

Il aura fallu que le film soit réalisé par son fils, Edoardo Ponti, né de son union avec le grand producteur italien Carlo Ponti, décédé en 2007, pour qu'elle accepte de revenir à l'écran. Elle a également eu un faible pour ce récit adapté du roman de Romain Gary, écrit sous le pseudonyme d'Emile Ajar, Prix Goncourt en 1975. « L'histoire de cette femme m'a touchée, a-t-elle déclaré dans Paris Match. Ça en dit beaucoup sur notre société. C'est une critique de l'humain… »

Dans le film, Madame Rosa, ancienne prostituée au grand cœur qui recueille dans son appartement du sud de l'Italie des gamins en perdition, accepte à contrecœur de loger chez elle Momo, petit réfugié sénégalais de 12 ans, un dur à cuire qui n'en fait qu'à sa tête. Au départ, le face-à-face entre Rosa, généreuse mais au caractère bien trempé, et Momo, trublion qui a appris à survivre en jouant les mules pour un dealer, s'avère plus qu'orageux. Mais ces deux-là ont des failles qui vont les rapprocher. Rosa, atteinte d'un début d'Alzheimer, se réfugie dans sa cave où elle se remémore ses tragédies. Juive et rescapée de la Shoah, elle a connu l'enfer d'Auschwitz qui la traumatise encore. Momo, lui, rêve de son paradis perdu, de sa famille disparue, et s'imagine chaque soir s'endormir dans les bras d'une lionne. De plus en plus soudés, Momo et Rosa vont finir par s'aimer d'un amour filial, et le gamin va aider la vieille femme à accomplir sa dernière volonté…

Etonnante dans le rôle de Madame Rosa

Le roman, extraordinaire, a connu plusieurs adaptations, dont la plus fameuse en 1977 signée Moshe Mizrahi, avec Simone Signoret dans le rôle de Rosa. Cette transposition était alors très fidèle au livre. Ce n'est pas le cas de celle d'Edoardo Ponti, qui a choisi de faire trop de raccourcis dans la chronologie de la relation entre Rosa et Momo, ce qui nuit considérablement à la crédibilité du film.

Mais cette « Vie devant soi » vaut tout de même le coup d'œil pour ses deux têtes d'affiche. Sophia Loren, étonnante dans ce mélange de fermeté, de douceur, de dignité et de générosité, incarne à la perfection tout le tragique et le merveilleux du personnage. Face à elle, le jeune Ibrahima Gueye, dont c'est le premier rôle, crève l'écran et sa complicité avec la grande Sophia est palpable. En lui donnant la réplique avec mordant, il offre à la comédienne un retour en grâce. Au point que le magazine américain spécialisé Variety, sorte de bible à Hollywood, vient de la choisir à cette occasion pour la mettre en couverture de son numéro hors-série Variety Legends. retour d'une légende, c'est bien ça…

LA NOTE DE LA RÉDACTION : 3/5

«La Vie devant soi», de Edoardo Ponti (2020), avec Sophia Loren, Ibrahima Gueye, Abril Zamora… 1h34.