- La
période de jeunesse et de formation (1807 à 1832)
: où la première année correspond à celle de sa naissance
et la seconde à celle où il prit la direction de la guerre
sainte.
Il passa cette période à acquérir le savoir aussi bien dans son
village natal El Guet'na où il apprit le Saint Coran qu’à Arzew
et Oran où il fut l’élève de plusieurs chouyoukhs (théologiens)
de la région et acquit, auprès d’eux, les principes des sciences
théologiques, linguistiques, l’histoire et la poésie. Ses connaissances
littéraires, théologiques et poétiques se sont affinées à un âge
très précoce.
En 1823, son père le maria à Lalla Kheira, cousine germaine de
l’Emir Abdelkader. Il accompagna son père aux Lieux Saints en passant
par Tunis puis partit par mer vers Alexandrie et de là au Caire
dont il visita les monuments historiques et fréquenta les savants
et théologiens. Il conçut de l’admiration pour les réformes et
réalisations accomplies sous le règne de Mohamed Ali Pacha, gouverneur
d’Egypte. Il accomplit ensuite le pèlerinage à la Mecque et de
là se rendit en Syrie pour acquérir le savoir auprès des chouyoukhs
de la mosquée al Oumawiyyine.
De Damas, il se rendit à Baghdad où il visita les monuments historiques
et fréquenta les savants. Il se rendit au mausolée du saint homme
Abdelkader al Jilani, fondateur de la tariqa (confrérie) al Kadiria,
pour revenir une seconde fois vers les Lieux Saints en passant
par Damas pour y accomplir une nouvelle fois le pèlerinage.
Ensuite, il retourna en Algérie en compagnie de son père en passant
par Le Caire, Barqa, Dana, Benghazi, Tripoli puis Kairouan, le
Kef jusqu’à leur arrivée à El Guet'na dans la plaine de Ghriss
dans l’ouest algérien.
- La
Deuxième époque : 1831 –1847
C’est la période
qui se distingue par rapport aux autres périodes dans la
vie de l’Emir en raison des évènements importants et réalisations
qui l'ont marquée et pour lesquels il avait mis en œuvre
ses potentialités scientifiques et sa grande expérience politique
et militaire. Malgré un contexte difficile, la résistance
ne l'empêcha guère de jeter les bases et fondements de l’état
moderne, en raison de la complémentarité qui existe entre
les deux.
Après la chute d’Oran en 1831, le désordre qui régna et la dégradation
de la situation ont conduit les chouyouks et ulémas de la région
d’Oran à rechercher une personnalité à laquelle pourrait être
confiée la direction de leurs affaires. Leur choix se porta sur
Cheikh Mohieddine, père de Abdelkader en raison de ses qualités
avérées de courage et de témérité. C'est lui en effet lui qui
avait dirigé la première résistance contre les français en 1831,
et son fils Abdelkader a également fait preuve de courage et
d’audace au cours des combats livrés sur les remparts de la ville
d’Oran lors du premier accrochage avec les occupants.
Cheikh Mohieddine déclina l’offre en raison de son âge avancé et
devant l’insistance des chouyoukhs et savants de la région, proposa
son fils Abdelkader en disant : « Mon fils Abdelkader est un
jeune homme pieux, intelligent, capable de régler les litiges
et un cavalier émérite bien qu'ayant grandi dans le culte et
la dévotion à son Seigneur ; Ne pensez surtout pas que je vous
le propose pour me remplacer car étant une partie de moi-même,
je ne peux souhaiter pour lui ce que je rejette pour moi-même.
Mais j’ai choisi le moindre mal lorsque j'ai réalisé à quel point
vous aviez raison , tout en étant convaincu qu’il sera plus indiqué que
moi pour accomplir ce que vous m'aviez demandé …je vous fais
donc don de lui….. » . Cette proposition fut accueillie favorablement à l’unanimité et
le 27 novembre 1832, les chefs de tribus et les ulémas se réunirent
dans la plaine de Ghriss, près de Mascara pour exprimer leur
premier plébiscite à Abdelkader sous l’arbre de Dardara au cours
duquel il reçut le titre de Nacer eddine (le protecteur de la
religion), suivi d’un deuxième plébiscite général le 4 février
1833.
Dans
de telles conditions, l’Emir prit en charge la lourde responsabilité de
la guerre sainte, de défense de la population et de la terre
d’Islam alors qu’il était en pleine jeunesse.
Cette période fut marquée par des victoires militaires et politiques
qui contraignirent l’ennemi français à hésiter dans l'application
de sa politique expansionniste devant la résistance acharnée
qu'il rencontra à l’Ouest, au Centre et à l’Est.
