350 dessins de Cabu exposés : «Ce qui me fera le plus plaisir, c’est d’entendre les gens se marrer»

L’exposition « Le rire de Cabu », à l’hôtel de ville de Paris, rend un hommage joyeux en 350 dessins au dessinateur assassiné en 2015. Visite en compagnie de Véronique Cabu, son épouse, et du commissaire de l’exposition.

 Dès l’entrée de l’exposition, un portrait grandeur nature de Cabu nous accueille derrière son bureau en joyeux bordel.
Dès l’entrée de l’exposition, un portrait grandeur nature de Cabu nous accueille derrière son bureau en joyeux bordel. LP/Delphine Goldsztejn

« L'envie, c'est d'abord de faire rire… Je ne délivre pas de message. » La tête légèrement penchée sur le côté, un petit sourire aux lèvres et le regard malicieux, Cabu, attablé devant un café, nous parlait de son travail. C'était quatre mois seulement avant l'attaque de « Charlie Hebdo ». Pour rendre hommage à ce Cabu là, éternel pourfendeur de la bêtise mais pas donneur de leçons, une exposition à l'Hôtel de ville de Paris, gratuite, regroupe 350 dessins, dont certains inédits, dans un foisonnement savamment orchestré.

« Ce qui me fera le plus plaisir, c'est d'entendre les gens se marrer. S'il y a des éclats de rire, je me dirai qu'on a gagné à faire revivre la mémoire de Cabu », glisse en préambule Véronique Cabu, femme toujours fragilisée, volontairement effacée, mais qui, depuis cinq ans, de livres en expositions, poursuit cet unique but. Presque une mission. « Avec Anne Hidalgo, on en a parlé dès 2015 de cette expo. Nous sommes tombés tout de suite d'accord sur ce thème et sur ce titre : Le rire de Cabu. »

À l'entrée, un joyeux bazar et un sourire accueillent le visiteur. Le dessinateur est là, en photo grandeur nature, derrière son bureau, reconstitué pour l'occasion. Un fatras inextricable, débordant de feuilles, livres, journaux et objets divers, intimement imbriqués. « Bienvenue dans le bordel de Cabu ! C'était un homme qui gardait tout mais ne rangeait rien. Le reste de l'exposition, c'est ça : on a un peu fait le tri pour lui », s'amuse Jean-François Pitet, ami du dessinateur et commissaire de l'exposition.

Le grand Duduche, « reflet de Cabu » avec son côté rêveur et ses valeurs post-soixante-huitardes, occupe une bonne place dans l’expo./LP/Delphine Goldsztejn
Le grand Duduche, « reflet de Cabu » avec son côté rêveur et ses valeurs post-soixante-huitardes, occupe une bonne place dans l’expo./LP/Delphine Goldsztejn  

Des cartons et des archives, les personnages emblématiques de Cabu ont bondi comme des diables sortant de la boîte. Sur les murs, le Beauf est plus bête et franchouillard que jamais, le grand Duduche toujours un peu rêveur, amoureux de la fille du proviseur et pacifiste. « Lui, c'est vraiment le reflet de Cabu, avec ses blagues de potache et la défense de valeurs post-soixante-huitardes. Un contrepoint au beauf, une façon d'affirmer qu'il faut rester dans la générosité, l'humanisme et savoir continuer à sourire face à la vie », estime Jean-François Pitet.

« Il était comme une éponge qui absorbait la connerie »

Parmi, les incontournables, il y a aussi Dorothée et son nez immense… « C'était vraiment une blague entre eux, un jeu comme dans un duo comique. Ils avaient une très grande complicité. Cabu a adoré cette période du Club Dorothée. Elle le laissait très libre. Pour lui, c'était une façon de montrer aux enfants que le dessin pouvait amener la liberté. En retour, il recevait des centaines de petits croquis que lui envoyaient les gamins », se souvient Véronique Cabu.

Si, à « Charlie Hebdo » comme au « Canard enchaîné », Cabu, caricaturiste génial, a su créer des personnages inoubliables, il ne faut pas oublier qu'il était aussi, et peut-être surtout, journaliste. Dans une seconde partie de l'exposition, « La France de Cabu », tout est passé à la moulinette de son regard acéré : le sport, qu'il n'aimait pas beaucoup, les jeunes, les femmes, la consommation… « Il était un peu comme une éponge qui détectait et absorbait la connerie, qu'il voyait partout, pour ensuite la restituer en dessins et nous faire rire… Et pour ça, il aimait partir en reportage. Il faut aller sur le terrain, disait-il tout le temps aux dessinateurs de Charlie », raconte son épouse.

Johnny sa tête de turc

Les politiques, de tout bord, comme les peoples, ne sont pas épargnés. « Il avait ses convictions. Mais là aussi, il se comportait d'abord en journaliste, critique et observateur. Il lisait énormément la presse, il adorait Le Parisien notamment, il regardait la télé, écoutait la radio. Ensuite, il essayait de trouver le bon angle », résume Véronique Cabu. N'empêche : Cabu avait aussi quelques têtes de Turcs. Johnny, par exemple, dont une caricature s'étale, énorme et hilarante, sur un mur.

Cabu nous salue dans sa voiture, une Trèfle 1923./LP/Delphine Goldsztejn
Cabu nous salue dans sa voiture, une Trèfle 1923./LP/Delphine Goldsztejn  

On retrouve Cabu, tout sourire sur une grande photo, au volant de sa voiture. Exposé un peu plus loin, le véhicule est à l'image du bonhomme : une Trèfle de 1923, achetée en 1959 et qu'il a toujours gardée, lui qui détestait les voitures. Presque un gag en soi.

À regarder l'image, on pourrait presque entendre Cabu rigoler, de son petit rire communicatif. Au point d'en oublier un peu le chagrin.

« Le rire de Cabu », jusqu'au 9 janvier, salle Saint-Jean, Hôtel de Ville de Paris (IVe). Du mardi au samedi, de 10 heures à 19h30. Entrée gratuite.