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La voiture électrique à 10 000 euros, c’est possible?

Les ventes de voitures électriques ont bondi ces derniers mois. Mais le prix demeure un frein malgré les aides gouvernementales. Le lancement d’une low cost en 2021 par Renault pourrait changer la donne.

 L’engouement pour les véhicules électriques est encore bridé par le coût élevé à l’achat.
L’engouement pour les véhicules électriques est encore bridé par le coût élevé à l’achat. Shutterstock

Premier prix : 21 600 euros, sans les aides publiques. C'est ce qu'il faut a minima débourser pour l'achat d'une voiture 100 % électrique. En l'occurrence une Skoda Citigo, le modèle le moins cher du marché. Avec le bonus écologique (7 000 euros ou 27 % du prix de la voiture), le tarif descend à 15 768 euros. Et si jamais vous avez une vieille guimbarde (un diesel d'avant 2011 ou une essence d'avant 2006) à mettre à la casse, c'est encore 5 000 euros de moins. Adjugé donc à… 9 600 euros. Explications.

Seules les aides peuvent faire tomber le prix sous les 10 000 euros

La voiture électrique à moins de 10 000 euros est déjà une réalité. Skoda Citigo, mais également Seat Mii Electric, Smart EQ Fortwo Coupé, Volkswagen e-Up et autres Renault Zoé ZE50 sont accessibles sous ou autour de ce seuil très symbolique. Mais - car il y a forcément un « mais » - avec des conditions encore extrêmement restrictives. En effet, il est impossible d'atteindre un tel tarif sans les aides substantielles de l'Etat, qui peuvent aller actuellement jusqu'à 12 000 euros. Et c'est bien grâce à elles que les ventes de voitures 100 % électriques aux particuliers ont plus que doublé entre 2019 et 2020, passant de 26 200 à 60 500 exemplaires dans un contexte économique pourtant difficile.

Sauf que ces aides seront revues à la baisse dès le 1er janvier 2021. D'ailleurs, n'espérez pas à ce prix-là vous payer des virées dans toute la France. L'autonomie moyenne de ces petites citadines ne dépasse guère les 200 km. Et encore, lorsque les conditions (température, conduite, relief) sont favorables. Le prix reste - avec l'autonomie - l'un des principaux freins à l'acquisition d'une voiture électrique. Les constructeurs mobilisent donc leurs équipes de recherche et développement pour diminuer les coûts de production, tout en essayant de conserver un niveau de finition et de performances acceptable.

La course entre les constructeurs français

Le défi a notamment été relevé par Renault. La marque au losange, qui commercialise déjà la voiture électrique la plus vendue en France, la Zoé, a annoncé l'arrivée au printemps 2021 d'une petite nouvelle qui devrait faire du bruit, même avec un moteur 100 % silencieux : la Dacia Spring, première low cost électrique. Une arme sans doute efficace pour affronter l'offensive à venir de certains concurrents sur ce même créneau.

A commencer par son concurrent le plus immédiat, PSA, dont l'objectif premier est de s'attaquer au coût de la batterie. Celui-ci représente en effet 40 % du prix final de la voiture électrique. « Pour cela, nous nous sommes associés à Total, dans le cadre d'une coentreprise, ACC, pour Automotive Cells Company, explique un porte-parole du groupe. Avec pour objectif de fabriquer nos propres accumulateurs, à Nersac, en Nouvelle-Aquitaine. Et ainsi de faire baisser les prix. »

L'une des cinq marques du groupe, Citroën, a lancé au mois de mai la très iconoclaste Ami. Vendue à 6000 euros (une fois déduit le bonus de 900 euros), cette micro-urbaine sans permis a séduit en quelques semaines 1700 acheteurs. Déjà au CES de Las Vegas, en 2018, l'équipementier automobile français Valeo avait surpris en montrant qu'il était possible de concevoir une voiture 100 % électrique bien moins chère, à partir d'un moteur de plus faible tension (48 volts). Citroën a voulu démontrer avec l'Ami, équipée de ce même moteur produit en France, à Etaples (Pas-de-Calais), que le concept se déclinait en série.

Au-delà de ce produit pour le moment anecdotique, PSA ambitionne de commercialiser 12 modèles électriques d'ici à l'an prochain. Et 100 % de ses modèles proposeront une version électrique ou hybride d'ici à 2025. Le groupe ne précise toutefois pas si l'un d'eux se positionnera comme un concurrent de la Spring.

La Chine vise aussi le marché européen

D'ici là, la Chine n'aura pas manqué de faire parler d'elle dans le domaine de la voiture électrique low cost. Forte de sa position de premier producteur mondial de batterie, le pays souhaite revenir rapidement à la conquête du marché automobile européen, après une première tentative avortée dans les années 2000. « L'offensive se fera effectivement via l'électrique, confirment Jean-Michel Prillieux et Jamel Taganza, du cabinet Inovev, spécialiste du marché automobile. La Chine mobilise des moyens colossaux pour dominer cette technologie et faire encore baisser les prix. Elle s'appuiera pour cela sur la puissance de son marché local et ses 30 millions d'automobiles vendues par an. Soit un tiers de la production mondiale. »

Un autre acteur de l'électrique, et non des moindres, place également ses pions : Elon Musk. Dans une récente série de tweets, le médiatique patron de Tesla a annoncé le lancement d'ici à trois ans d'une voiture électrique à 25 000 dollars (environ 21 300 euros) en divisant par deux le coût de ses batteries. Pas vraiment du low cost, mais tout de même une avancée stratégique pour une marque dont le premier prix démarre généralement plutôt autour de 50 000 dollars (environ 42 700 euros). Preuve, s'il en est, que l'avenir de l'électrique passera bien par une offre plus accessible.

La voiture électrique à 10 000 euros, c’est possible?
Renault Zoé, Peugeot e-208, Tesla Model 3, Hyundai Kona : leurs plus et leurs moins

RENAULT ZOÉ

Ses plus : son rapport qualité prix, sans doute l’un des meilleurs des électriques. La dernière version de la Zoé (la première est sortie en 2012) allie le plaisir de conduire à des performances (reprise, autonomie, tenue de route) surprenantes pour une voiture de cette gamme et de cette catégorie.

Ses moins : une finition un peu approximative à certains endroits, un chargeur un peu faiblard.

PEUGEOT e-208

Ses plus : l’excellent niveau de finition, le comportement routier et les performances, dignes d’une thermique sportive, ainsi que la ligne, l’originalité de l’habitacle et du poste de conduite.

Ses moins : son prix, plus élevé que celui de ses concurrentes, la mauvaise visibilité du tableau de bord dû au volant.

TESLA MODEL 3

Ses plus : un très bon niveau d’équipement, l’Autopilot (le système de conduite autonome, en option, assurément l’un des meilleurs au monde), l’autonomie de 400 km et l’accès au réseau de Superchargeurs Tesla qui lui permettent d’être le véhicule principal du foyer.

Ses moins : petit rayon de braquage.

HYUNDAI KONA

Ses plus : une parfaite maîtrise de la technologie électrique, un niveau de finition exemplaire pour une autonomie tout à fait compétitive (300 km), même avec la petite batterie de 39 kWh (une plus puissante, de 64 kWh, permet d’atteindre les 480 km d’autonomie).

Ses moins : le volume du coffre, un peu juste pour ce segment.