«La Mission» sur Netflix : un grand western qui ouvre des horizons

Tom Hanks et la jeune Helena Zengel brillent dans ce film contemplatif inédit, signé Paul Greengrass. Un long-métrage qui fait du bien.

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 Le capitaine Kidd, incarné par Tom Hanks, veut aider la jeune Johanna, interprétée par Helena Zengel, à retrouver sa famille.
Le capitaine Kidd, incarné par Tom Hanks, veut aider la jeune Johanna, interprétée par Helena Zengel, à retrouver sa famille. Netflix

Inutile de chercher des défauts à « La Mission », lancé sur Netflix ce mercredi 10 février : le film n'en a pas. Enfin si, juste un, son titre français absolument bateau, alors que l'original, « News of the world », colle tellement mieux à son récit. Ces « nouvelles du monde », ce sont celles que donne, chaque jour, le capitaine Jefferson Kyle Kidd, ancien vétéran décoré qui sillonne le Texas en carriole avec des journaux afin d'en faire la lecture aux habitants des villages isolés.

Nous sommes en 1870, dans un pays divisé cinq ans après la fin de la Guerre de Sécession, et le capitaine Kidd, la soixantaine, qui a combattu dans trois conflits, est devenu colporteur de nouvelles. Pas toujours facile d'exercer dans cet Etat du Sud dont les habitants nourrissent beaucoup de rancœurs et pansent leurs traumatismes. Mais le vieux soldat a un talent de lecteur hors pair, et il n'a pas peur de voyager en bravant les dangers, tribus indiennes, anciens soldats du Sud reconvertis en miliciens et bandits de grand chemin qui guettent à chaque recoin.

Un matin, entre deux villages, Kidd va se retrouver nez à nez avec une « enfant sauvage » de 10 ans, Johanna. D'origine allemande, enlevée il y a six ans par une tribu qui a massacré ses parents, la voilà à nouveau orpheline et errante car sa nouvelle famille a été décimée. Elle ne parle qu'un dialecte, avec quelques bribes d'allemand. Kidd accepte de la convoyer chez son oncle et sa tante, près de San Antonio. Un voyage périlleux s'annonce en diligence, au travers de paysages à couper le souffle, mais dans des conditions extrêmes qui vont rapprocher ces deux âmes perdues - Kidd est aussi hanté par une tragédie, le décès de sa femme à San Antonio où ce sauvetage le ramène à contrecœur -, qui communiquent avec les mains.

Tom Hanks à son meilleur

C'est Paul Greengrass, réalisateur de « Jason Bourne », qui signe ce film magnifique, produit par Universal et sorti en salles aux Etats-Unis. Pour l'occasion, il a réembauché Tom Hanks, avec qui il avait tourné « Capitaine Phillips » en 2013. Un Tom Hanks à son meilleur : il joue ce Captain Kidd bourru avec une réserve d'une sidérante justesse, en lui apportant une grande humanité. Il devrait figurer en bonne place dans les prochaines nominations aux Oscars qui seront annoncées à la mi-mars.

Il ne faut pas oublier pour autant la formidable Helena Zengel, 12 ans, jeune comédienne allemande révélée l'an dernier dans l'incroyable « Benni ». Elle campe Johanna de manière très enlevée, sans voler la vedette à Hanks, mais en formant avec lui un duo qui fait merveille.

Mais « la Mission » n'est pas qu'un film d'acteurs. Paul Greengrass n'aura pas non plus volé sa future nomination aux Oscars tant il donne une tonalité éblouissante à son long-métrage. D'abord en laissant le temps à ses images somptueuses de s'installer dans la durée, plaçant le spectateur dans une position contemplative, une fête pour les yeux qui ouvre des horizons dans cette période où l'on est privé de voyages et de grands espaces. Surtout en parvenant, avec un récit qui évoque guerres, massacres, tragédies intimes ou collectives, à tirer son western et ses personnages vers la lumière. Malgré les sujets abordés, « la Mission » est un film qui fait un bien fou.

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LA NOTE DE LA RÉDACTION : 4,5/5

« La Mission », western de Paul Greengrass (2021) sur Netflix, avec Tom Hanks, Helena Zengel, Elizabeth Marvel… 1h59.