«18h30» sur Arte.tv : c’est court, mais c’est bon !

«18h30», la nouvelle websérie d’Arte, prouve qu’un format très court (environ 5 minutes par épisode) peut générer de grandes émotions.

 Dans «18h30», chaque épisode d’environ 5 minutes suit 2 collègues, joués par Pauline Etienne et Nicolas Grandhomme à la sortie de leur travail.
Dans «18h30», chaque épisode d’environ 5 minutes suit 2 collègues, joués par Pauline Etienne et Nicolas Grandhomme à la sortie de leur travail. Arte

Une femme. Un homme. Une sortie de bureau chaque soir à la même heure. Et cinq minutes à peine (le temps de chaque épisode) pour rejoindre le bus. Le point de départ de « 18h30 », nouvelle websérie de haute volée à voir gratuitement sur le site Arte.tv, est d'une simplicité déconcertante. Mais aussi d'une efficacité redoutable.

On regarde par hasard un épisode. Un deuxième. Et puis trois, quatre, cinq… Le temps file (1 h 20 en tout) et les 22 épisodes ont été avalés en une fois. Avec grâce, humour et délicatesse, la série raconte un an dans la vie de Mélissa (épatante Pauline Etienne, repérée dans « le Bureau des légendes ») et Eric (convaincant Nicolas Grandhomme), deux collègues qui peinent à mettre un mot sur leur relation. Finalement, un coup de cœur XXL inversement proportionnel à la durée de ce programme ultracourt.

Thriller sentimental et chronique sociale

Moins de cinq minutes par épisode ? C'est ce qu'on appelle une « série courte ». Un format qui, depuis le succès d'« Un gars, une fille » au tournant du nouveau millénaire, popularise habituellement à la télé des pastilles comiques, efficaces mais sans grand trait d'union d'un épisode à l'autre.

Dans le sillage de « Bref » — truculentes tribulations de trentenaires qui cassaient en 2011 les codes narratifs en 1,45 minute chrono — des séries récentes, au montage nerveux et au ton plus moderne, ont fleuri. Dernières réussites en date : les irrésistibles parodies de «Broute», le déjanté «Têtard» et le singulier «Journal intime» sur Canal + ou bien encore «Craignos» de Jean-Pascal Zadi (le réalisateur de « Tout simplement noir ») sur France.tv.

Mais « 18h30 » creuse sur la longueur un autre sillon, une autre ambition. A la fois comédie romantique, thriller sentimental et chronique sociale, la websérie joue avec brio sur plusieurs tableaux. « On voulait éviter la simple série à sketchs, posent d'emblée Maxime Chamoux et Sylvain Gouverneur, les créateurs. On a grandi dans les années 1990 avec Friends comme référence : l'enjeu était de pouvoir regarder les épisodes séparément avec plaisir mais d'avoir un vrai bonus dans la continuité. »

Confessions intimes

Qui dit format court, dit concept choc, pour marquer les esprits. En plus d'avoir été tourné dans un quartier bordelais au look seventies très atypique qui imprime la rétine, chaque épisode est construit autour d'un unique plan séquence (un seul mouvement de caméra, sans montage). Des contraintes fortes — « il fallait à chaque fois organiser un vrai ballet pour synchroniser le mouvement des figurants, des techniciens, des acteurs, faire attention à la lumière, aux ombres des perches… » — mais qui apportent une identité forte.

3 juillet, affaires courantes | 18h30 | ARTE

« 18h30 », 16 octobre 1993 : Claude Laplanche retrouve les membres de sa femme Béatrice rangés selon la méthode de Marie Kondo. Une enquête détaillée dans « Affaires sensib... Affaires courantes », podcast indispensable à la sortie des bureaux ⏱ arte.tv/18h30

Posted by ARTE on Wednesday, October 14, 2020

En nous immergeant ainsi aux côtés des personnages, dans leurs dialogues mais aussi leurs silences, les réalisateurs lovent le spectateur dans l'intimité de ces deux-là. Et leur donnent le temps de s'attacher à eux, de comprendre leurs sautes d'humeur, leurs virages sentimentaux.

Un parti pris pas évident. « Notre époque a une telle peur du vide… observent les créateurs de la série. Aujourd'hui, il y a une vraie injonction de faire court pour faire court, on craint toujours que les gens s'ennuient. » On ne s'ennuie pourtant pas une seconde devant « 18h30 », délicieuse websérie, légère et profonde, audacieuse et captivante, qui prouve que, décidément, ce n'est pas la taille (de la série) qui compte.

LA NOTE DE LA RÉDACTION : 5/5

«18h30», websérie en 22 épisodes (d'environ 5 minutes) disponible sur arte.tv.

Pépites inédites sur le site d’Arte

Après «18h30», envie de découvrir d’autres séries d’Arte ? La chaîne a lancé ce mois-ci une offre gratuite de pépites inédites exclusivement disponibles sur sa plate-forme en ligne. Avec, pour commencer, cinq fictions britanniques inédites et l’intégrale de la création française «Ainsi soient-ils». Au programme : «A Young Doctor’s Notebook», qui met en scène Daniel Radcliffe («Harry Potter»), «Inside n°9» et son humour noir très british ou bien encore «The Virtues», un drame bouleversant.