Mohamed Amri, un exfiltreur au profil trouble

 

Pour ses voisins, c'est une expression belge qui le caractérise le mieux. De Mohamed Amri, ils disent qu'il est un drôle. Rien à voir avec un quelconque humour, mais plutôt l'impression d'un homme suspect, louche. Car si les frères Abdeslam, dont il était proche, semblent avoir donné le change, lui était plutôt du genre à attirer l'attention.

« Vraiment, je m'en veux de ne pas avoir alerté les services de renseignement », ne cesse de se désoler Raymond*, l'un des proches voisins de cet homme placé en détention lundi soir, et qui a reconnu avoir participé à l'exfiltration de Salah Abdeslam, qu'il est allé chercher tôt le matin du 14 novembre à Paris. Le même Mohamed Amri n'a pu nier être le propriétaire de la Golf 3 saisie ce samedi à quelques rues de son domicile. C'est à bord de ce véhicule que lui-même, Salah et un troisième homme à l'identité non dévoilée avaient été contrôlés à Cambrai (Nord), alors qu'ils faisaient route vers la Belgique, dans la foulée des attentats.

« De toute façon, j'ai reconnu la voiture, assène un riverain. C'est un modèle VR6, avec des jantes très particulières. Quand je l'ai vue à la télé, j'ai tout de suite su. » Cette même voiture, il y a à peine quinze jours, avait attiré l'attention de Raymond*. « C'était bizarre, parce qu'il louait un garage au pied de la résidence, et il ne la mettait jamais dedans. De la même manière, la plaque d'immatriculation fixée sur le garage ne correspondait pas à la voiture, ce qui est interdit en Belgique. Je l'avais signalé il y a deux semaines aux autorités. » C'est ce même garage ainsi que le domicile d'Amri et sa cave qui ont été perquisitionnés samedi soir. « Ma femme a vu la lueur des lampes torches, raconte un témoin. Puis ils ont hurlé : police ! »

Au sein de ce bel immeuble en pierre, la bien nommée résidence du Parc, qui donne sur un square ombragé, la présence d'Amri ne passait pas inaperçue. De même que son installation avait marqué les esprits. « L'appartement appartient à une vieille dame qui l'habitait, raconte Raymond*. Il y a deux ans, subitement, elle a dit qu'elle voulait partir. » La propriétaire en question emploie alors une femme de ménage, laquelle a une fille, à peine majeure. Dans la foulée, celle-ci emménage sur place avec son compagnon, Mohamed Amri, et se convertit à l'islam.

« Il y avait peu de visites, décrit Raymond*. Lui disait travailler de nuit, dormait la journée. Eté comme hiver, ils vivaient fenêtres ouvertes, et le froid entrait chez moi. Mais impossible de le leur dire. M. Amri était particulièrement agressif. Comme ce sont surtout des personnes âgées qui vivent là, toutes en ont une peur bleue. » Rétrospectivement, celle-ci paraît justifiée. Raymond* se souvient : « En janvier, peu après les attentats de Charlie Hebdo, Amri s'était absenté plus d'un mois. La rumeur disait que comme il était un bon employé, même si l'on ne savait pas où, son patron lui avait offert un voyage. »

Pour les enquêteurs, le « patron » en question pourrait être le groupe Etat islamique, et le voyage avoir eu lieu en Syrie. Devant le juge, Amri a cependant nié avoir eu une quelconque connaissance des desseins de la fratrie Abdeslam, expliquant avoir simplement « reçu un appel de Salah durant la nuit ». Une défense qui ne lui a pas évité d'être inculpé pour « attentat terroriste » et « participation aux activités d'un groupe terroriste ».

* Le prénom a été changé