Des Invalides aux naturistes masqués à la Cinémathèque : un week-end spécial de Funès

Une visite réservée aux naturistes de l’exposition consacrée à l’acteur à la Cinémathèque dimanche matin a suivi une projection prestigieuse de « Rabbi Jacob » dans la cour d’honneur des Invalides samedi soir.

Projection exceptionnelle et prestigieuse samedi soir, visite insolite d'une exposition dimanche matin : les hommages à Louis de Funès auront varié entre les extrêmes en l'espace de douze heures ce week-end.

Samedi soir, c'est le musée des Armées et la mairie du VIIe arrondissement qui convie 600 spectateurs – sur inscription préalable – à une projection des « Aventures de Rabbi Jacob » dans la cour d'honneur de l'hôtel des Invalides, là même où une scène du film avait été tournée par Gérard Oury en 1973. Ce dans le cadre des célébrations des 350 ans des Invalides.

Dès 20 heures, les anonymes, masqués, rejoignent par petits groupes les chaises disposées face à un écran géant, tandis qu'un joueur de flûte de pan interprète des musiques de Vladimir Cosma, compositeur de la bande originale, qui a fait le déplacement. « On a l'impression d'avoir les Invalides pour nous, se réjouit Jacqueline, 69 ans, habitante du quartier. J'ai vu Rabbi Jacob à de nombreuses reprises, mais le revoir là où il a été tourné, c'est un privilège ». Christian, venu des Hauts-de-Seine avec sa femme et leurs trois enfants, trouve la formule du soir : « C'est un film patrimonial projeté dans un lieu de patrimoine ! »

Projection de « Rabbi Jacob » dans la cour d’honneur des Invalides.LP/Renaud Baronian
Projection de « Rabbi Jacob » dans la cour d’honneur des Invalides.LP/Renaud Baronian  

La maire du VIIe, Rachida Dati, confirme, ravie de montrer aux Invalides « un film incontournable du cinéma français, un film de communion et de réconciliation ». Avant que les premières images n'apparaissent sur l'écran, la réalisatrice et scénariste Danièle Thompson, fille de Gérard Oury qui a cosigné le scénario avec son père, émerveillée par la statue de Napoléon qui domine l'écran, ne cache pas son émotion : « Mon père aurait été heureux et fier de voir Rabbi Jacob montré ici, où il a passé tant de temps pour mettre au point cette longue scène. Beaucoup d'entre nous l'ont vu à la télé, mais c'est une autre expérience de le voir avec le public qui rit… »

La projection sera marquée par de petits coups de vent qui déforment parfois légèrement l'écran et un son un peu défaillant, mais quel plaisir de voir de Funès s'étonner « en grand » face à Henri Guybet : « Comment Salomon, vous êtes Juif ? »

« Le naturiste est concomitant au gendarme »

Changement radical d'ambiance ce dimanche matin. A 9 heures tapantes, les premiers naturistes franchissent les portes de l'exposition consacrée à Louis de Funès jusqu'au 31 mai 2021 à la Cinémathèque française (Paris XIIe). C'est l'Association des naturistes de Paris (ANP) qui en a fait la demande, très vite acceptée par la Cinémathèque. Parce que « le naturiste est concomitant au gendarme », sourit Alain Kruger, commissaire de l'exposition, en référence à certains passages des « Gendarmes de Saint-Tropez », dont de Funès était la star.

Le malicieux Kruger s'est demandé si lui aussi devait venir dépourvu de tout textile pour les accueillir, avant d'avoir une autre idée : il est costumé en gendarme. Ce qui ajoute à l'ambiance surréaliste de cette matinée réservée aux naturistes : tandis qu'hommes et femmes de tous âges, dont certains sont venus en famille, déambulent dans le parcours de l'exposition, le maître des lieux joue du sifflet pour les amuser – ou les faire sursauter.

A droite, déguisé en gendarme, le commissaire d’exposition, Alain Kruger s’amuse à jouer du sifflet devant les visiteurs. LP/Jean-Baptiste Quentin
A droite, déguisé en gendarme, le commissaire d’exposition, Alain Kruger s’amuse à jouer du sifflet devant les visiteurs. LP/Jean-Baptiste Quentin  

Les naturistes – plus de 200 prévus dans la matinée – admirent les affiches, extraits, décors et voitures des films de Louis de Funès dans le plus simple appareil. A un détail près : mesures sanitaires obligent, ils sont tous masqués, ajoutant à l'atmosphère décalée de cette visite. « Le masque ne me gêne pas plus que lorsque je suis habillé », rigole Laurent Luft, président de l'ANP. S'il a demandé et obtenu cette séance spéciale pour son association, c'est « parce qu'au-delà du clin d'œil, il y a un rapport amical entre gendarmes et naturistes, qui, précise-t-il, adorent cette série de films. »

Laurent Luft avance une hypothèse toute personnelle sur Louis de Funès : « Quand on regarde sa filmographie, on constate qu'il n'était jamais réticent à montrer son corps, à être filmé en caleçon. Je ne serai pas étonné si j'apprenais qu'il était naturiste dans sa vie privée… »

« Il y a un rapport amical entre gendarmes et naturistes », assure Laurent Luft, président de l’ANP.LP/Jean-Baptiste Quentin
« Il y a un rapport amical entre gendarmes et naturistes », assure Laurent Luft, président de l’ANP.LP/Jean-Baptiste Quentin  

Tandis que ce parcours « à poil » bat son plein, un petit groupe de naturistes se forme devant le grand écran où est projetée une compilation d'extraits montrant de Funès dansant dans ses films. Lorsque la scène de danse folklorique juive de « Rabbi Jacob » arrive, ils ne tiennent plus : les voilà qu'ils l'imitent, mais eux sans la tenue traditionnelle, sans tenue du tout. Etonnant…