Les
préparatifs français
Après la signature du Traité de
la Tafna, les préparatifs français pour lancer une deuxième expéditon
contre Constantine débutèrent et les moyens militaires suivants furent
mobilisés:
- Le
général Damrémont, nommé commandant de l'expédition en remplacement
du Maréchal
Clauzel, commença par implanter, à partir
d’Annaba, des camps militaires tout au long de la route qui mène
vers Constantine. C'est ainsi qu'il y eut les camps à Dréan, Nemchia,
Hammam Berda et M’jaz Amma, les Français ayant fait de ce dernier
le point de départ de toutes les opérations militaires sur
Constantine.
- Par
ailleurs les troupes françaises firent appel à des renforts venus
d’Oran et d’Alger qui furent concentrées, pour la plupart,
au camp de M’jez Ammar.
- Le
nombre de soldats français mobilisés pour cette campagne était
estimé à environ 13 mille soldats répartis en 4 bataillons sous les
ordres du général Damrémont assisté du Duc de Nemours, fils
du roi de France, du général Valée ainsi
que du général Trézel.
- Prenant
en compte les erreurs commises par ses prédécesseurs, le général
Damrémont avait mis au point un plan militaire judicieux comportant
les points suivants:
1- Mise
en place de nombreux postes militaires sur la route qui mène de son
camp vers Constantine dans le but de garantir le succès de la campagne à moindre
frais.
2- L’assaut
sera directement lancé à l’arrivée à Constantine, du côté de la porte
d’El Kantara et Coudiat Atti , à condition toutefois que le gros
des troupes se concentre sur les points faibles de la défense en
ouvrant des brèches dans les murailles de la ville.
Ahmed Bey réagit à la situation
en convoquant les notables de la région et les chefs de tribus. Il
les informa du danger qui les guettait et des conséquences
qu'aurait la campagne si les différents moyens humains et militaires
ne sont pas mobilisés pour y faire face. Il a en outre procédé à une
organisation judicieuse de ses rangs et lancé plusieurs assauts qui échouèrent
contre le camp de M’jaz Ammar, centre de regroupement des troupes
françaises.
Par
ailleurs, il a pris certaines mesures préventives parmi lesquelles :
- La
destruction des constructions édifiées précédemment par Salah Bey,
dans la mesure où celles-ci constituaient des brèches dangereuses
qui furent utilisées par les Français, au cours de leur première
expédition pour s’introduire dans la ville en évitant les tirs de
canons des artilleurs algériens.
- La
démolition des constructions qui se trouvent sur les limites de l’aire
située entre « Bab el oued » et « Bab el jabia » et
leur remplacement par des forts solides, de même qu’il a procédé à la
consolidation de "Bab el Djedid" et son renforcement par
des troupes défensives.
Grâce à de
telles dispositions, El Hadj Ahmed Bey a pu mettre sur pied une armée
qui comptait environ 12 mille soldats réguliers et 10 mille volontaires.
Il en affecta environ 3000 à la défense de l’intérieur des murailles
de la ville sous le commandement d’Ibn Aissa tandis qu’il prenait
lui-même en charge les troupes mobiles estimées à 7000 cavaliers
et 2000 fantassins dans le but de :
1° – Lancer
des attaques éclairs tout au long de la route menant à Constantine
et ce afin de semer la panique et le désordre dans les rangs des
troupes françaises.
2° - Encercler
les troupes françaises à leur arrivée à Constantine entre ses troupes
qui attaqueraient par derrière et les troupes d’Ibn Aïssa qui étaient
en position de défense.
Déroulement
de la bataille :
La bataille a commencé le 7
octobre 1837. El Hadj Ahmed Bey a procédé au renforcement de sa défense
en ordonnant aux troupes campant à l’extérieur de la ville de rejoindre
les troupes de l’intérieur et ce dans le cadre d’un plan judicieux
qui lui facilitera le lancement des assauts sur les troupes françaises.
Il
entreprit d'abord d’attaquer les groupements militaires français
du côté d’El Mansourah ainsi qu’el Coudiat Atti. Cette attaque
s’est soldée par de nombreux morts et blessés dans les rangs des
Français. Ceux-ci furent contraints de renforcer leurs rangs en mettant
en place une ligne de défense, équipée de 9 canons répartis comme
suit :
- quatre
canons à El Mansourah dont un à el Akaba
- cinq
canons dans la zone d’El Coudiat Atti
Face à cette
situation, El Hadj Ahmed a installé plus de 30 canons sur l'ensemble
des murailles de la ville de Bab Djedid à Bab el Jabia, un autre
groupe à Bab el Kantara, et environ 12 canons à la Casbah;
4 autres canons furent orientés vers El Mansourah.
Le
résultat de cette situation instable fut que la France adopta une
autre tactique en essayant de porter atteinte à l’unité des rangs
des Algériens. C'est ainsi qu'au cours de la soirée du 11 octobre
1837, le chef d’état-major de guerre français adressa un télégramme
aux habitants de la ville de Constantine, les invitant à se rendre
et à livrer leur ville. Suite à cela, El Hadj Ahmed Bey rédigea un
communiqué dans lequel il a écrit : «Dans le cas où les Chrétiens
auraient besoin de poudre, nous pouvons leur en fournir et si leurs
réserves de pain sont épuisées, nous partagerons les nôtres avec
eux mais aussi longtemps que l'un d'entre nous sera en vie, ils n'entreront
pas à Constantine. »
Dès
que les responsables de l’artillerie, avec à leur tête Ali al Moumbaji,
reçurent ces signaux, ils entreprirent immédiatement de bombarder
la Casbah, c'est-à-dire de frapper le lieu de rassemblement des généraux,
causant la mort du Général Damrémont, Chef d’état major des forces
françaises ainsi que le commandant Perrégaux, faisant régner le désordre
et la confusion dans les rangs des Français. Profitant de cette situation,
El Hadj Ahmed Bey lança une attaque massive contre les Français,
suite à laquelle le reste des officiers s’empressa de désigner le
Général Valée comme chef d’état major.
Le
13 octobre 1837, la troisième compagnie sous les ordres de Corbin
ont pu pénétrer dans la ville du côté de Bab Souika. Il y eut des
combats dans les rues et ruelles, entraînant la chute de la ville
le vendredi 13 /01/1837. El Hadj Ahmed Bey se retira avec ses partisans
pour organiser leurs rangs dans l’espoir de poursuivre la résistance. |