Covid-19 : dans les salles, le masque obligatoire, ce n’est plus du cinéma

Il faudra bientôt avoir le visage couvert durant toute la séance, au cinéma mais aussi au théâtre. Les exploitants s’y préparent déjà.

 En zone rouge, comme à Paris ou à Marseille, les spectateurs devront respecter la distanciation sociale et garder leur masque, même durant la séance. (Illustration)
En zone rouge, comme à Paris ou à Marseille, les spectateurs devront respecter la distanciation sociale et garder leur masque, même durant la séance. (Illustration) PHOTOPQR/« L’Alsace »/Vincent Voegtlin/Maxppp

Il était déjà obligatoire dans la file d'attente, dans les halls ou lorsqu'on se déplaçait. L'obligation du masque va désormais être permanente dans les salles de cinéma comme de théâtre. Seule inconnue, la date d'application de cette nouvelle mesure. Celle-ci, ainsi qu'un plan de relance global de 2 milliards d'euros consacrés à la culture, a été annoncée ce mercredi matin par le Premier ministre Jean Castex, sur France Inter.

Le masque obligatoire remplacera la distanciation (un siège d'écart entre chaque spectateur) dans les salles, du moins dans les zones vertes de l'Hexagone. Dans les zones rouges, où le virus circule de façon active, comme à Paris ou à Marseille, la distanciation, ainsi que le port du masque seront indissociables. Un nouveau tour de vis pour les cinémas, déjà réduits à limiter leurs sites à 50 % de leur capacité, et dont beaucoup ont supprimé les séances du matin ou de fin de soirée, face à une fréquentation en berne, environ un tiers de la normale. Une décision qui fait bondir Richard Patry, président de la Fédération nationale des cinémas français : « C'est une mesure stigmatisante, le cinéma est le seul endroit où l'on doit appliquer cette double mesure, masque et distanciation. C'est la double peine, c'est impossible. »

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Pourtant, tous s'y attendaient, car les temples du 7 e art restaient jusqu'à présent un des derniers lieux clos où se protéger la bouche et le nez n'était pas obligatoire. Alexandre Hellmann, le directeur du cinéma le Grand Rex, à Paris, accueille donc la mesure sans étonnement : « On va tout mettre en œuvre pour faire appliquer cette obligation. Il faut empêcher les gens de faire n'importe quoi. » « Le virus doit être éradiqué, souligne-t-il. Je préfère que ce soit plus dur sur le moment, et que ce soit fini le plus vite possible ». Et le directeur se montre ferme quant aux conséquences pour ceux qui ne respecteront pas la règle : « Pendant le film, les vigiles feront plusieurs fois le tour des salles, car il y aura toujours des petits malins qui enlèveront leur masque dès que les lumières s'éteindront. S'ils ne veulent pas le mettre, on les mettra dehors », prévient-il.

« Fausse bonne idée »

Même si le décret n'est pas encore signé, Charlotte Prunier, directrice du cinéma les 3 Luxembourg, à Paris, ne veut pas perdre de temps : « On a appliqué la mesure dès l'annonce de Jean Castex. » Et elle fait confiance à son public de cinéphiles : « Une bonne partie d'entre eux gardaient déjà leur masque en salle. Ils sont autodisciplinés et ont joué le jeu. Par contre, on ne pourra jamais contrôler s'ils le gardent durant le film, on ne va pas faire la police pour ne pas déranger les spectateurs. »

La responsable estime que le port du masque imposé ne peut que rassurer les spectateurs : « Je ne pense pas qu'il y aura un impact particulier sur la fréquentation des salles. Là où ça pourrait être un frein, c'est sur la confiserie. Pour ceux qui en vendent, c'est une source de revenus essentielle. »

Reste à connaître la date fatidique à laquelle le masque deviendra obligatoire. Une réunion s'est déroulée ce mercredi entre le gouvernement et la Fédération nationale des cinémas français (FNCF) pour établir la marche à suivre et entamer des négociations sur les mesures à adopter, qui devraient être rendues publiques dans les jours à venir. Du côté des grands circuits, Gaumont-Pathé et UGC, contactés ce mercredi, ne souhaitent pas réagir tant que le décret n'a pas été publié.

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De son côté, Bertrand Thamin, président du Syndicat national du théâtre privé (SNDTP), estime que si la mesure va dans le bon sens, elle semble très difficile à appliquer : « Si on veut que les gens reviennent dans les salles de spectacle, il faut des mesures simples. A savoir la fin de la distanciation et le port du masque obligatoire. Pourquoi rajouter de la complexité avec cette histoire de départements en zone rouge ? Comment fait-on si nous avons des places réservées et que l'on passe en cote d'alerte du jour au lendemain ? C'est encore une fausse bonne idée imaginée dans des bureaux du ministère… »

Deux milliards pour la Culture, et beaucoup de questions

L’annonce était très attendue. Mercredi matin, Jean Castex a dévoilé la part consacrée à « l’ensemble du monde de la culture » dans le plan de relance de 100 milliards : 2 milliards d’euros. Soit, le compte est vite fait, 2 %… Suffisant ? En attendant la réunion qui doit se tenir jeudi après-midi, les représentants du spectacle vivant privé (concerts, festivals, théâtre, cabarets…) ont accueilli ces déclarations avec beaucoup de prudence. « Je ne suis ni enjoué, ni négatif. C’est un chiffre brut. Tant que nous ne connaissons pas son affectation et sa ventilation, difficile d’en dire plus. Nous serons fixés demain », analyse Daniel Stevens, président du syndicat des cabarets.

Même son de cloche chez Bertrand Thamin, pour le théâtre privé. « Il y a un effet d’annonce. Mais qu’y a-t-il pour nous dans ces 2 milliards ? Nous sommes encore dans le flou et nous avons besoin d’éclaircissements ». Lui aussi dans « l’expectative », le producteur de concerts, Pierre Alexandre Vertadier (Soprano, Alain Souchon, Christophe Maé…) retient cependant « un message positif. Un discours clair que nous avions besoin d’entendre ». Lors d’une précédente réunion, les représentants du spectacle privé avaient réclamé un plan d’aide à hauteur de 300 millions d’euros pour leur secteur. Ils espèrent en avoir la confirmation demain jeudi.