L’Emir Abdelkader avait réalisé dès le départ que la confrontation
ne pouvait avoir lieu qu’avec la création d’une armée institutionnelle
régulière prise en charge par l’Etat. A cet effet, il publia
un communiqué en son nom à la population dans lequel il insistait
sur la nécessité de mobiliser les troupes et organiser les effectifs
dans tout le pays. Les tribus de la région Ouest et du Centre
répondirent à son appel et se rassemblèrent autour de lui prêts à lui
obéir. Il constitua une armée institutionnelle qui s’adapta rapidement
aux conditions qui prévalaient et put ainsi remporter plusieurs
victoires militaires dont la plus importante fut la bataille
de Maktâa qui avait valu au Général Trezel et au gouverneur général
D’Orléans d’être relevés de leurs fonctions.
Sur le plan politique, il arracha à l’ennemi la reconnaissance
de son autorité et l'obligea à traiter avec lui en position de
souveraineté. Cela ressort des deux traités celui de Desmichels
conclu le 26 février 1834 et celui de la Tafna le 30 mai 1837.
Toutefois, le changement intervenu dans le rapport de forces
sur les plans interne et régional a eu des conséquences négatives
sur le cours de la résistance de l’Emir. Il n’était pas seulement
contraint de lutter contre les Français mais de se préoccuper également
de ceux qui avaient une vision à court terme. Les drames se succédèrent
notamment après que les Français eurent adopté la politique de
la terre brûlée telle qu’elle ressort de l’expression du Gouverneur
général le
Maréchal Bugeaud : « Vous
ne labourerez pas la terre et si vous la labourez, vous ne sèmerez
pas et si vous semez, vous ne récolterez pas …»
Cette politique
eut un effet notable sur le recul des forces de l’Emir notamment
après la perte de ses bases arrières au Maroc, après que
Moulay Abderrahmane, sultan du Maroc eut resserré l’étau
autour de lui, prétextant son engagement à respecter les
termes du traité de « Lalla Maghnia » et ordonné à ses troupes
de pourchasser l’Emir et ses partisans y compris les tribus
qui s'étaient réfugiées au Maroc pour fuir la répression
de l’armée d’occupation.
- La période des difficultés et du travail humanitaire
(1848-1883)
Cette période débute
avec la reddition de l’Emir et se prolonge jusqu’à son décès.
Ainsi, sa reddition eut lieu le 23 décembre 1847 après acceptation
de ses conditions par le commandant français Lamoricière.
L’Emir fut transféré à Toulon alors qu'il avait exprimé le
souhait de se rendre à Alexandrie ou Acca comme convenu avec
les dirigeants français. Mais ses espoirs furent déçus et
comme à leur habitude, les Français ne respectèrent pas leurs
engagements.
Il aurait plutôt souhaité donc mourir au champ d’honneur que
de subir ce sort et exprima ses regrets par ces mots : « Si nous
avions su que les choses se dérouleraient ainsi, nous aurions
poursuivi le combat jusqu’à la mort »
Ensuite, l’Emir et sa famille furent conduits à une résidence
au lazaret et de là à « Fort Llamalgue » le 10 janvier 1848.
Lorsque tous les membres de sa famille et de sa suite furent
arrêtés, l’Emir fut transféré à la ville de Pau à la fin du mois
d’avril de la même année pour y demeurer jusqu’à son transfert à Amboise
le 16 octobre 1852, année de sa libération par Napoléon III.
L’Emir s’établit à Istambul
et durant son séjour, il visita le tombeau de Abu Ayyoub
al Ansari et visita la mosquée Aya Sofia (Sainte Sophie).
Mais il préféra s’établir dans la ville de Borça pour son
histoire, ses beaux sites et ses monuments historiques. Cependant
il n’y resta pas très longtemps à cause des séismes qui secouaient
la région de temps à autre.
Il se rendit à Damas en 1855 sur autorisation du sultan ottoman
et là, il se consacra à la lecture, au soufisme, à la théologie,
aux hadiths (Propos et tradition du prophète Mohammed (bssl)
et à l’exégèse du Coran.
L’une des positions humanitaires à mettre à l’actif de l’Emir
fut son opposition à la discorde sectaire qui eut lieu entre
chrétiens et musulmans de Syrie en 1860. L’Emir devint une personnalité internationale,
suscitant le respect et la considération en tous lieux et il
fut même invité à l’inauguration du Canal de Suez en 1869.
Il mourut le 26 mai 1886 à Doumer, dans la banlieue de Damas à l’âge
de 76 ans. Il fut enterré à proximité du tombeau de Cheikh Mohieddine
ibn Arabi al Andaloussi . Sa dépouille fut transférée à Alger
en 1966.
Parmi ses œuvres :
1/ Dhikra al 'akel
wa tanbih al ghafel ( Rappel au sage et mise en garde de
l’inconscient).
2/ Al miqradh al hadd li gat'i lisane mountakidh din al islam
bil batel wal il'had (les tenailles acérées pour trancher la
langue de celui qui porte atteinte à la religion islamique par
le mensonge et l’athéisme)
3/ Moudhakirat al amir Abdelkader (Mémoires de l’Emir Abdelkader)
4/ Al mawakef fi al-tasawif wal wa'd wal irchad (Les positions
en matière de soufisme, de sermon et d’orientation)