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Automobile : la voiture d’occasion, grande gagnante du déconfinement

Effet de rattrapage, prime à la conversion ou conséquence inattendue de la crise économique, la seconde main fait en tout cas un carton auprès des particuliers. Un succès qui surprend jusqu’aux principaux acteurs du secteur.

Une progression de 32 % dès le mois de juin par rapport à l'an dernier. Aramisauto, spécialiste du véhicule d'occasion (VO) et aujourd'hui filiale de PSA, a vu ses activités bondir dès la sortie du confinement. Et ne plus faiblir depuis. Au point que la vente de seconde main taille des croupières au neuf. « Nous avons dû accélérer les cadences dans notre usine de reconditionnement situé à Donzère (Drôme), confie Guillaume Paoli, cofondateur et coprésident avec Nicolas Chartier d'Aramisauto. Nous y traitons aujourd'hui entre 70 et 80 voitures par jour. »

La voiture d'occasion représente en France un énorme marché. Pratiquement trois fois plus important en volume que le véhicule neuf (VN). Il s'est ainsi vendu en 2019 5,7 millions de seconde main, essentiellement à des particuliers; contre 2,2 millions d'automobiles neuves, dont la moitié aux entreprises, flottes automobiles et loueurs courte ou longue durée. « En réalité, moins de 4 % des 29 millions de ménages français achètent une voiture neuve », analyse le patron d'Aramisauto. Pas si surprenant, lorsque l'on sait qu'elle perd pratiquement 30 % de sa valeur dès sa première année d'utilisation. D'où la cote de l'occasion. A fortiori en cette période de forte incertitude économique.

Un record en juin depuis dix ans

Un engouement que confirme le Comité des constructeurs français d'automobiles (CCFA) : 592 699 voitures d'occasion ont été vendues à des particuliers en juin 2020, soit une hausse de 28 % par rapport à juin 2019. « Le plus haut volume observé ces dix dernières années, précise l'un de ses porte-parole. Avec en particulier une demande de véhicules de moins d'un an extrêmement soutenue, en croissance de + 44 %. Et de + 36 % pour les occasions de 2 à 5 ans. » Signe des temps : on se bouscule dans les concessions, et sur les sites dédiés pour les camping-cars. Les ventes ont bondi de + 60 % pour les modèles neufs; et + 36 % pour l'occasion.

Automobile : la voiture d’occasion, grande gagnante du déconfinement

De quoi susciter la surprise de l'ensemble des acteurs du marché. « Ce sont des niveaux jamais atteints », estimait ainsi début juillet Vincent Hancart, directeur général d'AutoScoot24 France, autre spécialiste de l'occasion, présent dans 18 pays européens. Les acteurs historiques ne sont pas en reste : « Le marché de l'occasion est en effet reparti extrêmement fort, constate Benoît Alleaume, le directeur réseau France de Renault. Avec des résultats bien supérieurs à tous ceux observés avant le confinement. »

Succès de la prime à la conversion

Comment explique-t-on de telles performances? « Il y a forcément un effet de rattrapage, estime Guillaume Paoli chez Aramisauto, après deux mois de confinement. La prime à la conversion a également fortement favorisé le retour des ventes, boostant particulièrement celles liées à l'occasion. » Ainsi, selon le spécialiste, 29 % du total des ventes de véhicules de seconde main réalisées par Aramisauto au mois de juin sont directement liés à la prime à la conversion. Contre 20 % pour le neuf.

Avec deux grands gagnants : l'électrique et l'hybride. « Les ventes d'occasions 100 % électriques ont été multipliées par trois en juin, pour atteindre 3 643 unités », détaille le CCFA. Une tendance également confirmée par Leboncoin, numéro un mondial de la vente en ligne depuis son rachat d'une branche d'Ebay, et acteur incontournable de la vente d'automobiles d'occasion. « Nous avons effectivement assisté à un quasi-doublement des demandes concernant les motorisations électriques depuis mai », atteste Antoine Jouteau, le directeur général du groupe. D'aucuns y voient l'essor tant attendu de cette technologie, plombée par des prix de vente trop élevés. L'électrique devenant avec l'occasion, accessible à moindres frais.