Avec «Collisions», l’art contemporain prend la défense des animaux

A travers ses œuvres, le plasticien Sylvain Wavrant installé à Rouen aborde la première cause de mortalité animale : la circulation routière.

 Sylvain Wavrant sensibilise son public aux collisions, première cause de mortalité animale dans le monde.
Sylvain Wavrant sensibilise son public aux collisions, première cause de mortalité animale dans le monde. Fred Mangueron

Solognot d'origine, diplômé de l'école des Beaux-Arts et fondateur du collectif Nos Années Sauvages, Sylvain Wavrant a grandi entouré de trophées de chasse. Dans l'immense espace naturel de son enfance, il a développé une véritable fascination pour l'animal sauvage au point de « trouver ma voie et de dédier ma vie à cette cause ». Alors, pour s'exprimer, il n'a pas choisi la gouache ou la terre ! Il est devenu taxidermiste-plasticien.

« La peau est mon médium. Il n'y a rien de mieux que l'animal pour parler de l'animal. Je récupère des dépouilles autorisées par la législation. Beaucoup d'artistes utilisent cette technique. J'essaye de relever le blason de la taxidermie pour montrer cette violence faite aux animaux afin de sensibiliser le public. Pour dévoiler notre vanité et notre responsabilité quotidienne et collective. S'identifier à l'animal est pour moi une réelle nécessité. »

« Un phénomène sous-estimé et en progression »

Son premier travail baptisé « Roadkill » remonte à 2017 lorsqu'il a mélangé « des animaux tués par des véhicules et des pièces mécaniques pour parler des accidents de la route. Le trafic routier tue chaque année de façon directe ou indirecte des millions de spécimens et menace de disparition des espèces, dénonce Sylvain Wavrant. C'est un phénomène sous-estimé et toujours en progression avec la densification des réseaux, l'augmentation du nombre de véhicules et de leur vitesse moyenne. Je veux que mes sculptures soient un véritable manifeste ! »

Son exposition était visible à la Fabrique des Savoirs à Elbeuf (Seine-Maritime) : les visiteurs ont adoré ou détesté, mais ne sont jamais repartis sans réaction. L'artiste a donc poursuivi ses recherches afin d'aborder la thématique de manière plus « sociale, économique et politique. Qu'est-ce que cela implique ? Quel impact dans la vie des hommes ? »

Une collision toutes les 5 minutes dans la région

Ainsi est né son projet « Collisions »*, réalisé dans le cadre de la Résidence Mission-Création Arts et Sciences et déjà récompensé par le Prix Créatif 2018 de la Métropole Rouen Normandie et par la Bourse Impulsion Arts Visuels 2018 de la ville de Rouen. Sylvain Wavrant a choisi le format du triptyque pour poursuivre son œuvre.

« D'abord, sur 12m², j'ai créé une carte de la Normandie recouverte de peaux d'animaux accidentés. Pour ajouter une valeur vivante, car il y a une collision toutes les 5 minutes dans la région, les grands axes routiers ont été représentés dessus par un circuit de leds, en collaboration avec le Groupe Mammalogique de Normandie et des étudiants-ingénieurs de l'Esigelec. Au fil du temps, les accidents seront animés sur la carte… »

Une série de vidéo-témoignages émouvants

En complément, le plasticien a travaillé avec la réalisatrice Sandrine Reisdorffer sur une série de vidéo-témoignages : « C'est un assemblage. Pendant une année, nous avons enregistré plus d'une centaine de témoignages d'accidents. Chacun a essayé de raconter son expérience de collision sous forme d'histoire, de colère, de tristesse, de nostalgie. Avec beaucoup d'émotion. C'est multiple et riche, car cela a un caractère universel. C'est arrivé ou cela arrivera à tout le monde. Malheureusement, en l'état, c'est inévitable. »

Un site pour sensibiliser les conducteurs

Enfin, Sylvain Wavrant veut laisser une trace et poursuivre son œuvre. Alors, sur le site projetcollisions.org, il regroupe tous les éléments de son exposition, les vidéos et les études scientifiques. « Il sera alimenté progressivement et régulièrement. Mon acharnement sera toujours de sensibiliser les conducteurs, les élus et les ingénieurs. Il faut avancer sur ce sujet du quotidien si important pour notre vie. Il faut changer les choses et les moyens existent. On peut déjà rouler moins vite et tracer moins de routes. C'est mon rôle d'artiste contemporain de dénoncer et agir. L'animal, c'est la contemplation, la poésie. C'est surtout le miroir innocent de l'homme. On lui doit le respect! »

*« Collisions », du 9 octobre au 12 novembre à l'Université des Sciences et Techniques, avenue de l'Université 76800 Saint-Étienne-du-Rouvray.