A Aubusson, «Princesse Mononoké» et «Le Voyage de Chihiro» vont inspirer 5 tapisseries

La Cité internationale de la tapisserie d’Aubusson a entrepris de créer des tapisseries tirées de l’œuvre de Hayao Miyazaki, dont «Princesse Mononoké», «Le Voyage de Chihiro» et «Le Château ambulant».

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 Cité internationale de la tapisserie, Aubusson (Creuse), le 14 décembre 2020. Delphine Mangeret, dessinatrice cartonnière, et Emmanuel Gérard, directeur, devant l’image tirée du film « Princesse Mononoké », qui deviendra une tapisserie.
Cité internationale de la tapisserie, Aubusson (Creuse), le 14 décembre 2020. Delphine Mangeret, dessinatrice cartonnière, et Emmanuel Gérard, directeur, devant l’image tirée du film « Princesse Mononoké », qui deviendra une tapisserie. LP/Franck Lagier

Vingt-trois mètres carrés. Tendue sur un mur, l'image du guerrier Ashitaka et de sa monture Yakul, au pied d'une fontaine, impressionne par sa taille, ses détails, son jeu d'ombre et de lumières. Quand Emmanuel Gérard, directeur de la Cité internationale de la tapisserie s'approche de ce dessin on le dirait comme happé par la profonde forêt de cèdres.

C'est ici, à Aubusson, en Creuse, que seront, ces prochaines années, tissées cinq images tirées de l'imaginaire du célèbre dessinateur japonais Hayao Miyazaki : dont cette scène en forêt, issue du film d'animation « Princesse Mononoké », ainsi que « Le Voyage de Chihiro », « Le Château ambulant », « Princesse Mononoké » et « Nausicaä de la Vallée du Vent ». Un univers féerique qui va se mêler à la tradition séculaire d'Aubusson…

De prime abord, le rapport n'est pas évident entre la tapisserie, parfois considérée comme désuète ou réservée aux décorations murales de châteaux poussiéreux et l'esthétique du dessinateur japonais. « Pas mal d'œuvres anciennes racontent une histoire. Miyazaki lui aussi crée des sujets à forte dimension narrative. Un public contemporain est susceptible de s'y intéresser », justifie au contraire Emmanuel Gérard.

Un vent de modernité souffle sur la tapisserie

Des sauts dans le temps. Voilà ce que propose la cité internationale dédiée à l'art de la tapisserie. Quand on pousse les portes de ce bâtiment moderne et coloré, on peut admirer la plus vieille œuvre retrouvée à ce jour, datant de 1480. Puis se plonger dans le monde magique du « Seigneur des anneaux » ou du « Hobbit ». Comme si, depuis le classement de la tapisserie d'Aubusson au patrimoine immatériel de l'Unesco en 2009, soufflait sur cette institution française un vent de modernité.

Parallèlement à la création d'un fonds contemporain débouchant sur des collaborations avec de jeunes créateurs, la cité s'est attaquée, à partir de 2017, à une dizaine d'œuvres de JRR Tolkien. Avec Miyazaki, le projet estimé à 750 000 euros est né comme une évidence. « Aiko Konomi, une ancienne élève de la cité, japonaise d'origine, nous a mis en contact via son père avec le responsable du studio Ghibli. En même pas un an, on avait signé alors qu'il nous avait fallu quatre années de négociations avec les ayants droit de Tolkien », raconte le directeur.

«Princesse Mononoke», première tissée

La gigantesque tenture issue de « Princesse Mononoke » sera la toute première à être tissée. « Ce carton, placé sous les fils de chaîne, servira de guide pour les lissiers », détaille Delphine Mangeret, dessinatrice cartonnière. Une sorte de modèle dont toutes les indications, la gamme chromatique, la matière, la finesse du tissage seront scrupuleusement suivies par les artisans. « C'est une étape essentielle, note Emmanuel Gérard. Tout ce travail préparatoire permet de déterminer en amont comment seront traités la lumière, l'humidité sur les rochers, les effets de profondeur, etc. »

Les lissiers feront alors naître cette tapisserie, pas à pas, sur un métier à tisser long de 8 mètres. Quatre à cinq personnes y travailleront. L'œuvre s'enroulera sur elle-même et ce n'est qu'à la toute fin, lors de la « tombée de métier » qu'on pourra enfin la découvrir dans sa globalité. Des coulisses de fabrication expliquées aux 40 000 visiteurs qui poussent chaque année les portes de la cité. La filière, qui faisait vivre 2000 personnes au début du XXe siècle, n'en emploie plus que 200. Mais le public intéressé par cet art séculaire est désormais plus large et plus jeune. Notamment grâce à Tolkien et Miyazaki.