A Nîmes, la féria se joue en sourdine

La traditionnelle féria des Vendanges a débuté vendredi à Nîmes avec le strict respect des gestes barrière, tradition maintenue dans une ambiance étrange mais nécessaire pour les organisateurs et les commerçants.

 Nîmes (Gard), vendredi 18 septembre. Les cuivres des Barons Corrados sont revenus jouer dans les rues pour la féria comme par le passé.
Nîmes (Gard), vendredi 18 septembre. Les cuivres des Barons Corrados sont revenus jouer dans les rues pour la féria comme par le passé. LP/Christian Goutorbe

En ce vendredi de féria des Vendanges, le boulevard Victor-Hugo de Nîmes (Gard) sonnait creux vendredi. Les rues adjacentes sont modérément patrouillées par des festaïres masqués, qui se demandent bien comment ils pourront étancher leur soif impérieuse de fiesta. « L'an passé, on faisait la fête dans la rue. On dansait, il y avait de la musique. A la féria, on se laisse porter, par les amis, par la foule. Là, on ne peut même plus bouger… », assurent Justine, 29 ans, et Elsa, 23 ans, dont les yeux se plissent lorsqu'elles convoquent les images des folles nuits du passé.

Aujourd'hui, la promiscuité, les bodegas, les comptoirs de rue et la consommation debout sont proscrits, ce qui a poussé la brasserie des Antonins, aux portes des Arènes, à baisser le rideau, « faute de pouvoir faire respecter les mesures lorsque les gens ont bu », estime Christophe Brunetti, le patron.

« Les règles sont connues de tous et respectées. On n'a même pas à faire la police », explique Marie-Lou Pierron, responsable du Napoléon, une institution de la féria où, cette fois-ci, on a oublié le DJ perché, les fumigènes, les spots et la musique sur le boulevard et son fleuve humain compact et infranchissable. Mais ça, c'était avant !

Limitation dans les arènes aussi

« Les mesures qui ont été prises en accord avec le préfet du Gard (NDLR : le département est en zone rouge) sont comprises, acceptées, respectées. Il s'agit d'éviter que les gens s'agglutinent, se regroupent. Le maintien de cette féria des Vendanges est important socialement et économiquement pour les commerces qui ont beaucoup souffert de cette crise sanitaire. Comme il est important de maintenir cette tradition », explique Julien Plantier, premier adjoint à la mairie de Nîmes. Celui-ci se réjouit d'une première nuit sans incident majeur avec mobilisation maximale des forces de l'ordre pour la sécurité et les mesures sanitaires.

Dans les arènes, Simon Casas, pape français de la tauromachie mondiale (NDLR : il dirige les arènes de Madrid, Valence, Alicante et Nîmes), a programmé cinq corridas. « C'est la seule féria qui aura lieu cette année en Europe. C'est ma manière de dire qu'il faut croire à la vie. Qu'il faut continuer à vivre ensemble, au moment où toute la population souffre de dépression psychologique et de l'humeur. Cela permet aussi une irrigation économique de la ville », explique Casas, contraint de réduire la jauge à 4000 passionnés masqués. Mais hier, lorsque les toreros et leurs aides ont foulé le sable, la clameur a été d'une exceptionnelle intensité après des mois de silence. Au-dehors, les cuivres des Barons Corrados sèment leur musique dans les rues sous un ciel de plomb d'avant l'orage. « Ce n'est pas vraiment une féria mais on va quand même donner de la joie », explique Jimmy, chef de la pena.

Pour la première fois depuis trente-six ans, je ne ferai pas la féria », ajoute Corinne Pinna, commerçante, fataliste, dans une cité de la fête placée en sourdine sanitaire, totalement expérimentale.