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Contrôle technique : «Si je peux trouver moins cher en quelques clics, je signe tout de suite»

Yann, un automobiliste client d’un centre de contrôle technique de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), est séduit par la perspective du comparateur de prix mis en place par le ministère de l’Economie.

 Il peut y avoir de grandes différences de prix selon les centres. Mais les tarifs sont parfois négociables, surtout dans des zones où la concurrence fait rage.
Il peut y avoir de grandes différences de prix selon les centres. Mais les tarifs sont parfois négociables, surtout dans des zones où la concurrence fait rage. LP/Aurélie Audureau

Ce n'est pas une visite chez le dentiste, quand même pas, mais ceux qui sont là font la grimace. Ce mercredi matin pluvieux, chez Auto Bilan à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), réfugiée dans la petite salle d'accueil, Françoise attend de récupérer son véhicule en cours de contrôle technique. « C'est une petite citadine, une voiture d'occasion en parfait état. Je suis sûre d'échapper à la contre-visite et aux réparations surprises », explique la quinquagénaire.

Elle peste quand même : « Du coup, ça fait cher, 86 euros, pour une formalité administrative ! C'est une dépense imposée dont je me serai bien passée, mais c'est comme ça, pas le choix ». Aller plus loin pour payer moins cher ? « Je vais dépenser en essence — et en stress sur des routes que je ne connais pas — les quelques euros que je pourrais économiser, élude-t-elle. Et ici, je les connais, ils sont pros. »

Changer soi-même les plaquettes avant de passer le contrôle

D'autres sont moins confiants dans l'état de leur véhicule. « J'ai changé mes plaquettes de frein avant de venir et deux ampoules, mais je n'ai pas changé mes filtres depuis un bout de temps », confie Yann, soucieux de dépasser les normes antipollution. Sa Peugeot diesel est « relativement bien entretenue », mais « pas infaillible », glisse l'enseignant qui assure lui-même la mécanique élémentaire.

Un coup d'œil sur l'affichette à l'extérieur et il se mord la lèvre… bien visible, car son masque pend à l'oreille : « Aïe ! La contre-visite coûte entre 20 euros et 40 euros ». A l'intérieur, le contrôleur se veut rassurant : « 40 euros, ça n'arrive jamais. Nous n'aurions même pas dû l'indiquer. C'est soit 20 euros soit 30 euros, selon qu'il suffit d'un simple contrôle visuel — pneus, roues, carrosserie… — ou qu'il faut faire remonter le véhicule sur un banc. »

Yann vient ici pour la première fois. « Mon centre de contrôle précédent, à Nanterre, m'a relancé par courrier, mais 90 euros la visite, j'ai trouvé ça trop élevé pour un salaire de prof, insiste-t-il. Un collègue m'avait parlé de cet endroit, j'ai tenté. » La perspective d'un comparateur de prix gouvernemental le séduit : « Il faut une info claire, car aujourd'hui, c'est la jungle. Moi, j'ai fait confiance au bouche-à-oreille, mais si demain je peux trouver encore moins cher en quelques clics, je signe tout de suite. »

Négocier les prix, c'est possible

Dans le département voisin du Val-d'Oise, plusieurs clients attendent patiemment de récupérer leur voiture dans un centre d'Argenteuil. Les prix ? « Globalement, ce sont tous les mêmes ici, lâche Michel, la soixantaine. Les différences se jouent à quelques euros, c'est tout. » Dans cette ville populaire, la fourchette de prix varie, en effet, entre 65 euros et 79 euros le contrôle technique, si l'on en croit le comparateur lancé par Bercy.

Les contre-visites, elles, oscillent officiellement entre 10 euros et 40 euros ! « Cela dépend du défaut », grogne le contrôleur du centre technique du boulevard Jean-Allemane, la grande artère de la sous-préfecture. Peut-il nous faire un prix pour le contrôle technique indiqué à 78 euros ? L'homme lève un sourcil, visiblement agacé. « Vous savez, la tarification est libre, se défend-il. Si vous voulez une promo, allez à Carrefour ! » Eclats de rire dans le petit local où les clients et le personnel s'entassent.

Pourtant, dans les faits, les tarifs sont parfois négociables, surtout dans des zones où la concurrence fait rage. Dans le quartier résidentiel voisin, le garage Autosur affiche une contre-visite à 25 euros ou 35 euros, en fonction du défaut à revoir. « Mais pour nos clients, c'est 10 euros », lance le gérant. Pas question toutefois d'obtenir une ristourne sur le contrôle technique, indiqué à 79 euros. « Nous, on propose un prix moyen, se défend-il. Si vous n'êtes pas contente, allez demander aux autres pourquoi ils sont moins chers. »

Pour cela, il faut conduire jusque dans une zone industrielle plus excentrée. A deux pas des cités du Val d'Argenteuil, le centre KT Contrôle fait le plein. Dans le hall d'entrée joliment décoré, la grille tarifaire indique que le contrôle technique est à 65 euros, comme sur le comparateur. « Non, c'est 60 euros, lance le patron. Et la contre-visite est à 10 euros si vous avez fait la première étape chez nous. » Mais comment parvient-il à proposer des prix si attractifs ? « On a ouvert récemment, explique-t-il. On essaie d'attirer les clients avec des offres intéressantes. »

Sur le parking, un groupe de jeunes vient justement d'arriver : « Il est moins cher que tous les autres, lance Sofiane, la vingtaine. Vingt euros de différence, c'est énorme ! C'est presque deux McDo ! »